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Donoma (m’a) tuer

Il y a les mauvais films bien vendus, et les bons films mal vendus. Par la force des choses, on se trouve plus souvent installé dans un fauteuil de multiplexe devant un représentant de la première catégorie que de la seconde, pestant au bout d’une heure trente à deux heures de supplice cinématographique contre une bande-annonce ou une critique journalistique trop belles pour être vraies. Mais parfois, heureusement, la règle s’inverse.

 

C’est ainsi que je me retrouve samedi soir au Grand Rex, pour la première parisienne de Donoma, auto-qualifié « Film-guérilla ». A priori, beaucoup de raisons de ne pas tenter l’expérience : une bande-annonce décousue, une longueur inquiétante pour un premier film (plus de deux heures), un buzz de « film de jeunes de banlieue qui vient remuer le cinéma français », et l’information que la production de ce long métrage s’est faite hors de tous les circuits d’aides habituels, ce qui peut tout simplement être le signe d’un niveau artistique trop faible pour y prétendre.

Et pourtant. Et pourtant. Traîné là, presque de force, par La Bienveillante et des amis proches de l’équipe du film, il me suffit de quelques minutes pour comprendre que j’ai affaire à une œuvre qui fera date, étonnante de maîtrise et d’invention pour une première réalisation. Donoma, c’est l’histoire d’une dizaine de personnages, qui se tournent autour et tournent plus particulièrement autour de trois d’entre eux, trois jeunes femmes. Film circulaire à plus d’un titre, où l’on voit, dans une succession de séquences à la chronologie éclatée, comment ces jeunes hommes et ces jeunes femmes se croisent, s’aiment, se repoussent, se ratent, dans une série de lieux et de situations qui sont leur quotidien, lycée professionnel, gare RER, chambre de malade, appartement parisien. Noirs, blancs, arabes, métis, banlieusards, bobos, (petits) bourgeois.

Dit comme cela, on pourrait penser à une sorte de best of des clichés du cinéma français actuel. C’est à la fois vrai et faux. Vrai car, par les situations, par les personnages, par les langages aussi, le réalisateur (Djinn Carrénard) emprunte en effet aux principaux genres hexagonaux : le film sentimentalo-psychologique de bobo en appartement, le film de banlieue avec parler cru wesh wesh style, et aussi le cinéma d’auteur pour des séquences plus expérimentales. Faux, car chacun de ces lieux communs est à la fois dépassé, saisi avec plus de vérité que de coutume, et fondu dans un tout où, précisément, des cinémas qui ne communiquent jamais d’habitude communient, dans une belle métaphore de notre société.

Car par-delà les histoires d’amour et de sexe, ce sont les problèmes de communication qui sont au cœur des relations entre personnages. La jeune professeure d’espagnol qui répond par un dangereux mélange de provocation et séduction à son élève de LEP faussement désinvolte, qui, lui, ne sait comment exprimer et vivre ses sentiments. Sa petite amie recluse chez elle avec sa sœur leucémique, dans une relation fusionnelle et jalouse. La jeune photographe qui décide de s’en remettre exclusivement au mime et à l’écriture pour communiquer avec son bel inconnu déniché dans le métro. Ces problèmes de communication, qui poussent chacun des personnages aux limites du langage (la prof qui règle ses comptes avec son élève/amant en le clashant par un rap en espagnol, la photographe et son nez rouge, la jeune garde-malade qui s’enferme dans un dialogue obsessionnel avec Dieu jusqu’à développer des stigmates), recoupent à chaque fois la difficulté qu’ont les uns et les autres à porter, les uns sur les autres, un regard dénué de stéréotype. Bobos et banlieusards se jettent à la figure les clichés que la société véhicule sur eux, un Noir reproche à une Blanche de ne pas être assez noire alors qu’elle a été élevée par des parents noirs, tout en se faisant lui-même remettre à sa place par sa sœur sur son non-respect des valeurs familiales africaines. Pendant deux heures, le film s’amuse avec les idées reçues, les détourne, les retourne, avec une grâce et une justesse tout sauf évidentes sur le papier. Enchaînant des moments d’hyperréalisme quasi-documentaire, caméra nerveuse au poing, avec des scènes à l’onirisme envoutant, le tout porté par une bande-son toujours remarquable. Brisant l’apitoiement et le sentimentalisme, quand ils pointent le bout de leur nez, par une soudaine bouffée bouffonne, qui ne tarde jamais elle-même à céder la place à un moment plus dramatique.

C’est un film qui parle, au bout de compte, de l’identité de notre pays, et de cette jeune classe moyenne urbaine qui en est la force vive, tout en en restant finalement l’angle mort. Les personnages (joués par des acteurs épatants et suscitant immédiatement l’empathie), par-delà leurs particularités marquantes, sont remarquablement moyens. De la banlieue, on ne verra pas les racailles et les cités qui brûlent, de Paris, on ne verra pas les lofts somptueux et les restaurants luxueux : au contraire, pavillon, mornes rails de RER, appartements de taille moyenne, salle de classe, Donoma offre un méthodique passage en revue de l’environnement quotidien des ces vingtenaires et trentenaires mélangés, plus ou moins blancs, plus ou moins riches, qui élaborent maladroitement la France des trente prochaines années.

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Partant de rien (le film revendique avoir coûté … 150 euros), volontairement restés à l’écart des grands noms du secteur pour des raisons de liberté artistique (ils auraient dit non à Luc Besson), Djinn Carrénard et son collectifs d’acteurs et de soutiens ont tout misé sur la communication virale et le terrain, conjuguant un dispositif web complet (site, blog, Tumblr, page fan sur Facebook …) et un tour de France en bus (!) pour mobiliser les fans, organiser des événements dans chaque région et capter l’attention des cinémas locaux. C’est ainsi que la projection du Grand Rex a été conçue (et remplie) ce week-end. Une expérience originale de cinéma participatif, depuis le financement jusqu’à la création d’une demande « bottom-up » pour que le film soit programmé en salle sur tout le territoire. A l’heure actuelle, selon mes informations, aucun cinéma n’a fait ce pari à Paris … vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous habitez la capitale.

