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AFPisation de la vie publique : bienvenue en buzzocratie !

Nicolas Sarkozy a-t-il assisté et/ou participé à la chute du mur de Berlin le 9, ou le 10 novembre 1989 ? On pourrait croire cette question (posée par le décalage entre les affirmations de l’intéressé sur son compte Facebook, et les souvenirs et témoignages d’autres témoins) mineure, voire anecdotique. Du genre à terminer dans les petites colonnes du Canard Enchaîné, ou chez Stéphane Guillon. Pourtant, comme le sait le lecteur qui suit un peu les médias, et notamment les médias en ligne, il n’en est rien. Non contente d’avoir déchaîné les passions sur Internet, cette affaire a même réussi le tour de force d’occuper la une du site de Libération lundi et mardi, via plusieurs articles successifs. On parle ici d’un quotidien qui prétend représenter et défendre la gauche, et constituer une force d’opposition au gouvernement. Vidons d’emblée le «fond » du débat : on nous expliquera sans doute que cette histoire d’excursion à Berlin montée en épingle est une preuve irréfutable de la propension au mensonge du chef d’État, que « qui vole un oeuf, vole un boeuf’ », et que nous avons donc là un élément fondamental du procès à instruire en indignité morale du président de la République. A cela on rétorquera simplement qu’il y aurait pléthore d’autres sujets à traiter, infiniment plus importants, et surtout infiniment plus problématiques pour le « résident de la République ». Au choix : son bilan à mi-mandat, l’état inquiétant de la dette publique, ses liens avec la politique fiscale – liste que chacun complètera comme il l’entend. A se demander, au fond, si cette polémique berlinoise ne constitue pas une utile diversion.

Ce qui est intéressant, ici, est bien plus le mécanisme médiatique qui est à l’œuvre, que les faits mis en cause. Nous sommes en plein cœur d’un buzz, un événement sélectionné par l’opinion puis frénétiquement commenté par tout un chacun, cristallisant toutes les attentions pendant quelques heures, ou quelques jours. Le phénomène n’est pas inédit, mais il présente, dans la période actuelle, deux caractères nouveaux. Tout d’abord, il se produit avec une intensité et une régularité croissantes : l’interconnexion croissante des individus via les réseaux sociaux, l’internet mobile et l’information en temps réel, a pour conséquence une irritabilité accrue de l’opinion, prompte à s’enflammer beaucoup plus vite que par le passé. Ensuite, et c’est un changement aux conséquences beaucoup plus lourdes, les médias et commentateurs institutionnels ont une propension également croissante à se conformer à cette modalité de l’information. Autrement dit, à adopter un mode (et un contenu) de communication syncopé, fondé sur la réaction immédiate aux moindres soubresauts de l’actualité, et cherchant parallèlement à créer ces soubresauts, pour contraindre les autres acteurs à s’y plier à leur tour.

Nous voici donc entrés dans l’âge de la buzzocratie, ère informationnelle où le buzz règne en maître. Celles et ceux qui veulent en profiter formatent de plus en plus leurs prises de paroles comme des dépêches d’agence, cherchant le bon mot, la simplicité et l’absence de nuance, pour faciliter leur circulation et rendre plus probable (et aisée) la naissance d’un buzz ; c’est ce que j’appelle l’AFPisation de la parole publique. La buzzocratie pousse à l’AFPisation. L’AFPisation multiplie les buzz, et pérennise la buzzocratie : la boucle est bouclée. Voyons en quelques caractéristiques.

(1) Une buzz chasse l’autre. Il est donc fondamental de ne jamais s’endormir sur ses lauriers (un buzz réussi), et au contraire de produire, produire, et relancer des dépêches qui font buzz. Corollaire : on oublie très vite les buzz passés. En buzzocratie, on a tous une mémoire de poisson rouge. Exit la profondeur de champ ! Exit aussi les promesses politiques, dont la force est au minimum très amoindrie : qui se souvient encore des engagements pris un an auparavant ?

(2) Un buzz vaut l’autre (à une nuance près que l’on va voir). La buzzocratie AFPisée est un univers où l’information est unidimensionnelle : il est équivalent pour le président de la République d’avoir trébuché sur ses souvenirs personnels, ou d’avoir raté son demi-mandat. Une information = une information. Il n’est plus question de hiérarchisation ; les sujets essentiels ne se distinguent plus des épiphénomènes, ou de ce qui est de l’ordre du « incroyable mais vrai ».

(3) Certaines informations sont plus buzzogènes (propices à produire des buzz) que d’autres. En bref : plus c’est gros, plus on est dans l’extraordinaire, le sensationnel, le caricatural, plus on vise l’affect, plus ça passe. Une élucidation des arcanes du projet de loi de finances buzzera au mieux quelques heures ; la révélation des turpitudes d’un membre de l’entourage du président pourra en revanche rester à la surface de l’actualité plusieurs jours. Corollairement, on arrivera quand même à bien faire buzzer la loi de finances si on déterre un scandale sous-jacent.

(4) Le premier qui a dégainé – pardon, buzzé – a gagné, peu importe la véracité du buzz. Par exemple, une rumeur lancée sur tel ou tel personnage public marque durablement l’opinion, et s’avère ensuite très difficile à contrer ou à inverser. Ceci pourrait sembler contradictoire avec la règle selon laquelle un buzz chasse l’autre (axiome dit de « la mémoire du poisson rouge »), mais il apparaît que l’opinion a tout de même un minimum de mémoire pour les buzz concernant un sujet donné, et répugne à se passionner plusieurs fois de suite pour la même chose. La première impression dure donc – un certain temps, rien n’étant immuable ou définitif en buzzocratie. Et elle ne s’efface pas sans peine.

(5) Le buzz, enfin, sépare la population en deux catégories : « qui est in, qui est out », comme le chantait Gainsbourg. Il y a ceux qui chevauchent le buzz, et ceux qui laissent passer la vague. On peut laisser passer une, voire deux vagues, mais au-delà (axiome du poisson rouge), on risque de disparaître des radars de l’opinion, et se faire éjecter de la caste des buzzocrates. D’où une certaine tendance, chez les buzzocrates, à rester dans la roue les uns les autres, et à surenchérir les uns sur les autres.

Beaucoup d’hommes politiques, pour chevaucher le buzz, AFPisent donc leur discours. L’actualité des dernières semaines nous en donne quelques exemples. Dans l’affaire Mitterrand, il était difficile et peu sexy de disserter sur le statut littéraire du récit autobiographique, d’expliquer, dans la nuance et la précision, qu’un récit reste un récit et n’a pas valeur de déposition en justice ; défenseurs et contempteurs du neveu de Tonton ont donc préféré s’affronter sur le terrain des grands sentiments et de la morale avec un grand M, avec une rhétorique éprouvée du Bien et du Mal. Dans l’affaire de l’EPAD, plus récemment, on constata une surenchère de comparaisons animalières entre Arnaud Montebourg et Marine Le Pen pour décrire l’ancrage à droite de Neuilly. Aujourd’hui, enfin, c’est à qui moquera le plus fort la mémoire fluctuante du Président de la République. Autant de temps de parole, et d’attention, perdus (par exemple) pour un vrai bilan critique de mi-mandat.

