C’est l’histoire d’un clin d’œil interne à une campagne électorale, qui prend en l’espace de quelques heures la dimension d’un buzz national. Le fameux signe du changement, premier objet politique depuis bien longtemps (Jacques Chirac et son « mangez des pommes » des Guignols ?) à devenir un gimmick universellement repris, voire un mème multi-support (graphique, vidéo … jusqu’au « monde réel »). C’est ce que l’équipe d’Eva Joly avait tenté de réaliser, me semble-t-il, avec ses lunettes rouges. Mais la campagne de François Hollande a deux atouts majeurs qui font que le buzz a pris, au-delà des intentions de ses initiateurs : premièrement, elle concerne le candidat qui concentre pour le moment les espoirs, et les intentions de vote, des Français qui en ont assez de Nicolas Sarkozy ; deuxièmement, elle s’appuie sur un événement récent – le meeting du Bourget, où a été tournée la vidéo – qui a agi et continue d’agir comme un détonateur d’enthousiasme, et un puissant désinhibiteur pour une gauche qui n’a pas souvent confiance en elle-même.

Le plus intéressant dans ce geste stupidement simple est sa capacité à désarçonner les commentateurs. Dans un premier temps, certains ont tenté – par paresse ou par malveillance – de plaquer dessus l’étiquette « lipdub UMP, le retour », alors que l’un et l’autre n’ont rien à voir. Le lipdub UMP était la réponse à une pratique alors en vogue, consistant à mimer une chorégraphie et un playback sur une musique commune à tous les participants, pour mettre en valeur un groupe bien précis (une entreprise, une grande école, ou en l’occurrence un parti politique). Ici, c’est exactement l’inverse : l’invention d’un signe de reconnaissance, de ralliement, que n’importe qui peut reprendre. Le lipdub est un objet en soi et se limite à lui-même ; la vidéo « le changement c’est maintenant » n’est qu’un véhicule pour un signe de ralliement que chacun peut s’approprier. Le lip dub vous place en position exclusive d’observateur – et donc de ricaneur – quand le « signe du changement » vous place en position potentielle d’acteur. D’où les initiatives de reprise (et pas simplement de détournement), diverses et variées, qui ont vu le jour dès les premières heures, Guy Birenbaum ouvrant le bal.
Que veut dire ce geste ? Mime-t-il le nouveau logo de campagne de François Hollande ? Représente-t-il le signe « égal », et donc l’égalité, valeur centrale du discours du Bourget ? Ou alors consiste-t-il à signifier que Sarkozy, on en a jusque là (lala dirladada) ? D’autres encore y ont vu une référence à une danse de l’été, voire au vogueing (je parie qu’il ne faudra d’ailleurs pas longtemps pour que des danseurs hip hop s’en emparent). Toutes ces explications valent, et cette pluralité explique la réussite de ce signe : c’est une toile blanche sur laquelle chacun projette ce qu’il veut, et mieux encore, avec un pinceau facile d’accès (son propre corps). C’est un signe de reconnaissance, et de liaison, à un moment où l’actualité est particulièrement morose et où le sentiment de solitude, et d’impasse, est écrasant. C’est un moyen de partage simple et chaleureux, face à une droite qui, du haut (ou plutôt du bas) de son bilan catastrophique, ne sait que moquer et détruire. D’un côté, les « minables » et le « massacre à la tronçonneuse » de Jean-François Copé et de la cellule riposte de l’UMP ; de l’autre, ce geste simple, extrêmement participatif et donc viral, qui contamine jusqu’au reste de la gauche. Comme une manifestation concrète du désir de changer d’air, de changer d’ère.
Enfin, puisqu’on parle de viralité, quoi de plus politiquement viral qu’un gimmick non directement politique ? Je l’avais déjà relevé à l’époque du lipdub de l’UMP, et Karim Miské le souligne dans un intéressant papier aujourd’hui : ce genre de gestuelle ou de pratique, n’appartenant pas aux rituels politiciens usés, a toutes les chances de toucher des gens qui, autrement, seraient inatteignables jusqu’au jour du vote. Bien sûr, ce geste ne porte pas directement de message politique (encore que !). Mais quand il se propage, il attire l’attention sur la force politique qui en a été l’émetteur initial, et il finit par créer un mouvement – celui de tous ceux qui le reprennent – qui a sa propre dynamique. Je rêverais, pour ma part, qu’il devienne aussi connu que le « tourner de serviettes » de Patrick Sébastien, jusque dans les banquets de famille. Réponse dans trois mois !
Romain Pigenel