Romain Pigenel

Donoma de Djinn Carrénard, sortie nationale le 23 novembre

Les objets de la politique (3) : le Barack Obama

Il nous arrive à tous d’avoir un moment difficile, une chute passagère de crédibilité, un trou d’air temporaire de popularité. Beaucoup n’osent pas parler de ces problèmes trop souvent considérés – à tort – comme honteux ou inavouables. Il existe pourtant des solutions : parlez-en à votre médecin. Il pourra vous prescrire, parmi elles, un “Barack Obama”, le produit phare de chez Uncle Sam, Inc.

 

De quoi s’agit-il ?

Le Barack Obama est un individu de grande taille, de belle prestance (il présente bien) et de renommée internationale. Hors de son pays d’origine, il conserve une aura de toute-puissance et de modernité dont peut profiter toute personne s’assurant ses services. Grâce à un système téléscopique breveté, il peut s’adapter à toutes les tailles de malades.

 

Où se le procurer ?

Le Barack Obama est difficilement atteignable quand il est chez lui, et ne s’aventure pas sans raison particulière en dehors de ses frontières. Il faut donc créer un événement spécifique (par exemple un G20 [Gvain]) pour avoir la possibilité d’entrer en contact avec lui. Idéalement, il est préférable d’être soi-même l’organisateur de l’événement.

 

Comment ça marche ?

Une fois le Barack Obama acquis, le malade doit l’installer à côté de lui à une heure de grande écoute, tout en s’arrangeant pour que la scène soit largement diffusée. Il suffit ensuite de laisser le Barack Obama parler en anglais et s’agiter durant quelques minutes. Les effets sur la popularité du malade sont à mesurer la semaine suivante.

 

Lequel choisir ?

Le Barack Obama est en effet livré dans différentes configurations, parmi lesquels il faut soigneusement choisir. Parmi les paramètres, le coût est évidemment à prendre en compte, mais nous conseillons de ne pas lésiner sur les moyens dans des cas d’atteinte sérieuse à la popularité.

 

Le pack « first »

Le pack first contient quelques secondes d’images sur une entrevue entre le malade et Barack Obama. La tonalité est courtoise, sans effusions particulière. On voit les lèvres du malade et de Barack Obama bouger, mais sans entendre leurs propos. Une voix off est donc à prévoir.

 

Le pack « basic »

Le pack basic contient une poignée de main entre le malade et Barack Obama. La poignée est franche, et agrémentée d’un sourire du Barack Obama. Quelques mots sont échangés entre les deux de façon audible.

 

Le pack « press »

Le pack press contient une conférence de presse commune entre le Barack Obama et le malade. De temps en temps, ils s’interpellent directement. L’ambiance est cordiale et détendue.

 

Le pack « prestige »

Le pack prestige contient une interview croisée par des journalistes connus dans le pays du malade. Des questions sont posées sur les liens personnels entre le malade et le Barack Obama. Celui-ci y répond très positivement, et peut même finir sur quelques mots de sympathie et d’encouragement à l’égard du malade.

 

Le pack « platinum »

Le pack platinum contient un moment historique à vivre entre le malade et le Barack Obama, comme le fou rire Clinton-Eltsine. Il s’agit d’un service conçu sur mesure pour chaque malade, et sa conception devra donc être discutée avec la Uncle Sam, Inc.

 

Y a-t-il des précautions d’emploi ?

De manière générale, il faut éviter toute interaction politico-médicamenteuse pouvant perturber les effets du Barack Obama. Le malade évitera donc, pendant le traitement, de parler à tort et à travers, de tenir des propos trop grossièrement familiers à l’égard du Barack Obama, ou de l’indisposer de quelque manière que ce soit. Il s’abstiendra également d’annoncer des mesures impopulaires pendant les semaines suivant le traitement.

 

Le traitement au Barack Obama est-il définitif ?

Il faut de longues séances de Barack Obama pour retrouve sa popularité initiale. Dans les cas les plus graves, consultez votre médecin, qui pourra vous orienter sur des traitements plus puissants, comme la non-candidature.

 

Romain Pigenel

 

Le catalogue complet des Objets de la politique est ici.

Bienvenue en Merkozie !

Chère lecteur, chère lectrice, citoyen-ne, camarade, l’heure est grave.

 

Un nouvel ordre politique est en train de se lever sur l’Europe, mettant fin à la chienlit indescriptible qui y règne depuis près de deux ans. Un ordre né sur les bords du Rhin, et forgé par les successeurs de Charlemagne, Nicolas Merkel et Angela Sarkozy (ou « Merkozy » pour les intimes). Un ordre fort et efficace qui balaiera toutes les scories participatives qui entravaient inutilement le bon fonctionnement de l’Europe. Son nom : la Merkozie.

 

Variae s’est procuré la future constitution de ce nouvel ensemble politique et vous la livre en exclusivité.

 

REGLEMENT INTERIEUR DE MERKOZIE

 

Article 1er. Est baptisé « Merkozie » l’ensemble géographique constitué par le district central de Merkelie (ancienne « Allemagne »), la Sarkofrance (ancienne « République Française »), les états parasites au bord de la Méditerranée (anciens « PIGS ») et les terrains vagues entre les deux (anciens « partenaires européens »). Elle a pour capitale un caravansérail itinérant, pouvant notamment s’installer à Bruxelles ou à Cannes.