On peut toujours se désoler (ou non) de cette modalité de l’opinion et de la communication, à l’ère d’Internet. Mais il est clair qu’elle est le produit d’une situation technologique, ainsi que des usages qui en sont faits, et qu’il serait donc vain de vouloir aller totalement à son encontre. Il y reste – et il restera sans doute toujours – une place importante pour l’information de fond, la réflexion s’inscrivant dans le temps long, la prise de recul. Mais tout une part de notre environnement, des journaux gratuits distribués à l’entrée du métro à la nébuleuse des blogs et sites d’information participatifs, tire dans le sens de cette buzzocratie. Les émetteurs d’information, et les responsables politiques en particulier, doivent donc se poser la question suivante : comment s’adapter à cette situation, sans s’y perdre et s’y aliéner ?

Réflexion à suivre, très prochainement, sur ce blog !

Romain Pigenel

EDIT Sur le même sujet et dans une optique très proche, lire aussi ce billet de Narvic sur slate.fr, que je viens de découvrir

Faut-il renverser l’ouverture ?

Depuis quelques jours, et dans la perspective des régionales, le vent de l’ouverture semble donner des signes de renversement. Cela a commencé avec la rumeur de la présence de Jean-Luc Romero sur les listes du PS en Ile-de-France, cela a continué, mercredi 4 novembre, avec l’information – rapidement corrigée comme une plaisanterie – d’une main tendue à Rama Yade pour figurer comme tête de liste d’ouverture dans les Hauts-de-Seine.

La proposition n’a pas laissé l’opinion indifférente, à en voir le buzz impressionnant qui s’est développé sur Internet en quelques heures. Par-delà l’épiphénomène médiatique, la question de fond mérite donc d’être posée : à supposer que cela soit possible, est-il souhaitable, pour la gauche, de contre-attaquer sur le plan de l’ouverture politique, en tentant très concrètement d’intégrer des personnalités de droite dès les régionales ?

Cette interrogation n’est pas illégitime. Une « contre-ouverture » pourrait d’abord procurer une satisfaction psychologique à un camp politique qui a le sentiment de subir depuis deux ans, sans répliquer, coup sur coup de la part de l’UMP. Ce serait en particulier une façon de laver la souillure des défections de personnalités emblématiques de la gauche en faveur du gouvernement, ou d’organismes et de commissions proches de l’État. Ce pourrait être, ensuite, un moyen de capter des personnalités disposant d’un fort capital médiatique ou de sympathie dans l’opinion – comme Rama Yade – avec effet dream team à la clé. Ce pourrait être, enfin, l’occasion de prouver à l’opinion que la gauche n’est pas sectaire, qu’elle rassemble largement, et peut constituer une coalition majoritaire dans le pays, face à un président de plus en plus contesté. Ajoutons, par ailleurs, que cela s’inscrirait dans le mouvement général d’affaiblissement des partis politiques, ou plus exactement d’accroissement de leur porosité, que ce soit par la base – le principe des primaires, qui permet à des non-adhérents de prendre part à des désignations de candidats – ou par le sommet – la nomination de « personnalités de la société civile » à des postes de direction ou sur des listes électorales.

Pour toutes ces raisons, à commencer par la satisfaction bien compréhensible de se « venger » de l’ouverture sarkozyenne, on pourrait être favorable à une tentative de retournement de l’ouverture. Je pense pourtant que cette idée se révèlerait, sur la durée, catastrophique. Si on peut comprendre, voire justifier, que la majorité politique qui est à la tête de notre pays tende la main à l’opposition ou à des personnalités d’opposition dans une souci de représentation de l’ensemble des Français (comme François Mitterrand l’avait fait en son temps), cela n’a pas de sens pour une force politique d’opposition, qui, par définition, doit porter un choix politique différent, et incarner une possible alternative.

Il en va ensuite du respect des militants et de la raison d’être des partis politiques. Une de leurs fonctions est de sélectionner, former et porter des personnels politiques jusqu’à des postes d’élus. En toute logique, les candidats présentés par un parti donné à une élection devraient être systématiquement issus – sauf cas exceptionnel – de ses rangs ; l’habitude prise depuis quelques années de garder des places pour la « société civile » est d’ailleurs tout à fait questionnante, et sonne soit comme un aveu de non-représentativité des partis par rapport à cette société, soit comme une volonté de faire des coups médiatiques pour décrocher quelques contingents de suffrages supplémentaires. Dans tous les cas, il faut s’interroger sur le message envoyé, ce faisant, aux militants et plus largement à l’opinion. Il est double : tout d’abord, il laisse entendre que le parti ne dispose pas de personnes de ce type parmi ses militants (dans le cas de Rama Yade, pas de « femme issue de la diversité » digne d’être tête de liste) ; ensuite, il instille l’idée selon laquelle il existerait une catégorie de « stars politiques » ou de « politiciens professionnels » absolument interchangeables, capables par leurs qualités de faire gagner n’importe quel parti, et qui deviendraient donc les objets (consentants) d’une sorte de mercato politique permanent, calqué sur celui du football, où l’on achèterait les prodiges du moment à coup de places éligibles ou de circonscriptions acquises d’avance.

Par-delà ce problème de composition du personnel politique (et de place dévolue aux militants issus de la voie partidaire traditionnelle), se pose enfin de façon tout à fait cruciale la question du sens profond de l’ouverture, et de ses effets idéologiques. J’écrivais plus haut que l’ouverture pratiquée par un pouvoir en place peut être comprise comme une volonté de tendre la main à l’ensemble des Français. Mais il est tout à fait clair, dans le cas de Nicolas Sarkozy, que la main tendue est au moins autant, si ce n’est totalement, une stratégie de déstructuration non seulement de l’opposition, mais de l’ensemble du champ politique. Stratégie qui vise à brouiller complètement les repères idéologiques, et à imposer l’idée selon laquelle il y aurait des problèmes politiques neutres, auxquels on pourrait apporter une réponse technicienne dépassionnée et sans prisme partisan, sous la houlette d’un chef d’État incarnant l’intérêt général. Il faut bien voir que cette stratégie n’est possible pour l’UMP, et partiellement réussie par elle, que dans la mesure où la droite française a actuellement une identité politique claire, n’est pas déchirée par des querelles suffisamment graves pour la mettre en danger, et dispose en conséquence d’une relative hégémonie sur notre société (malgré des soubresauts liés à l’exercice contesté du pouvoir présidentiel). La gauche dans son état actuel – fragmentée, idéologiquement confuse, sans dirigeants consensuels – ne dispose pas de la stabilité nécessaire à la réussite d’une pareille stratégie de déstabilisation de ses adversaires. Plus encore, il est évident que son inaptitude persistante à afficher une identité politique claire et assumée est une des principales causes de ses difficultés à convaincre, et à rassembler, le « peuple de gauche ». Aller chercher des stipendiaires dans le camp d’en-face, subitement qualifiés « de gauche » parce qu’opposants internes (dans leur famille politique) à Nicolas Sarkozy, ne peut qu’accroître le sentiment d’opportunisme et de confusion intellectuelle qui démobilise les sympathisants potentiels des partis de gauche.

La fascination pour l’ouverture est à mon sens, d’une part, le fruit d’un complexe d’infériorité par rapport à la réussite de Nicolas Sarkozy et aux méthodes qu’il a employées, et d’autre part la conséquence d’une erreur d’appréciation quant à ladite réussite. Ce n’est pas l’ouverture qui a permis la victoire de l’actuel président de la République, c’est au contraire sa capacité à porter un discours fort, rhétoriquement cohérent, et sans dissonances internes à son camp. Sa victoire a été politique et idéologique. C’est sur ce plan, et non par des combinaisons tacticiennes, que l’on pourra le vaincre.