Christine Boutin – [cri strident] STTOOOOOP ! J’en ai assez entendu ! Alors il faut que vous le sachiez : je peux être gentille, mais il ne faut pas me prendre pour une gourde. Tant va la grenouille au bénitier, qu’à la fin elle se lasse ! Je suis venue ici pour vous faire une annonce : si jamais vous ne me laissez pas me présenter, je lâcherai une 





Mais où se cache donc Nicolas Sarkozy ? #DPDA
Depuis que j’ai appris que ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui doit apporter la contradiction à François Hollande lors du numéro de Des Paroles Et Des Actes où il vient présenter son programme, je dois avouer qu’une certaine anxiété me gagne. Comment interpréter cette curieuse reculade ? Que je sache, François Hollande n’est pas candidat au poste de Ministre des Affaires étrangères, fonction occupée par le contradicteur que lui a choisi la droite, Alain Juppé. Nicolas Sarkozy serait-il retenu par des problèmes plus graves que le débat présidentiel ? Pour chasser mon inquiétude, j’ai tenté de construire quelques hypothèses quant à la non-participation du président-candidat.
Il a été renversé par l’escorte de Nadine Morano
Un soir en début de semaine, la ministre de l’Enseignement Supérieur a été retenue plus tard que de coutume dans un dîner, mettant en péril sa séance nocturne quotidienne de flooding et de trollage sur Twitter. Prise de panique à l’idée de ne pas pouvoir lâcher sa dizaine d’insultes forfaitaires contre la gauche, elle a ordonné à son chauffeur et à son escorte policière de rouler sur les trottoirs pour aller plus vite. Double hasard : premièrement, l’équipée sauvage est passée devant l’Elysée ; deuxièmement, le locataire du palais a eu la malchance de descendre prendre l’air au même moment. Rassurez-vous, il est sain et sauf, mais il doit se reposer (sur l’île d’Arros me dit-on) dans la perspective de son prêche télévisuel de dimanche soir.
Il est frappé d’amnésie anosognosique
Alors que la fin d’un mandat qui pourrait bien être son dernier s’approche, Nicolas Sarkozy est frappé par avance par le syndrome des anciens présidents : l’amnésie non consciente d’elle-même. Il oublie, et il oublie qu’il oublie. Il y avait déjà des signes prémonitoires : comment a-t-il pu oublier par exemple, sa promesse de la campagne 2007 d’un retour du chômage à 5% en fin de mandat ? A côté de tels oublis, celui de l’émission de France 2 est finalement banal et logique. C’est bien simple : quand on lui parle de François Hollande, le président est incapable de voir de qui il s’agit.
Il est (enfin !) parti en retraite dans un monastère
En 2007, fort de sa victoire toute fraîche, Nicolas Sarkozy avait fort justement émis l’idée, si ce n’est l’envie, de partir en retraite dans un monastère pour habiter la fonction présidentielle. Cette belle résolution n’avait alors malheureusement pu être menée à bien, le jeune président sacrifiant son intérêt personnel pour accepter l’invitation d’un nécessiteux, bénéficiaire potentiel du bouclier fiscal, sur son yacht. Peut-être a-t-il ressenti le besoin pressant, aujourd’hui, d’habiter la fonction avant de la quitter, et donc de se retirer quelques jours dans une cellule monacale. Il pourra toujours suivre l’émission sur le téléviseur du réfectoire.
C’est Alain Juppé qui va être candidat
Et dire qu’il y en avait à gauche pour se formaliser de l’outrage consistant à opposer un « simple » ministre au candidat socialiste ! En réalité, il fallait comprendre le message dans le sens inverse : c’est une déclaration de candidature tacite d’Alain Juppé, qui en a vraiment assez, nous confie son entourage, de « se gâcher pour ces bouseux de Bordelais et ces abrutis de fonctionnaires des Affaires étrangères ». On ne sait pas encore si Nicolas Sarkozy est d’accord, mais il aurait tort de priver la droite d’un tel talent : qui d’autre en France peut se prévaloir de la capacité à rassembler tous les Français contre lui, comme en 1995 ? Oui bon, « contre », mais c’est le « rassembler » qui compte. Si vous commencez à ergoter sur des points de détail, on n’est pas sorti de l’auberge.
Romain Pigenel