 

Article 2. Le présent document fait office de constitution de la Merkozie, mais est un règlement intérieur. Cela évite de réunir une constituante qui pourrait le rejeter.

 

Article 3 (règle de « transitivité »). Ce qui est bon pour la Merkelie est bon pour la Sarkofrance. Ce qui est bon pour la Merkelie et la Sarkofrance est bon pour la Merkozie.

 

Article 4 (règle de « collégialité »). Quand le besoin s’en fait sentir, la Merkelie convoque les autres provinces pour leur expliquer le bien-fondé des orientations qu’elle a choisies pour le collectif. Cette réunion est appelée « sommet européen » (sauf en Sarkofrance, où elle doit statutairement être appelée « victoire diplomatique de Nicolas Sarkozy »). Si les autres provinces, et notamment les états parasites méditerranéens, renâclent à accepter ces orientations, un sommet élargi est convoqué pour être encore plus nombreux à ne pas être d’accord : le G20 (en toutes lettres, « G vain »).

 

Article 5 (règle du « qui peut le plus peut le moins »). Si une mesure – par exemple un plan de sauvetage économique – peut être prise aujourd’hui, autant la repousser à demain. Si on a tous les moyens pour la mettre en œuvre, inutile de les mobliliser. Il sera bien temps de le faire quand on n’aura plus le temps.

 

Article 6. Les peuples souverains ont toute légitimité pour reconnaître et apprécier la sagesse de la direction de la Merkozie. En cas de désaccord avec cette direction, tout caprice (manifestations, grèves, référendum national …) sera inutile et sévèrement sanctionné. En dernier recours, un arbitrage sera demandé au Comité de Surveillance de la Merkozie. Il est indexé sur le cours de la bourse et composé du FMI, de Fitch, de Moody’s, de Standard & Poor’s,  des banques, de Barack Obama (observateur) et de Hu Jintao (qui le préside).

 

Article 7 (règle du « cercle vertueux »). La rigueur appelle une baisse bienvenue des dépenses publiques autres que militaires, et du nombre de fonctionnaires. Ces baisses renforcent la rigueur, qui concourt à son tour à purger le trop plein de fonctionnaires et d’inutiles. Vive la crise !

 

Article 8 (règle du « socialisme réel »). En cas de grosse crise, tous les habitants de Merkozie doivent être solidaires de leurs banques, et se cotiser pour éponger leurs pertes. Ils doivent également se serrer les coudes avec leurs classes supérieures (propriétaires, fraudeurs fiscaux, clergé grec …) qui sont toujours les premiers à souffrir de risques d’augmentations d’impôts. N’oublions jamais que leur richesse ruisselle sur tous les Merkoziens.

 

Article 9. Le présent règlement pourra être modifié sans préavis sur simple décision du directoire de la Merkozie. Toute protestation d’une province sera suivie de sa mise sous tutelle par le directoire.

Romain Pigenel

Crise européenne et pédagogie politique

Verre à moitié vide ou à moitié plein ? C’est la question que l’on se pose en consultant le baromètre CEVIPOF sur la confiance des Français envers leurs responsables politiques. D’un côté, une politisation en hausse de la population ; de l’autre, un renforcement de la défiance contre les élus autres qu’ultra-locaux.

 

On pourrait épiloguer sur les causes de ce divorce, certaines apparaissant dans l’enquête en question. Le cruel décalage entre les espoirs soulevés par Nicolas Sarkozy en 2007, et le marasme dans lequel son mandat s’achève. Le manque de grandes personnalités et de hauteur de vue dans le débat politique. Les affaires en tous genres qui font tache, quel que soit leur nombre exact. La démocratie trop peu participative. Mais je pense qu’il y a aussi un déterminant encore plus fondamental, et extrêmement visible dans la crise européenne que nous traversons actuellement : la difficulté croissante à comprendre le monde dans lequel nous vivons, et à lui donner un sens. Sentiment de décrochage qui atteint par ricochet la représentation politique.

 

La crise européenne empile les facteurs de complexité, jusqu’à l’absurde. Première complexité/opacité : les opérations et les problèmes économiques en cause. Un enchevêtrement de concepts compréhensibles quand ils sont pris seuls à seuls, mais constituant ensemble un magma sémantique indémêlable (dette, spéculation, sortie de l’euro, défaut de paiement …). A cela s’ajoute l’omniprésence dans le débat de termes techniques (eurobonds, CDS …) qui viennent encore obscurcir un peu plus le panorama. Deuxième opacité : les mécanismes institutionnels et politiques actuellement en œuvre. Qui commande réellement en Europe, pourquoi n’entend-on parler presque que de Merkel et Sarkozy, quelles marges d’action pour les pays pris un à un, face aux conditions globales posées par la Chine, par exemple ? En quoi est-ce la que la consultation d’un peuple par voie référendaire est scandaleuse ? Troisième opacité : le caractère inédit des événements présents. Nous vivons une phase radicalement nouvelle de l’histoire de l’Union européenne, donc sans références ou exemples passés pour savoir comment elle peut concrètement se terminer. La mondialisation, jadis cantonnée à des symptômes locaux et bien identifiés (usine qui ferme) donne l’impression de désormais présider au destin de la France tout entière.

 

Ces opacités et ces complexités se combinent pour créer le sentiment d’un ensemble sur lequel ni le citoyen, ni même ses représentants n’ont réellement prise, ne serait-ce que parce qu’on ne comprend même pas très bien le détail de ce qui est en train de se passer. Alors même que, pour couronner le tout, les messages et avertissements catastrophistes (« l’Europe est morte sauf si … » « l’Europe est condamnée … ») se multiplient en parallèle. Tension éprouvante entre une menace extérieure omniprésente et son caractère indéfini.