Romain Pigenel

Crise d’identité

Il flotte dans l’air comme un parfum de 2007. A nouveau Nicolas Sarkozy, par l’intermédiaire de son ministre Eric Besson, met sur la table la question de « l’identité nationale », en appelant cette fois-ci à un grand débat national sur « les valeurs de l’identité nationale », pour savoir ce qu’être Français veut dire. Cette initiative tend à la deux fois deux pièges à la gauche. Le premier, celui de refuser le débat, en dénonçant cette idée comme une ruse politique et électoraliste – ce qu’elle est assurément – et en laissant ensuite le terrain libre à l’UMP pour décider seule du contenu de ces travaux, qui seront relayés avec toute la force non seulement du parti majoritaire, mais aussi de l’appareil d’Etat, ne nous y trompons pas. Deuxième piège : celui d’accepter le défi, mais en se rendant directement sur le terrain de la droite, et en acceptant les termes du débats tels qu’ils sont posés par Eric Besson. Pour être clair, le challenge de la gauche est le suivant : répondre à l’offensive, mais le faire en assumant, justement, son identité politique.

On pourrait rappeler que cette proposition d’Eric Besson tombe à point nommé pour la majorité, au moment où les controverses médiatiques s’enchaînent, au moment où le style présidentiel est de plus en plus en décalage avec les valeurs de son électorat de droite traditionnel, au moment où le FN pointe à nouveau le bout de son nez. Au moment, enfin, où les élections régionales se préparent. On pourrait encore s’interroger sur la pertinence d’employer un concept psychologique ou anthropologique – l’identité – pour parler de façon métaphorique d’une entité juridique et politique, une nation (jusqu’à preuve du contraire, une nation n’est pas une personne). On nous objectera sans doute que ce ne sont là que des échappatoires pour refuser d’affronter le cœur du sujet. Examinons-le.

On nous propose de débattre du contenu de l’identité nationale, des valeurs qui la constituent. Valeur : voilà un terme bien flou. Il peut renvoyer pêle-mêle à l’éthique individuelle, aux goûts culturels, aux croyances religieux, et pas seulement : dans ses déclarations, Eric Besson y associe même des symboles, comme la Marseillaise ou le drapeau français. Ce flou est somme toute logique : les valeurs sont du registre de l’individu et de l’intime, et peuvent donc couvrir toute la gamme infini des choix individuels. Il y a sans doute autant de combinaisons de valeurs, en France, qu’il y a de citoyennes et de citoyens. On peut être Français en aimant le « bling bling » ou au contraire en le détestant, en chantant avec joie notre hymne national ou au contraire en contestant ses accents martiaux. On peut être Français en pensant que la France, c’est « la terre », ou en pensant que la France n’est France que quand elle est métissée. Ce n’est pas à l’Etat de trancher sur ce sujet, fut-ce au terme d’un « grand débat » ; en affirmant le contraire, en allant jusqu’à dire qu’il faudrait inculquer de force aux élèves une histoire officielle, glorifiant arbitrairement certains épisodes, on glisse, peut-être sans s’en rendre compte, vers une conception dangereuse de notre société.

Alors où se trouve l’identité nationale ? Il suffit de revenir aux fondamentaux pour le découvrir. La France est un Etat de droit. Comme tout Etat de droit, elle repose – et même plus que d’autres – sur des principes, qui sont ceux de 1789, de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, et de notre constitution. Etre Français, c’est respecter les droits et les devoirs qui en découlent, et non pas se conformer à un corpus de « valeurs » déterminées par on ne sait qui, au nom d’on ne sait quoi. Gardons en mémoire que parmi les principes de la République, il y a justement celui de laïcité, qui postule notamment la liberté de conscience de tout citoyen, et qui exclut par conséquent de mesurer le degré de « francité » à l’aune, par exemple, de l’amour porté à la Marseillaise, ou de l’identification à tel ou tel moment de notre histoire nationale.

C’est parce la France est d’abord et avant tout un pacte politique et social passé entre ses citoyens, c’est parce qu’elle est une idée, qu’elle n’est d’une part pas strictement liée à un territoire géographique donné – de 1939 à 1945, la France est à Londres avec De Gaulle, pas à Vichy avec Pétain – et qu’elle a longtemps bénéficié, d’autre part, d’un rayonnement intellectuel et culturel à portée universelle.

Voilà une première ébauche de la position que les socialistes et la gauche devraient porter dans le débat qui s’annonce et qui s’amorce. On ne créera pas du consensus factice en essayant d’imposer à tous les Français une liste de valeurs validées en haut lieu, et ne faisant sans doute même pas l’unanimité dans le camp politique qui les portes. On ferait mieux d’ailleurs de s’interroger sur les raisons du dissensus croissant entre les Français des ghettos culturels, économiques, sociaux et le reste de la Nation ; dissensus né, justement, de la dégradation et de l’insuffisance de l’action publique dans les quartiers déshérités. Sécurité sociale, services publics : elle est aussi là, l’identité nationale, dans ces projets émancipateurs qui sont directement issus de nos principes républicains. Le combat pour la justice sociale (et donc la cohésion nationale) n’est pas étranger à l’interrogation sur la définition de la France ; il y est au contraire tout à fait central. A la gauche et aux socialistes d’en faire la démonstration pour répondre à Eric Besson.

Julien Dray et Romain Pigenel

Michael Jackson et la danse : rappel en 5 remixes

Aujourd’hui sortent à la fois This Is It, anthologie hommage à Michael Jackson, et une compilation de remixes inédits intitulée The Remix Suite, se concentrant sur la période Jackson 5 et la jeunesse du chanteur. Elle rappelle combien l’œuvre du King Of Pop est étroitement liée à la dance music sous toutes ses formes. En attendant d’écouter ces nouveaux albums et de regarder le film This Is It, petit rappel en cinq remixes, historiques pour certains, plus confidentiels pour d’autres, de la love story entre MJ et les clubs.

1980 – The Jacksons « Walk Right Now (Special Remix) »


1980, le disco vit son été indien. Ce morceau extrait de l’album Triumph des frères Jackson reçoit le traitement « club » par un des maîtres du genre, John Luongo, surnommé « Bongo Luongo » pour son génie des percussions. Un des grands DJ et remixeurs de la période disco, John Luongo reste en activité durant les années 80, apportant ses talents de post-production à des morceaux allant de la dance au rock, et à des artistes aussi différents que les Jacksons, donc, ou … Aerosmith. Pour « Walk Right Now », Luongo applique la recette classique des 12’’ disco mixes : allongement du titre original et notamment de ses parties instrumentales, avec des breaks destinés aux danseurs et un son de sirène qui a dû hystériser plus d’un dancefloor.

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1988 – Michael Jackson with The Jackson 5 « I Want You Back ‘88 »


1988, l’Angleterre danse au son de l’acid house, bien sûr, mais aussi de la pop-dance électronique de l’usine à tubes Stock-Aitken-Waterman (Kylie Minogue, Jason Donovan, Rick Astley, Bananarama …), et des beats plus organiques de la scène hip hop – rare grooves – acid jazz en train de naître. Phil Harding et Ian Curnow (mixeurs et remixeurs attitrés de plus d’un hit de ces mêmes Stock, Aitken et Waterman) choisissent de se situer dans cette dernière sensibilité pour une relecture respectueuse du classique « I Want You Back ». Fidèle à l’esprit des versions club du moment (notamment celles des remix services comme DMC ou Ultimix), cette « mise à jour » 88 recourt au principe du mash up, utilisant des parties du « ABC » des Jackson 5, et s’agrémente d’un beat à la Bobby Byrd « I Know You Got Soul », popularisé par les rappeurs Eric B & Rakim.

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1991 – Michael Jackson « Black Or White (The Clivilles & Cole House / Club Mix) »


Avec Dangerous, album plus que jamais placé sous le signe de la danse grâce au producteur new jack Teddy Riley, Michael Jackson prend la (bonne) habitude de sortir chacun de ses singles avec une pléthore de remixes confiés aux DJs les plus en vogue du moment. Pour le premier extrait du LP, « Black Or White », c’est le duo Robert Clivillés / David Cole qui est mis à contribution. Issus de la culture club post-disco new-yorkaise, excellant dans ses différents styles (house, garage, freestyle), ils produisent à la fin des années 80 un certain nombre de remixes remarqués (dont celui de Natalie Cole « Pink Cadillac »), mais c’est avec leur groupe C+C Music Factory et le tube mondial « Gonna Make You Sweat », en 1990, qu’ils arrivent vraiment sur le devant de la scène, et obtiennent le privilège de remixer Bambi. Ils déconstruisent « Black Or White », morceau originairement rock/r’n’b pour en faire un hymne house/pop d’anthologie, avec des sons robotiques à la R2D2 immédiatement identifiables et des claviers entêtants qui sont la signature systématique de David Cole.

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1997 – Michael Jackson & Janet Jackson « Scream Louder (Flyte Tyme Remix) »


En 1997 sort Blood On The Dancefloor, album-patchwork composé à la fois de remixes de morceaux de l’album HIStory et de nouvelles compositions. Le résultat, inégal, n’aurait pas été du goût de la star, ce qui n’empêche pas cet « HIStory In The Mix » de s’écouler à plusieurs millions de copies à travers le monde. Dans cette auberge espagnole musicale où se côtoient house de plus ou moins bon goût et r’n’b inégal, on trouve une reprise du single « Scream ». Ce duo avec Janet Jackson, qui avaient marqué le retour de Michael en 1995, est ici passé à la moulinette du duo Jimmy Jam & Terry Lewis. Piliers de la black music de ces 30 dernières années, les deux musiciens commencèrent leur carrière avec Prince au sein du groupe The Time, avant de voler de leurs propres ailes comme compositeurs/producteurs, marquant d’abord un grand coup avec « Just Be Good To Me » par The SOS Band avant de réellement exploser au grand jour avec les albums de Janet Jackson (Control, Rhythm Nation …). Le son « monstre » développé pour cette dernière, riche en samples, rafales de beats et explosions sonores en tous genres, est ici transposé pour son frère, empruntant au passage la ligne de basse du « Thank You » de Sly & The Family Stone.

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2003 – Michael Jackson « Thriller (Def Thrill Mix) »

Il n’y aurait pas d’artiste légendaire sans disque, morceau ou version aussi mythique qu’introuvable. En 1992 (probablement), Michael Jackson voit son classique « Thriller » remixé par deux stars de la house/garage, Frankie Knuckles et David Morales : c’est le « Def Thrill Mix ». Mais leur version ne sort jamais officiellement – tout au plus en circule-t-il probablement quelques acétates plus rares que rares. Ce véritable serpent du Loch Ness pour fans de MJ resurgit en 2003 quand l’information circule d’une réédition au format maxi CD des singles du roi de la pop, accompagnés de remixes inédits – et notamment de celui-ci. Mais ces CD, bien que référencés un temps au catalogue de Sony Australia, ne verront jamais le jour. Même rumeur en 2006 à l’occasion de la série des dual disc « Visionary » ; mais la réédition du single Thriller sort sans le « Def Thrill Mix ». Ce n’est qu’en 2008, avec la parution de l’édition « 25ème anniversaire » de l’album Thriller, que ce remix est enfin disponible – mais seulement comme morceau caché sur le premier « pressage » du CD, et uniquement sur la version vendue par Best Buy ! Une édition digne de ce nom reste donc encore à venir, sans compter que d’autres versions contemporaines du même morceau – notamment par Danny Tenaglia – sont censées exister également, et n’ont pour le coup jamais vu la lumière du jour.

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Romain Pigenel

Taxe carbone : halte à l’enfumage !

Les Verts et Europe Ecologie auraient-ils gagné la bataille des idées, ainsi que celle des esprits ? Il ne se passe plus une semaine sans que de nouvelles défections en leur faveur ne soient annoncées avec tambours et trompettes, hier le socialiste Eric Loiselet, aujourd’hui le communiste Stéphane Gatignon. Nul doute que d’autres suivront, en un effet boule de neige dont il est encore difficile de savoir s’il tournera à nouveau, comme en juin dernier, à l’avalanche. En même temps, il est frappant de voir combien les thématiques portées par les écologistes s’imposent naturellement dans le débat et dans les esprits, devenant même des sortes d’évidences indiscutées (et indiscutables) en leur principe, évidences par rapport auxquelles chacun est appelé à se positionner. Eric Loiselet par exemple, expliquant la raison idéologique de son passage à l’écologie politique, indique la taxe carbone comme marqueur décisif pour sa décision de quitter le PS. Aurélie Filipetti aurait mis en avant le même argument pour expliquer son éloignement de Ségolène Royal. Je ne veux pas revenir ici sur les débats qui ont déjà eu lieu, à la rentrée, sur ce sujet, et qui revenaient grosso modo à discuter des modalités de la taxe (sur qui va-t-elle peser, comment va-t-on la compenser pour ne pas aggraver la situation financière des Français les plus démunis …), tout en esquivant la question de son bien-fondé idéologique. Il est remarquable que même celles et ceux qui en ont contesté l’existence – Ségolène Royal notamment – le faisaient en s’attaquant à l’inefficacité ou à l’injustice de ses modalités de mise en œuvre, sans pour autant interroger le principe même sur lequel elle repose.


La taxe carbone – ou « contribution climat-énergie » – repose sur un principe simple : celui de l’incitation au changement par l’augmentation du coût des pratiques visées. En l’occurrence, celles conduisant à une émission de CO2. Le raisonnement est semble-t-il imparable : en rendant ces pratiques financièrement insupportables, on va en détourner la population. Simple comme bonjour, et « moderne », puisque reposant sur l’incitation plutôt que sur l’obligation.

Les choses ne sont pourtant pas aussi simples. L’argument, tout d’abord, sous-entend la possibilité d’un libre choix, ce qui n’est pas le cas puisque, comme cela a été déjà souligné dans le débat français sur la taxe carbone, de nombreuses personnes n’ont pas d’autre choix que d’utiliser des moyens de transport polluants. Mais il y a plus encore. L’incitation reposant sur une augmentation du coût, elle peut également être lue comme une autorisation « sous condition de » – autrement dit, en l’occurrence, sous condition de revenus. Les Françaises et les Français pourront continuer à rouler en polluant à pleins gaz, si tant est qu’ils aient les moyens de payer. En clair, l’instauration de la taxe carbone est d’une certaine manière l’importation du système de vente de droits à polluer, au niveau de l’individu cette fois !