 

Face à la complexité, la tentation est grande de tomber dans les simplifications faciles, les mots magiques, les boucs émissaires, les grossières analogies. Elles fleurissent à gauche comme à droite : aux comparaisons moralistes entre les Européens « inconscients », qui auraient vécu au-dessus de leurs moyens, et un ménage surendetté, répondent les imprécations contre les eurocrates et politiques nationaux scélérats qui trahissent « le peuple », lui forcément blanc comme neige. La nouvelle percée électorale de Marine Le Pen, toujours très en pointe sur la dénonciation brutale de l’Europe et de l’euro, est sans doute une preuve au moins partielle du dangereux pouvoir d’attraction de la démagogie tribunitienne et caricaturale dans un monde devenu incompréhensible, et insensé, un monde où l’on renfloue plus facilement les banques que les États.

 

Ce constat donne quelques pistes, me semble-t-il, sur le profil de candidature à construire pour 2012. L’incompréhension sape la foi dans le changement et même dans le possibilité du changement. Il faut donc commencer par remettre de l’ordre, et du sens, dans le chaos généralisé qui se déroule sous nos yeux. Proposer à la fois une grille de lecture des événements, et un but aux réformes programmées et promises. Rompre avec la dépréciation subie depuis dix ans par la parole politique en rendant à celle-ci sa vertu pédagogique. Ce n’est probablement pas un hasard si la candidature de François Hollande s’est imposée dans les primaires socialistes, en tenant un discours prudent et sensible aux contraintes extérieures. La reconnaissance du réel est le premier pas vers la compréhension.

 

Romain Pigenel

Mahomet superstar

AVERTISSEMENT. Le texte qui va suivre est purement fictionnel. Toute ressemblance avec une situation actuellement vécue, et impliquant une œuvre théâtrale attaquée par des intégristes chrétiens, serait purement fortuite et involontaire de la part de Variae. D’ailleurs, si jamais une telle ressemblance était avérée au départ, les suites des événements, dans le monde réel d’une part et dans ce texte d’autre part, divergent tant qu’elles lèveraient tout soupçon.

 

Mercredi 2 novembre, dans la journée

Une nouvelle pièce très controversée, intitulée « Mahomet superstar », fait sa première ce soir au Théâtre de la Ville à Paris. Œuvre d’un metteur en scène à succès tunisien, et se revendiquant de confession musulmane, elle met en scène le dialogue entre Allah et Mahomet, relooké en jeune de banlieue parlant avec l’accent des cités. A peine annoncée, la pièce a déclenché une profonde émotion dans les milieux conservateurs et intégristes musulmans en France. Plusieurs associations confessionnelles ont tenté, sans succès, de faire interdire le spectacle par voie de justice avant sa première représentation.

 

Mercredi 2 novembre, soir

L’heure de la première arrive. Sur la place du Châtelet se massent progressivement des manifestants, hommes barbus, femmes en burqa, qui scandent des slogans hostiles au spectacle. Les spectateurs qui commencent à arriver se font agonir d’insultes et sont bombardés de projectiles en tous genres et d’œufs pourris. Quand les portes du théâtre se ferment, des jeunes manifestants accourent et tentent de les forcer. Pendant ce temps, à l’intérieur de la salle, des spectateurs se lèvent de leur siège et investissent la scène en un mouvement coordonné, criant « Allah Akbar » et déployant des banderoles au nom du « Renouveau Islamique » et de « L’Institut de la Charia », deux organisations fondamentalistes. Puis ils se mettent à genoux pour prier. Une intervention musclée de CRS est nécessaire, sous les applaudissements du public, pour libérer la scène et les abords du théâtre.

 

Jeudi 3 novembre, matin

La nouvelle fait la une de tous les journaux et de tous les sites d’information. Libération s’indigne : « Ras-la-barbe des barbus ! ». Laurent Joffrin, dans le NouvelObs, signe un éditorial rageur où il appelle solennellement « tous les démocrates et les défenseurs de la liberté » à manifester leur solidarité à la pièce en achetant une place. L’Express achète un stock de places et les met en jeu parmi ses abonnés via un tirage au sort. François Bayrou et Marine Le Pen, à peu près en même temps, organisent des conférences de presse depuis le siège de leurs partis respectifs pour lancer « un appel à la défense de la laïcité ». Jean-Luc Mélenchon y consacre un long papier sur son blog.

 

Jeudi 4 novembre, soir

Deuxième représentation de Mahomet superstar. L’agitation continue avec un appel à une prière de rue sauvage place du Châtelet. Dans la réacosphère circule un appel pour prendre les armes et « bouter les barbus hors du Châtelet », appel relayé par Fdesouche. Dans un communiqué, Riposte Laïque recommande d’organiser des apéros saucisson-pinard devant toutes les mosquées et les Quick halal de France. Sur le site de l’Institut de la Charia est annoncée une grande manifestation le samedi suivant, de République à Nation, avec comme slogan « Islamophobie ça suffit ». En marge d’une importante réunion sur la crise européenne, Nicolas Sarkozy déclare à des journalistes : « Je veux qu’en France les créateurs et les spectateurs jouissent de la plus totale liberté. ».

 

Vendredi 4 novembre, matin

Le Figaro fait sa une sur la photo en gros plan d’un manifestant de la veille, yeux exorbités et injectés de sang, bouche grand ouverte sur un cri haineux. Titre : « SOS Fous de Dieu ». A l’intérieur du journal, un long dossier est consacré au sujet, avec une interview de Claude Guéant. Il annonce, en concertation avec Frédéric Mitterrand, le dépôt d’un projet de loi « sur la liberté des spectateurs et des créateurs », pour mettre un terme aux agissements « des intégristes et des obscurantistes ». Elle prévoit notamment d’interdire le port de la barbe pour les hommes, et du voile pour les femmes, dans un périmètre de 1km autour des salles de spectacle. La droite populaire applaudit.