Une telle mesure est non seulement antisociale et inégalitaire (qui peut payer peut faire ce qu’il veut), mais elle est surtout en contradiction directe avec ce qui semble être la philosophie profonde des écologistes. Celle-ci repose en effet sur le constat d’un point de non-retour de la biosphère, menacée de destruction ou d’altérations funestes si le mode de vie des Hommes ne change pas tout de suite de façon draconienne. Alors de deux choses l’une. Soit cette analyse est scientifiquement fondée, et il faut en tirer sans attendre les conséquences politiques, en militant pour la mise en place d’outils législatifs durs – interdiction immédiate des comportements polluants, de certains types de moyens de transport par exemple – et non pour de simples mesures incitatives ou répulsives (taxation ou « droits de polluer »). Soit la situation n’est pas aussi grave ou irrémédiable – c’est ce que laisse entendre la défense d’une mesure de moyen ou long terme comme la taxation des comportements – et alors c’est une escroquerie politique pure et simple que d’utiliser des menaces catastrophistes, à grands renforts de films apocalyptiques, pour emporter les votes des électeurs.

Nul ne contestera la nécessité, pour les forces politiques contemporaines, de penser et d’intégrer la nécessité de revoir nos modèles de production et de consommation à l’aune des signaux d’alarme que nous envoient les sciences de la vie et de la terre sur l’état de notre planète. Mais il ne faudrait pas, dans le même mouvement, perdre la distance critique et la capacité d’interrogation des fondements idéologiques sans lesquelles toutes les manipulations sont possibles. Trop souvent l’écologie politique prend les accents du TINA thatchérien – « There Is No Alternative ». En s’y pliant, on accepte de s’engager sur une pente au bout de laquelle il n’y a plus de débat politique, sinon autour de nuances d’interprétation sur le programme des écologistes. Ce qui est tout de même un peu court pour la gauche en général – et les socialistes en particulier – qui feraient bien mieux de s’atteler, plutôt que de courir derrière leurs verts cousins, à concevoir un programme de transformation de l’appareil productif utilisant toutes les ressources de l’Etat, et ne se limitant pas à la très libérale mise en place d’un « marché de la pollution ».

Romain Pigenel

Pas de photos ni d’enregistrement

« Pas de photos ni d’enregistrement ». Les téléphones portables sont tolérés, à condition qu’il se tiennent coi, qu’on les éteigne. Difficile équation : trois heures à faire le trottoir boulevard Pigalle, pour avoir le droit de verser une obole de 80 euros à l’organisation. Tout ça pour une prestation mystérieuse, dont on ne connaît ni l’heure ni la longueur, ni même la nature exacte – et pour cause, elle n’est même pas officiellement annoncée.

Prince est à Paris. Ou Paris est à Prince – c’est selon. Bluffé par la visite de la Cigale au début de l’été, et par la découverte du Grand Palais lors de la fashion week, le dernier monstre sacré de la pop a décidé de se produire en concert dans les deux salles. Un mythe vivant ; un vestige d’une époque où Internet et Myspace n’étaient pas encore faiseurs de roi en matière de musique, où ils n’avaient pas encore obtenu la tête du CD – pardon, du vynil. Une époque où les bootlegs étant vraiment rares, et leur recherche une quête du Graal. L’enregistrement, une affaire menée en temps réel sur une bande, pas en instantané sur une clé USB. Rareté des objets, difficulté de la reproduction. Apparitions parcimonieuses, que l’on guettait lors de concerts plus qu’attendus, réduits que nous étions, le reste du temps, à rêvasser devant une pochette d’album ou une affiche méticuleusement punaisée dans notre chambre d’adolescent. Ou encore à guetter sur M6 ou MTV la rediffusion d’un clip ou d’une interview.

Il faut donc accepter, ce lundi soir, 12 octobre 2009, de rompre avec les habitudes de l’époque : pas d’enregistrement en temps réel, youtubisé, dailymotionisé, instantanément réseausocialisé et reproduit à l’infini. Ce sera un moment rare et précieux – si jamais il a bien lieu, les billets vendus ne garantissant l’entrée qu’à une soirée-dj. Une « Dance 4 Me Party » à la Cigale, où se pressent comme des fourmis, attirés par la rumeur de la présence de la star, inconditionnels de tous âges.

Il faut accepter d’attendre 10H du soir pour que les rideaux s’ouvrent sur la scène, et révèlent (dernière facétie ?) … des musiciens, basse, claviers, batterie, choristes, et un harmonica bondissant, certes, mais pas de Prince. Il ne faut plus ensuite retenir son souffle que quelques minutes pour voir enfin le brillant objet du désir bondir sur scène, veste ouverte sur un torse dénudé, chapeau légèrement de travers, comme quand il régnait, il y a dix ou vingt ans, dans ses clips suggestifs. Le temps a-t-il une prise sur lui ? On peut en douter, sauf à détailler son jeu de scène, légèrement moins athlétique que par le passé. Ou peut-être simplement plus en retenue. Incontestablement a succédé à l’exubérance débridée des années 80 une attitude plus mature, mais plus érotique encore, tout en énergie contenue. Mouvements saccadés, succession de poses, d’expressions étudiées, comme un vogueing élégant et dépouillé.

Prince n’a pas vieilli. Corolaire : sa musique non plus. Ou plutôt, elle n’a pas véritablement évolué. Quoi de plus normal pour quelqu’un qui a inventé les sons du futur, il y a vingt ans ? D’une certaine manière, tout Prince – et peut-être même toute notre musique pop actuelle – est contenu dans ses premiers albums, et il joue surtout, depuis quelques années, à recomposer, recombiner ses œuvres matricielles dans de nouvelles configurations, jouant tour à tour la carte du synthétique et de l’acoustique, mélangeant sur ses albums nouvelles compositions, et projets antérieurs inaboutis. Il en va de même pour le concert de ce soir, démonstration de force impressionnante d’un virtuose qui connaît toutes les ficelles et de son métier, et de son répertoire, et qui les enchaîne et les entremêle avec une facilité qui fait oublier le génie de l’exercice. Une choriste qui rappe comme à l’époque de My Name Is Prince. Des claviers estampillés Minneapolis, 80′s. Des solos de guitare épiques, sous influence Let’s Go Crazy. Tour à tour funkster, crooner, soul, r’n'b, rock. L’ambiance est hystérique, et le showcase minimal redouté (trois petits morceaux et puis s’en va ?) se métamorphose progressivement, dans l’ivresse générale, en un maelström musical de plus de deux heures trente, brassant donc morceaux de toutes ses périodes, mais aussi clins d’œil aux autres artistes de sa galaxie (Sheila E « The Glamorous Life », Sounds Of Blackness « Stand », The Time « The Bird »), à ses pairs (« I Want You Back » des Jacksons 5, ou « Be Happy » de Mary J. Blige), à ses maîtres (une reprise funkier than a mosquito’s tweeter du « Thank You » de Sly & The Family Stone). Quarante ans de groove en trois heures de jam, transformant effectivement le théâtre parisien en un club sous pression, à mi chemin entre Partyman et l’opéra baroque de Relax. On est aux Bains Douches en 1980, on est à Paisley Park en 1990, on ne sait plus trop où l’on est, en fait. L’homme, l’endroit, le public : la confiture prend. « Dance music, sex, romance », comme disait The Artist. Trois rappels, trois retours, et un final en feu d’artifice, sous la pluie pourpre ; personne n’a envie de mettre un terme à ce moment littéralement hors du temps, et qui le restera. Sans photos, ni enregistrement.

Romain Pigenel

Martine Aubry ou le syndrome Zidane

Un mot est très en vogue actuellement au PS : celui de rénovation. Les militants ont été appelés à voter à son sujet, et c’est en son nom que Bertrand Delanoë et Laurent Fabius avaient pris leurs distances avec le bureau national du PS (instance dirigeante du parti), préférant laisser siéger des proches plus jeunes et plus neufs à leur place. Et pourtant, ce sont ces deux mêmes « ténors » que Martine Aubry a rappelés hier, sous le prétexte qu’il fallait serrer les rangs et rassembler tous les talents du PS en vue des prochaines échéances politiques, élections régionales au premier chef.

Drôle de signal pour une « révolution rénovatrice ». Et qui rappelle étrangement une scène comparable, survenue il y a un peu plus de deux ans durant la campagne présidentielle. Au lendemain de la présentation de son « pacte présidentiel » à Villepinte, Ségolène Royal avait refondu l’organigramme de sa campagne, créant un conseil politique où étaient rappelés tous les « éléphants » jusque là écartés, Lionel Jospin y compris. Deux épisodes très différents, mais avec un point commun : quand ça va mal, quand le chef des socialistes est contesté, affaibli ou dans une zone de turbulences, le premier réflexe est de convoquer celles et ceux qu’il est de bon ton de critiquer – les éléphants, donc – pour leur ancienneté dans le parti et leur image trop peu moderne.

On pourrait débattre sans fin sur les mérites comparés des uns et des autres, montrer que l’on est toujours l’éléphant de quelqu’un, et souligner que l’âge ne fait rien à la qualité, dans un sens ou dans l’autre d’ailleurs. Tout ceci est absolument vrai : nul ne niera les talents d’édile de Bertrand Delanoë, ou la dimension d’homme d’État de Laurent Fabius. Mais cette propension désormais rituelle à appeler au secours les « anciens » au moindre soubresaut témoigne d’un problème structurel tout à fait inquiétant : l’incapacité du parti socialiste à faire émerger, promouvoir et défendre de nouvelles têtes, jeunes ou vieilles d’ailleurs, sur la scène politique nationale.

La comparaison footballistique est ici assez éclairante. De même que l’on parlait de « dream team » pour le gouvernement Jospin de 97, c’est une génération « dorée » qui porta l’équipe de France de football au firmament sportif, enchainant coupe de Monde et coupe d’Europe et se taillant au passage une réputation de machine à gagner inarrêtable. En 2002, sortie de route aussi brutale qu’imprévue pour les deux collectifs. Puis début d’une phase transitoire qui n’en finit plus de durer : considérant que les stars d’hier n’ont pas démérité, on les maintient en place, parfois contre l’évidence de leur forme physique ou de leur envie ou capacité de gagner, fermant la porte aux jeunes joueurs en devenir, qui patientent au seuil de la scène internationale (pour le football) ou nationale (pour le PS). Les enjeux les plus brûlants deviennent des rivalités entre champions « confirmés », Coupet-Barthez d’un côté, DSK-Fabius de l’autre. On se rassure en répétant à qui veut l’entendre qu’on a « les meilleurs joueurs à chaque poste », alignés dans les « meilleurs clubs » ou (variante socialiste) triomphant dans leur ville ou leur collectivité territoriale. Et que ce serait un gâchis que de les écarter. Mais la mayonnaise ne prend pas, ou plus, ou alors seulement pour des résultats intermédiaires : une coupe des fédérations, une deuxième place mondiale, une régionale ou une européenne. Pendant ce temps, impasses à répétition sur les trophées majeurs, coupe du monde ou élection présidentielle. Et épuisement des quelques nouveaux joueurs introduits sur le terrain, virés de l’équipe première à la moindre incartade, ou payant seuls les pots cassés de l’échec du collectif. On ne citera pas les innombrables ex-futurs espoirs du football français, dont le nom sera sans doute inconnu des lecteurs plus intéressés par la chose politique, mais chacun a sans doute en tête leurs homologues socialistes, comme Malek Boutih, envoyé au casse-pipe dans une législative-piège en 2007. Ou, exemple plus récent, Benoit Hamon faisant les frais de la débâcle des européennes en juin dernier.

C’est un cercle ; un cercle vicieux. La nouvelle génération, quand elle finit par gagner le droit de jouer, mûrit sous la surveillance étroite de ses anciens, jamais très éloignés, et hérite d’une situation rendue encore plus difficile par les échecs précédents de ces derniers. Elle commet des erreurs – logiques – ou ne perce pas assez vite, comme le secrétariat national de Martine Aubry, et son BN « renouvelé ». Alors immanquablement on retourne chercher les vétérans, Zidane et Thuram en 2005, Fabius et Delanoë aujourd’hui. Et si en sport cela rapporte parfois, en politique, on perd sur plusieurs plans : non seulement cela bloque le processus de maturation et de prise de responsabilités des cadres plus jeunes, ou moins expérimentés, mais surtout, cela brouille l’image du parti, avec des désagréments maximaux à un moment où il cherchait à se placer sous le signe de la rénovation – donc du renouveau.

En football comme en politique la recette serait simple, même si sans doute contestée et coûteuse dans un premier temps. Avoir un entraîneur – ou un premier secrétaire – qui s’affranchisse des gloires « incontournables », des pressions de la fédération – FFF – ou des fédérations – socialistes, des oukases des clubs ou des courants, et qui constitue à nouveaux frais une direction neuve, fondée sur des talents en devenir (les meilleurs à chaque poste), cohérente. Et qui la protège le temps qu’elle se trouve et qu’elle donne tout son potentiel, sans courir chercher nos Makelele ou nos Jospin au moindre coup de vent. C’est dans l’épreuve et dans la durée, mais aussi dans la confiance, que se forge une nouvelle génération. A défaut, le changement se fera de toute façon un jour, mais au prix sans doute d’une défaite de plus, sans retour, et qui ne laissera qu’une table rase derrière elle.

Romain Pigenel

Roland Grünberg ressuscite Michael Jackson

La mort de Michael Jackson, à la lisière de ce que beaucoup espéraient être son retour musical, avait été une sorte de choc générationnel. Dans les jours qui suivirent, j’eus l’idée de lui rendre hommage à ma manière en proposant à Roland Grünberg, artiste et graveur à la signature visuelle aussi intemporelle que profonde, de travailler à réaliser son portrait. Portrait aujourd’hui terminé et dont vous pouvez voir une copie sur cette page.


Il serait difficile, et sans doute injuste, de résumer en quelques lignes le travail et le talent de cet artiste précieux. Graveur donc, empruntant au folklore d’Europe centrale aussi bien qu’à l’univers du jazz – il fut l’illustrateur des affiches des premières éditions du Nancy Jazz Pulsation – il poursuit un voyage graphique le conduisant à travers des thématiques tour à tour humanistes, mythologiques, religieuses. Passant ces sujets au prisme de motifs récurrents, relatifs notamment au règne végétal. Membres-racines, peau travaillée de boucles, d’arabesques et de sinuosités comme l’écorce d’un chêne noueux, chevelure-feuillage ou cheveux-lianes, les êtres qui habitent les dessins de Roland Grünberg semblent hésiter, osciller entre humanité et végétalité – sauf pour leur regard, toujours troublant, et comme riche d’une expérience séculaire. Celui, peut-être, de celles et ceux qui en ont trop vu.