 

Vendredi 4 novembre, midi

Charlie Hebdo annonce sur son site le lancement d’un grand concours d’écriture de pièces de théâtre, et de scénarios de film, sur Mahomet. Le gagnant se verra proposer une aide financière pour monter concrètement son projet. 20 Minutes organise un chat internet avec une spectatrice agressée lors de la première de Mahomet superstar. Le titre : « Plus jamais ça ».

 

Vendredi 4 novembre, fin d’après-midi et soir

Pas une station de radio, pas une chaîne de télé sans son talk show, ou émission avec participation des auditeurs, sur « la menace islamiste ». Des experts sont convoqués, les mêmes mots reviennent : radicalisation des musulmans français, bien au-delà des franges islamistes de cette population, rupture du pacte républicain, communautarisme, danger d’une dérive politique d’ici à mai 2012. Marine Le Pen explique en boucle sur les plateaux de  télévision comment elle est littéralement submergée de témoignages d’enseignants devant renoncer à l’étude de certains textes dans leur classe, de peur de représailles physiques par des « grands frères ». Laurent Gerra diffuse un sketch réalisé pour l’occasion, où il imite Franck Ribéry, converti à l’Islam, en train de critiquer la pièce sans parvenir à prononcer correctement son nom.

 

Samedi 5 novembre

Le Monde du week-end publie une longue interview d’Alain Finkielkraut, mettent en garde contre « les nouveaux barbares qui vomissent le beau mot de laïcité ». Selon lui, « ce débat devra être au cœur de la prochaine présidentielle ». Eric Zemmour et Max Gallo annoncent qu’ils vont, « avec d’autres personnalités », organiser une « veille républicaine » chaque soir devant le Théâtre de la Ville pour « faire rempart de leur corps » aux « barbares barbus ». Leur mot d’ordre : « Laïcité, laïcité chérie ».

(…)

Mercredi 2 novembre, retour au monde réel

Les attaques et menaces répétées d’intégristes catholiques contre une pièce de théâtre actuellement jouée, et contre une autre qui arrive, nourrissent un petit filet d’articles dans les pages spécialisées des journaux. Claude Guéant, de son côté, appelle les Français à être « solidaires » de Charlie Hebdo, victime d’un attentat qui pourrait être l’œuvre d’islamistes. Les indignations de personnalités politiques se multiplient.

 

Deux intégrismes, deux mesures ?

 

Romain Pigenel

Internet s’est arrêté.

Et si Internet s’arrêtait demain ? C’est la question posée par Laurent du blog Lolobobo à YannNicolasEl caminoDadaPrincesse 101MarieRomainRomainregarderlecielDavidRachelShayaChouyo,ManuWalterEmmanuellegael, Mehdi et Bembelly. Ma réponse sous force de récit des événements.

7H30. Le réveil de mon portable sonne. Je tends la main vers ma tablette tactile pour consulter les journaux en ligne, pour réaliser que cela ne va pas servir à grand chose. Un pied puis deux en dehors du lit, le temps d’enfiler un jeans et un t-shirt pour descendre chercher la presse au tabac voisin. Ma monnaie y passe.

 

9H00. Arrivée au bureau. Les locaux ont l’air étrangement calmes et vides ; seul le gardien est à l’entrée, me regardant avec un air étonné. Je jette un coup d’œil à son horloge : 8H. Mon téléphone, faute d’accès web, ne s’est pas mis à l’heure d’hiver.

 

10H30 (9H30 heure d’hiver). Un collègue d’un autre service, avec qui je n’ai d’habitude que des échanges épistolaires par mail, vient me voir pour un dossier à régler. C’est à peu près la première fois que je le vois aussi longtemps en chair et en os, une gêne bizarre s’installe (il a donc cette voix ?). Du coup le café que je lui préparais m’échappe des mains et finit sur mon jeans.

 

10H00 (heure d’hiver). Trouver un pressing à proximité pour s’occuper du jeans repeint au café noir : simple comme un coup de Google. Eh bien non, justement. Au bout de trente minutes à tenter de joindre un des service Pages Jaunes-like par téléphone, tous complètement saturés d’appels, j’abandonne, observant du coin de l’œil un collègue, dans le bureau d’en face, tenter de rebrancher un vieux Minitel.

 

11H15. Après quinze minutes à tergiverser, nous décidons, avec les autres participants d’une réunion de travail prévue à 11H, de l’annuler, celui d’entre nous chargé de faire une présentation ayant avoué, penaud, qu’il l’avait envoyée à tout le monde par mail la veille. Les tentatives d’impression du dossier – sur clé USB – échouent, une importante mise à jour du driver de l’imprimante n’ayant pu se faire, faute de connexion web.

 

12H00. Cela fait désormais très précisément une heure trente que la messagerie de mon portable est paralysée, remplie de messages divers et variés – ceux qui faisaient il y a 24H encore l’objet d’un simple mail. Je réalise parallèlement que la réunion prévue l’après-midi va devoir être annulée, les documents nécessaires étant perdus dans les méandres du cybermonde décédé – et plus prosaïquement sur Google Documents, où ils étaient élaborés collectivement.

 

13H00. Une expédition à la boulangerie pour trouver un sandwich tourne au fiasco, mes dernières pièces ayant été requises par la presse du matin, et les distributeurs de billets semblant eux aussi atteints par le crash télématique. Du coup, désœuvré et le ventre vide, je commence à rédiger une oraison funèbre en l’honneur de mes blogs et de @romain_pigenel, avant d’abandonner, réalisant que je n’aurai nulle part où les mettre en ligne, pardon, les publier.