J’étais curieux et impatient de savoir comment Roland, auteur tout récemment d’un Miles Davis diabolique, traduirait Michael Jackson. Plus que de traduction, c’est de résurrection qu’il s’agit, avec un Michael tel qu’il se rêvait : Peter Pan, elfe sylvestre se jouant de la gravité, pareil au « springbok » qui bondit au-dessus de sa chevelure. Gazelle africaine qui est aussi une jolie allusion aux racines africaines du chanteur-danseur, à la dimension proprement mondialisée de sa carrière et au message d’unité interethnique qu’il entendait porter. Echo subliminal enfin à la relation particulière qu’entretenait Bambi avec les animaux, part intégrante de l’univers féérique qu’il s’était forgé, comme le rappelle la couverture de son album Dangerous.

Avec ce Michael aux yeux de biche, perdus dans le lointain, Roland Grünberg rend d’une certaine manière vie et honneur à un artiste dont le nom avait été souillé et associé, ces dernières semaines, aux médicaments et à l’inhumanité de l’artificiel.

Romain Pigenel

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le site de Roland Grünberg : ici.


Quand Ségolène Royal brûle ses navires

Jamais en retard d’une innovation, Ségolène Royal a-t-elle décidé d’importer dans le monde politique la pratique du clash entre rappeurs ? Mis en ligne jeudi et relayé ce week-end sur les listes de diffusion de Désirs d’Avenir, un communiqué signé par « L’équipe de Ségolène Royal » attaque violemment Jean-Noël Guérini, patron de la légendaire fédération socialiste des Bouches du Rhône :

En réponse à Jean Noêl Guérini qui affirme de façon péremptoire et méprisante que “avec Ségolène Royal, c’est la fin d’une histoire”, il convient d’observer que la véritable fin de l’histoire, c’est celle des notables cumulards qui ont érigé leurs pouvoirs en contrôlant les fédérations où règne l’opacité, pour ne pas dire plus. Jean Noël Guérini, non content de cumuler présidence de conseil général et un siège de sénateur, s’est lancé dans une campagne municipale à Marseille dans laquelle il a été battu. Cette boulimie de pouvoir a empêché l’élection d’un autre socialiste, car il est évident que Patrick Menucci, maire d’arrondissement à Marseille, aurait pu être élu. L’équipe de Ségolène Royal demande à Jean Noël Guérini un peu plus de réserve et de pudeur.


Que vaut donc à « Jean-Noël » une si virulente philippique ? Une prise de distance avec l’ex-candidate, assumée le samedi précédent, mais en des termes incontestablement moins violents, et ne semblant pas violer la « réserve » ni la « pudeur » :

Je respecte profondément Ségolène Royal, sa personnalité, ce qu’elle a fait pour le PS, elle a rassemblé 17 millions de personnes mais on arrive à la fin d’une histoire […] Avec Ségolène Royal, on a eu une histoire formidable, j’ai été l’un des premiers à être à ses côtés pour que, dans le débat interne, elle puisse être désignée candidate, maintenant, nous avons pris d’autres options, je vais vers d’autres horizons.

Pourquoi donc une réaction si disproportionnée, et surtout si tardive ? La date du communiqué, publié dans la partie du site de Ségolène intitulée « Rétablir la vérité », fournit une piste : c’est le jour de la consultation militante sur la rénovation, qui, notamment, est censée mettre un terme au cumul de mandats et aux libertés prises, dans certaines fédérations socialistes, avec les règles d’organisation des votes internes. Consultation qui est aussi la manœuvre imaginée par Martine Aubry pour gagner un peu de temps et d’air, et combler d’un coup son déficit de modernité, d’autorité et de popularité auprès des militants.

Cette configuration pourrait sembler périlleuse pour Ségolène Royal. Mais il me semble surtout qu’elle s’est livrée à ce que d’aucuns auraient naguère appelé « l’analyse concrète de la situation concrète », et qu’elle en a tiré toutes les conséquences. Cela a été assez dit, les liens avec ce qui devrait être son courant politique au sein de la machine socialiste sont complexes et sans doute distendus. Elle a d’ailleurs elle-même pris le risque d’une perte de contrôle en refusant de siéger au Bureau national, instance reine du parti, en snobant les grandes conventions nationales (y compris le rassemblement estival de sa sensibilité), et en formalisant d’ailleurs encore récemment son refus d’entrer plus avant dans le jeu partidaire. Isolement, lâchage dans l’appareil, banalisation sur le terrain de la rénovation – fin de partie ? Ce serait oublier un des paramètres du vote du 1er octobre : la validation par les militants du principe de primaires ouvertes. Tout un chacun pourra, moyennant une somme modique et sans militantisme préalable, venir prendre part à la désignation du candidat des socialistes pour l’élection présidentielle. Dans cette perspective, qu’est-ce qui est le plus important : « tenir » des réseaux puissants dans le parti, et se ménager les bonnes grâces des barons et des grosses fédérations, ou bénéficier d’une couverture médiatique permanente et d’une notoriété supérieure à la moyenne auprès de l’ensemble des Français ?

Plus encore, refuser les règles du jeu interne socialiste offre de considérables marges de manœuvre. Ségolène Royal peut dont risquer de subir l’ire des satrapes locaux, en invectivant directement J.N. Guérini par exemple, là où Martine Aubry est obligée de fermer les yeux sur le fait que la fédération du Pas-de-Calais (un de ses principaux soutiens) n’a pas vu son fichier épuré. Elle peut s’ériger en modèle de non-cumul, elle qui a pris le risque d’abandonner les bancs de l’Assemblée pour conserver son seul mandat de présidente de région. En somme, elle peut pousser plus loin que quiconque dans le sens du « nouveau parti socialiste » dessiné par le vote des militants, renversant ses faiblesses en forces, et bénéficiant d’une flexibilité totale par rapport à ses concurrents, encore obligés de composer avec les us de la vieille maison. Flexibilité qui lui donne à son tour toute latitude pour multiplier les « buzz » et coups médiatiques, et continuer à nager au-dessus de la ligne de flottaison de l’opinion.

En attaquant frontalement le « vieux parti », qui l’avait pourtant bien aidée à plusieurs reprises (et notamment lors du dernier congrès), Ségolène Royal se met d’une certaine manière dans la position d’un conquérant qui, à peine débarqué sur une nouvelle terre, brûle ses navires pour couper court à toute idée de marche arrière. La voie qu’elle emprunte risque fort d’être une voie sans retour, sur le chemin de laquelle ses forces militantes pourraient bien se rabougrir, comme une éponge desséchée … tout en gardant la possibilité de se regonfler brutalement au moment des primaires, toujours comme une éponge, bénéficiant de l’afflux aussi soudain que massif de supporters pour le moment invisibles. Tactique risquée, et ressemblant finalement assez, ironie du sort, à celle de François Bayrou, qui lui aussi a abandonné son capital de centre droit – et nombre de ses élus – pour sa longue marche vers la gauche. Tactique risquée, mais incontestablement plus claire et directe que celle consistant à louvoyer dans les eaux de plus en plus saumâtres de Solférino …

Romain Pigenel

Tout va bien ! (TAG #155)

Morne début de semaine pour la gauche. L’effondrement électoral de la SPD vient confirmer le « paradoxe » que tout le monde pointe depuis un an : alors que la crise financière et économique semble donner raison à la sociale-démocratie, elle profite à la droite, dans ses versions conservatrice ou – plus étonnant encore – franchement libérale. La montée en puissance des libéraux allemands du FDP au scrutin de dimanche vient encore renforcer ce pied de nez à ce que devrait être la logique politique.

Si la sociale-démocratie a été battue au niveau européen en juin, et aujourd’hui en Allemagne, c’est bien qu’elle ne répond plus, tant par ses idées que par les structures qui les portent, à la situation politique, et aux femmes et aux hommes qui devraient se reconnaître en elle.

De deux choses l’une. Soit la sociale-démocratie est victime d’un terrible malentendu : faute d’un bon « leadership », d’un système d’alliance opérationnel et/ou d’appareil politique en plein état de fonctionnement et de communication, elle serait incapable de se faire entendre des électeurs, mais aurait malgré tout raison. C’est grosso modo la thèse que suppose l’actuel processus de rénovation du parti socialiste. Soit elle a véritablement épuisé son programme, qu’il ait été repris et intégré par l’ensemble du spectre politique, ou qu’il soit inadapté aux défis de l’époque.

La seconde hypothèse a raison sur un point : le compromis social-démocrate traditionnel entre État, salariés et entreprises n’existe plus. Mais pour autant, on ne voit pas en quoi les valeurs fondamentales du socialisme, à commencer par celle-là même de compromis, sont dépassées. Des forces comme le Parti de Gauche en France, ou Die Linke en Allemagne, peuvent bien faire de la critique de la sociale-démocratie leur fonds de commerce électoral, on peine toujours à voir quel modèle alternatif positif elles défendent, et en quoi leurs – relatifs – succès électoraux relèvent plus d’une adhésion sincère des électeurs que de la matérialisation de la colère de ceux-ci envers les partis socialistes. Quant à l’écologie politique qui a, depuis quelques mois, le vent en poupe, son récent soutien sans nuance à la taxation écologique du gouvernement Fillon, qui accable un peu plus encore les classes moyennes, montre bien qu’elle ne saurait prétendre incarner à elle seule le rôle et les idéaux de la gauche.

Reste la première hypothèse, celle de la simple nécessité d’une « rénovation » : une stratégie de replâtrages successifs, partant du principe que la somme des petites retouches finit par changer l’ensemble du bâtiment. Un coup, une opération de communication avec les intellectuels, le coup suivant, un referendum sur le fonctionnement du parti ; un autre coup encore, une convention sur l’économie. Cette ligne n’est pas absurde en soi, et aurait eu du sens en 2002 ou en 2005. Mais elle est complètement inadaptée à l’urgence et à la gravité du contexte actuel.

A cause de la somme des ratés des derniers mois. Mais également, et peut-être surtout, à cause de la parution du livre sur le congrès de Reims, et de la gestion de cette parution par les responsables socialistes. Sans doute n’apprend-il pas grand chose aux habitués et aux experts de la machine solférinesque. Mais l’étalement sur la place publique de méfaits jadis limités aux conversations entre cadres et militants, et – surtout – l’absence de réaction exceptionnelle de la direction du PS – voire, pire encore, la reconnaissance tacite des faits par certains, et même par le questionnaire soumis au vote le 1er octobre ! – ont produit dans l’opinion des femmes et des hommes de gauche des dégâts dont on mesure encore sans doute mal l’étendue et les conséquences. Le parti socialiste a désormais l’image d’une formation tolérant la fraude électorale en son sein. Seul un électrochoc radical pourrait effacer ce stigmate. Or il ne nous semble pas que le référendum interne du premier octobre, et sa logique de rénovation par petits pas, se situe à cette hauteur.

Il est insuffisant parce qu’il procède d’une double réduction : d’abord réduction de la refondation politique à une rénovation organisationnelle, en renvoyant aux calendes grecques tout ce qui a trait à l’identité idéologique du socialisme français, au moment même où les Français attendent des prises de position fortes sur les services publics, la violence des normes managériales ou encore l’équilibrage entre exigences sociales et « urgence environnementale ». Réduction ensuite de la rénovation interne à des questions tactiques – les alliances – ou ne concernant que les postes d’élus – non-cumul, diversité – alors que tout ce qui concerne la démocratie interne et l’augmentation du pouvoir des militants est laissé de côté. Ou même d’une certaine manière foulé aux pieds, avec ce questionnaire fermé sans véritables possibilités d’amendement, renvoyant le temps du débat à une lointaine convention thématique dédiée.

Le compte n’y est décidément pas. On a, pour tout dire, le sentiment d’un artifice mis en place dans l’urgence pour laisser passer l’orage, et appliquer quelques rustines en trompe-l’oeil sur un appareil dont l’obsolescence ne trompe pourtant plus personne. Faut-il préciser qu’un tel aveuglement, conjugué à la recherche désordonnée de nouvelles alliances n’importe comment, et à n’importe quel prix, risque fort de signer la fin d’un parti que ses « partenaires » guettent déjà d’un œil gourmand ?

Dans la grande reconfiguration du champ politique de la gauche qui s’amorce, si le socialisme a encore une identité propre et utile au monde actuel, alors il doit prendre lui-même l’initiative de la reconstruction de son camp. En commençant par sa révolution interne : à savoir, un congrès extraordinaire de refondation, qui remettrait à plat l’ensemble de son fonctionnement et de son idéologie, qui permettrait à tous les Français qui le souhaitent d’adhérer immédiatement pour y participer, et qui associerait, si elles le souhaitent, les formations qui nous sont proches – radicaux, citoyens, communistes unitaires. Un tel processus pourrait avoir lieu en deux temps. D’abord, une grande convention préparatoire à l’automne, qui permettrait parallèlement de créer une dynamique populaire en vue des régionales, en donnant un signe fort que le PS a compris la déception du peuple de gauche, et son désir d’un grand parti radicalement réformiste. Ensuite, le congrès proprement dit au sortir des régionales, pour préparer au mieux les prochaines échéances, et travailler à construire des alliances qui se fassent sur une identité politique claire, et non pas dans une logique de combinaisons ou d’arithmétique électorale à la Prévert, où l’on additionne tout et n’importe quoi, pourvu que l’on atteigne une hypothétique majorité.

Longtemps annoncée, systématiquement retardée, aujourd’hui instrumentalisée, la « rénovation » est désormais un concept caduc et dépassé. Pire, elle risque de servir de leurre pour retarder la refondation radicale que militants comme électeurs appellent instamment de leurs vœux. Trop de temps a déjà été perdu pour tenter, à nouveau, d’en gagner. Nous devons avoir le courage d’une refondation en bonne et due forme : c’est une question de vie ou de mort pour le parti socialiste. Il y a une urgence absolue à ce que celles et ceux qui dirigent le Parti socialiste aujourd’hui le comprennent vite … et à défaut, il faut les y aider.

Julien Dray et Romain Pigenel

Également publié sur le blog de Julien Dray