 

14H00. Alors que je tente de me rentrer dans le crâne qu’il n’est pas possible de retweeter la phrase amusante d’une collègue, celle-ci me tapote l’épaule, me disant, confuse, ben quoi, je te poke ! Je lui lève le pouce en guise d’approbation.

 

16H00. Laissant ma voisine, manuel à la main, essayer de comprendre comment faire fonctionner le fax, je quitte le bureau pour me rendre à un rendez-vous extérieur. C’est en sortant du métro que je comprends qu’il va être difficile de trouver l’adresse, sans plan du quartier affichable sur mon téléphone, ni GPS.

 

16H30. Au bout d’une demi heure à tourner dans le quartier, renvoyé d’une rue à l’autre par les avis contradictoires des passants sur la localisation exacte du 4, impasse Machin, je finis par arriver devant une porte à digicode – dont le code est précieusement conservé dans un message privé Twitter. Sans numéro de téléphone à appeler, et après avoir renoncer au projet de lancer des pavés sur les triple-vitrages des fenêtres pour attirer l’attention des occupants, je finis par revenir sur mes pas jusqu’à la bouche de métro.

 

18H30. Au bord de l’inanition, je parviens à convaincre mon boulanger, qui lorgne sur les tâches brunâtres qui maculent mon jeans, de me céder un panini contre un chèque, au prix d’une longue explication sur le crash Internet en cours. Il me regarde, avec un air réconfortant : « oh, ça pourrait être pire, vous pourriez plus n’avoir Google ! ».

 

Romain Pigenel

 

Je passe le relais à Nico93, Emmanuel Borde, Cyril M, Djoulf, Coralie Delaume et La Bienveillante.

Agence d’idées (4) : des courants de pensée pour l’UMP

Cet automne, c’est le printemps de la démocratie à l’UMP : des clubs de pensée fleurissent en tous sens, signe infaillible de la vivacité du débat républicain dans la majorité présidentielle. Droite populaire, droite sociale, droite humaniste, droite rurale … Si le but premier de ces think tanks est bien la réflexion et pas du tout le rabattage d’électeurs perdus par le parti au pouvoir, force est de constater qu’ils peuvent aussi, incidemment, permettre de récupérer quelques brebis égarées sur des votes marginaux et contestataires. Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

 

L’agence d’idées Variae a réuni son groupe de travail « SOS Elysée 2012 » qui a produit, après de nombreuses auditions et voyages d’études, un Livre blanc sur la rénovation de l’UMP. Il propose la création de 5 nouveaux courants clés-en-mains au sein du parti majoritaire, pour mieux préparer 2012. En voici le relevé de propositions.

 

La droite centrale : le RouTeur (Rassemblement Organisé et Universel des Travailleurs de l’Entreprise et de l’Université dans les Régions)

La menace Bayrou-MoDem n’est pas disparue, inutile de le nier. Il faut donc lui préparer une réponse politique, afin de capter les votes des Français qui croient que « gauche et droite peuvent travailler ensemble, elles y seront forcées par la crise, et il faudra bien quelqu’un pour les organiser ». Ainsi que de ceux qui persistent à trouver que l’orange est un couleur élégante pour un mouvement politique.

Cible électorale : les anciens bègues, les nostalgiques de 2007, les gens qui ne savent pas choisir, les enseignants réac’

Slogan : « Tous ensemble autour de moi »

Leader pressenti : Hervé Morin (une fois trouvé un dossier sur lui), avec Rama Yade comme chargée des liaisons avec l’Elysée

 

La droite auvergnate

L’UMP accuse un fort déficit de sympathie dans les quartiers et chez les Français de demi-souche (ou pire encore). C’est une injustice : ils ont oublié la courageuse affirmative action de notre président (qui a permis de faire éclore des personnalités aussi importantes que Rachida Dati), ainsi que son combat contre les polygames qui abusent des femmes auvergnates. La « droite auvergnate » aura pour mission de recréer du lien entre ces populations et l’UMP en organisant des apéros kebab-thé à la menthe, et des prières de rue devant les manifestations artistiques manquant de respect envers l’Islam, première religion chez les auvergnats.

Cible : les Auvergnats, la diversité, les fans de Fadela Amara.

Slogan : « Le mouton et la baignoire »

Leader pressenti : Brice Hortefeux, what else ?

 

Le Front de Droite

L’OPA réussie de Jean-Luc Mélenchon sur le parti communiste a prouvé qu’il y a, en France, un électorat pour des candidats gueulards, populo, qui traitent les journalistes de « petite cervelle » et aboient sur Arlette Chabot. Il faut donc une réplique au Front de Gauche : le Front de Droite. En tant que Front, il permettra, en outre, d’abriter des sous-courants (la Droite Unitaire, le Parti de Droite, le Parti Libéral Français) et de créer autant de postes de chefs pour recaser des élus se sentant un peu à l’écart. Il aura à organiser une réponse à la Fête de l’Huma : la Fête des Patrons.

Cible : les chauffeurs de taxi, les auditeurs de Jean-Jacques Bourdin, votre beau-frère

Slogan : « Donnez une bonne droite à la gauche »

Leader pressenti : Nadine Morano, assistée d’Eric Raoult et de Bruno Beschizza

 

La droite démondialisatrice

Les 17% d’Arnaud Montebourg font envie : pourquoi ne pas reprendre ses recettes ? A bien y réfléchir, la démondialisation et le protectionnisme européen sont absolument solubles dans la droite. La droite démondialisatrice appliquera le bilan carbone aux individus : pourquoi ne pas préférer, dans le métro, un chanteur français à un accordéoniste roumain qui a gaspillé je ne sais combien d’énergie fossile pour arriver jusque là ? Et pourquoi donner le droit de vote aux étrangers qui prennent l’avion pour arriver jusqu’ici, quand un électeur français n’use que ses semelles pour atteindre l’urne ? Première revendication : la corrélation des droits civiques à l’empreinte écologique des individus, et la démondialisation des immigrés installés en France.

Cible : les douaniers, la police des frontières, les employés de compagnies aériennes low cost spécialisées dans le charter, les pickpockets français souffrant de la concurrence roumaine

Slogan : « Un autre monde est possible (sans eux) »

Leader : Claude Guéant, avec Chantal Brunel comme secrétaire nationale à la navigation maritime

 

 

La nouvelle droite anticapitaliste

Indignez-vous ! Ce cri, sortant de 100 000 poitrines à travers le monde, de Rabat à Roubaix, est l’expression de la désapprobation générale envers la mondialisation financiarisée. Or il se trouve que notre président a été un des premiers à la dénoncer, lors de discours aussi fondateurs que suivis d’effets. La retraite précoce d’Olivier Besancenot ouvre donc un boulevard aux sarkozystes, qui doivent très vite occuper ce créneau porteur.

Cible : les indignés, les adolescents porteurs de keffieh, les gens qui pensent qu’Edgar Morin est un philosophe important

Slogan : « Nos votes valent plus que leurs profits »

Leader : Christine Lagarde, avec Michèle Alliot-Marie comme conseillère spéciale pour l’assistance sécuritaire aux nouvelles démocraties du Maghreb.

Romain Pigenel, secrétaire du groupe « SOS Elysée 2012 » chez Variae

 

Retrouvez les autres recommandations de l’agence d’idées Variae ici.

Message (musical) de service

Une fois n’est pas coutume, un billet très court pour signaler aux lecteurs de Variae la naissance de son petit frère, “Toute La Musique Que J’Aime”, blog exclusivement musical.

Je dis quelques mots sur sa genèse ici et j’entre in medias res , avec une première revue d’actualité musicale.

 

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Bonne lecture et bonne écoute !

 

Romain Pigenel

Les mots de la politique (17) : l’UMP contre « le candidat du système »

En deux jours, et sans que cela suscite finalement beaucoup d’émoi (preuve s’il en fallait de l’apathie et de la dépolitisation contemporaines), Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux ont brisé la loi du silence pour nous faire – au péril de leur réélection si ce n’est de leur vie – une très grave révélation.

L’aimable François Hollande, le sympathique Monsieur Normal, ce Mister Niceguy que certains de ses amis avaient même fustigé de gauche molle, cache bien son jeu. Il est le « candidat du système ». Mais lequel ? Le plus grand courage ayant ses limites, ni le Président de la République, lors de son allocution télévisée, ni son aide de camp dans son interview au Figaro ne sont allés au bout de leur pensée. A nous, citoyens, de faire le bout du chemin restant pour comprendre la menace qui pèse sur nos têtes. Plusieurs hypothèses :

 

Le candidat du système … médiatique ?

Après l’avoir laissé un temps mijoter à 3% dans les sondages, les éditocrates et les marchands de canons ou de béton qui les financent ont décidé que finalement, ce François Hollande était un bon gars. Ils ont passé un coup de téléphone à leurs copains les sondeurs et ont décidé de le faire élire. Leur suivi de l’affaire est sérieux : toutes les semaines, ils se réunissent au Fouquet’s pour faire le point sur l’avancée de leur plan. Edwy Plenel, Eric Zemmour, Nicolas Demorand, Patrick Le Hyaric, Nonce Paolini, Christophe Barbier … ils trinquent joyeusement autour de quelques magnums de champagne, heureux du bon tour qu’ils jouent à Nicolas Sarkozy, ou « le rebelle », comme ils l’appellent. Cela dit – c’est rassurant – ils ne sont pas parvenus à entrainer toutes leurs troupes dans ce plan machiavélique : Jean-Pierre Pernaut, Yves Thréard ou Yvan Rioufol, pour ne citer qu’eux, mènent au péril de leur poste une résistance acharnée contre la pensée unique hollandaise.

 

Le candidat du Système … U ?

Innocent consommateur, vous ignorez, quand vous faites vos courses dans un Hyper U ou Super U, que vous participez au financement de campagne de François Hollande. Par quel biais ? Un récent fait-divers donne une piste : il semblerait que les militants socialistes aient infiltré les rangs des caissiers des supermarchés, et récupèrent discrètement les bons de réduction sur les tickets de caisse des clients pour alimenter une caisse noire de campagne à coups de boîtes de sardines et de couches pour enfant. Un Cora avait été attaqué de la même manière, mais la direction a repéré la manœuvre et a justement mis fin aux exactions de la fraudeuse. Mais pour une canaille attrapée, combien qui sévissent encore ?

 

Le candidat du Magic … System ?

François Hollande nourrit une passion secrète pour le n’dombolo, le zoblazo, le mbalax, le zouglou et la dance à sonorités africaines (on le dit même redoutable danseur de coupé décalé). En cas d’élection, il imposerait des quotas de ces musiques sur les ondes, et pourrait même faire remplacer La Marseillaise par un morceau de Magic System du meilleur goût. La Droite Populaire se prépare déjà à prendre le maquis. Et les armes.

 

Le candidat du système … d’exploitation ?

La France hollandiste, sous la coupe d’un Etat fonctionnarial et dirigiste, se verra imposer un unique système d’exploitation sur ses ordinateurs. Lequel ? Probablement Linux, pour aller avec les chimères socialistes de gratuité et de lutte contre le tout-marché. Il sera désormais interdit aux Français d’aller dépenser leur salaire mensuel dans les Apple Stores, ce qui privera en conséquence des milliers d’enfants chinois de leur travail. Et si les enfants chinois sont au chômage technique, comment fera Hu Jintao pour racheter notre dette hein, je vous le demande ?

 

Et vous, chères lectrices, chers lecteurs, qu’en pensez-vous ? Candidat du système de santé, du système métrique, d’autre chose encore ? Le mystère s’épaissit.

 

Romain Pigenel

 

Les autres mots du système politique sont ici.

Les interviews de Variae (1) : Monsieur X, conseiller à l’Elysée pour le #Sarkoshow

Variae, toujours à l’avant-garde et à la recherche de nouveaux horizons pour le bloguage, lance aujourd’hui une nouvelle série de billets : des interviews de ceux qui comptent, qui pèsent, qui font l’actualité, dans l’ombre ou à la lumière. Pour cette première édition, nous avons décroché un entretien exclusif avec un des piliers de la garde rapprochée de notre président, qui tient à garder l’anonymat pour protéger sa famille et ses proches.


Bonjour Monsieur X, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Variae ?

Très simplement, je suis conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Je l’aide à éclairer le chemin™ pour nos compatriotes. Et en particulier j’ai préparé avec lui la très belle émission de débat contradictoire et démocratique de ce soir, qui lui donnera l’occasion de démontrer combien il vient de sauver l’Europe, à travers elle la France, et donc le destin de vos enfants.

 

Comment avez-vous conçu cette émission justement ?

Comme un moment de retour à la vérité et à la sincérité après la longue séquence de propagande mensongère, avec la complicité des médias aux ordres (de la gauche), que furent les primaires citoyennes. Leur forte audience prouve combien elles ont ratissé large, preuve s’il en fallait de leur vulgarité. Nous espérons un Audimat plus faible ce soir : nous préférons la qualité à la quantité. Le nouveau Sarkozy est rare, précieux, confidentiel. Comme ses sondages.

 

Le choix de Jean-Pierre Pernaut fait beaucoup parler chez les internautes …

Nous avons voulu nous présenter sans fard devant les Français. Il était donc normal de faire appel à un journaliste d’investigation connu pour son engagement politique fort et ses convictions à contre-courant de la pensée unique.

 

C’est-à-dire ?

Peu de gens le savent, mais Jean-Pierre Pernaut, comme beaucoup de journalistes et de soixante-huitards dans ce pays, a fait partie dans sa jeunesse de groupuscules radicaux, comme le FAFS (Front d’Action des Fabricants de Santons, NDLR) ou la SAS (Société des Authentiques Sabotiers, NDLR). Il en a gardé un surnom explicite dans la profession, « Jean-Pierre le rouge ». Et regardez son magazine d’investigation, le « JT de 13H » : c’est probablement un des derniers refuges médiatiques pour l’expression des cultures alternatives, marginales, de la diversité, l’expression de la – osons le mot – résistance, avec Là-bas si j’y suis, de Daniel Mermet. En moins commercial.

 

Le Président se met donc réellement en danger ce soir …

Oui. Nous connaissons l’insolence et l’audace de Jean-Pierre Pernaut. « L’incorruptible », « le garde rouge » (ses autres surnoms dans la profession). Mais le Président n’est jamais aussi bon que quand il est acculé et contraint à se surpasser.

 

Comment prépare-t-on une épreuve de ce genre ?

On essaie de se mettre dans la peau des intervieweurs, dans leur esprit. Que peuvent-ils poser comme questions ? Avec de tels professionnels, inutile d’essayer de cadrer l’interview, de répondre à côté de la plaque ou d’esquiver les sujet gênants : ils ont l’art de mettre le doigt là où ça fait mal. Si par exemple Jean-Pierre Pernaut interroge le président sur les affaires de fadettes et s’il ne répond pas vraiment, on sait bien que « Jean-Pierre le rouge » se fendra le lendemain d’un éditorial rageur dans Libération, et qu’il consacrera tout son « JT de 13H » du jour à cette affaire.

 

Alors j’imagine que vous lui préparez des notes, des fiches, sur tous les sujets brûlants …

Absolument : sur ses promesses non tenues sur le pouvoir d’achat ou la République irréprochable, sur l’augmentation des impôts et prélèvements sauf sur les secteurs protégés par des lobbys, sur les relations entretenues avec des dictateurs dont nous applaudissons aujourd’hui la chute, sur le chômage qui explose, sur la dette, les profits boursiers, sur la désindustrialisation qui s’accélère, sur les affaires concernant ses proches … sans oublier l’Europe qui vient de se mettre à la merci de la Chine. On lui en a rempli deux grosses chemises cartonnées !

 

N’essayez-vous jamais de contacter auparavant les journalistes, malgré tout, ne serait-ce que pour “prendre la température” ?

Non seulement notre éthique nous interdit de telles pratiques, mais jamais TF1 (puisque nous parlons de Jean-Pierre Pernaut) n’accepterait ce genre de méthode. Nonce Paolini – ou « Pao », comme le surnomment affectueusement ses employés en référence à Mao – est un fervent défenseur et théoricien du contre-pouvoir médiatique (je vous conseille d’ailleurs le très bal ouvrage qu’il a consacré à cette question chez Agone, avec préface par Serge Halimi), et il a tout le soutien de ses actionnaires là-dessus. Quant à Jean-Pierre le rouge, il a une méthode immuable pour préparer ces émissions : il s’isole pendant 72H, ne consultant que l’Humanité, Politis, Arrêt sur Images et des blogs comme Slovar ou Sarkofrance pour se mettre en condition.

 

Merci de nous avoir accordé cet entretien. Que peut-on vous souhaiter ?

Un peu d’humanité et de bienveillance de la part des journalistes ce soir ! Je sais que nous pourrons en revanche compter sur la sympathie et le soutien des blogueurs et des twittos.

 

Propos recueillis par Romain Pigenel