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Leave Jack Lang alone !

Tête de Turc. Jack Lang est une tête de Turc – et je ne dis pas cela à cause de sa prise de position sur le génocide arménien. Depuis quelques temps, Jack Lang est devenu un sujet de plaisanterie récurrent. On raille son errance en quête d’une circonscription pour les législatives, on raille, plus largement, le personnage, ce qu’il est, et ce qu’il représente. J’y ai même sans doute contribué, au début. Jusqu’à ce que la dimension répétitive, systématique – trop automatique pour être sympathique – du procédé me fatigue, puis me dérange, et enfin me mette un peu mal à l’aise.

 

C’est une mécanique que j’ai fréquemment observée avec des personnalités médiatiques se retrouvant, à un moment ou à un autre, en situation de faiblesse. Une sorte de lynchage soft, la blague au bord des lèvres. Eh quoi on s’amuse, on rigole, il est tellement ridicule qu’on aurait tort de s’en priver ! L’effet de masse aidant, chacun se désinhibe, s’enhardit, et y va de son petit mot spirituel. Docteurs ès traits d’esprit et blagueurs patauds communient dans un même carnaval du LOL, chacun devenant tout d’un coup follement drôle quand il apporte son clin d’œil à la curée consensuelle. Au bout d’un moment, même la presse s’en mêle, relatant, narquoise, le feuilleton des mésaventures de la cible collective. Tout cela fonctionnant d’autant mieux que cette dernière est une tête à claques que plus grand monde n’a envie de défendre.

 

J’ai un léger avantage : une ville natale en commun avec Lang. J’ai donc déjà tout entendu, et pire encore, sur le personnage. Je n’ai pas d’autre lien avec lui, et donc pas de raison particulière de prendre sa défense. Mais, allez savoir pourquoi, j’ai dans ma tête une petite voix qui m’incite à m’intéresser à ceux qu’il est de bon ton d’accabler, sans que leur cas ne paraisse pourtant totalement révoltant et scandaleux.

 

Jack Lang est superficiel, narcissique et égocentrique. Il est vrai qu’il est absolument le seul à répondre à cette description dans le monde politique.

 

Jack Lang est un horrible éléphant déjà ministre dans les années 80. Ni plus ni moins que Laurent Fabius.

 

Jack Lang est un parachuté honni, que l’on ridiculise par des fausses annonces dans Libé. L’auteur de l’annonce en question est un élu d’un parti dont la dirigeante, Cécile Duflot, est catapultée du Val de Marne au cœur de Paris pour les prochaines législatives. On lui souhaite d’ailleurs bien du courage pour réussir aussi bien son atterrissage que Lang, naguère, dans le Nord.

 

Jack Lang a fricoté avec Nicolas Sarkozy, a participé à une de ses commissions de réflexion. La co-présidence avec Alain Juppé d’une autre commission de ce type par Michel Rocard n’empêche pas ses thuriféraires de continuer à louer l’ex-premier ministre. Et personne ne se formalise de la fuite à l’anglaise de Martin Hirsch, mini-ministre de François Fillon aujourd’hui reconverti dans le sarkobashing au sein d’un think tank de gauche.

 

Jack Lang est vieux. Pas plus que d’autres, et sans doute même un peu moins dans sa tête.

 

Oui mais : Jack Lang cumule tout ça, et ça commence à faire beaucoup pour un seul homme. D’accord.

 

C’est alors que ma petite voix me reparle. Elle me dit : il y a plus que la somme de ces griefs dans la joie féroce à étriller Lang. Il y a le règlement de comptes avec l’éternel Ministre de la Culture dont on voudrait bien s’émanciper. Il y a le plaisir de tacler cette gauche mitterrandienne dont on ne cesse de faire l’inventaire, quand elle a gagné deux fois l’Élysée. Il y a la hargne contre la gauche festive et cultureuse, soixante-huitarde, horriblement pré-bobo, qu’il s’agirait d’enterrer pour retrouver le vote populaire. Il y a le mépris pour ces cultures « populaires », justement, pour ces musiques de jeunes, hip hop, électronique, dont il eut le premier le flair de se rapprocher. Il y a, plus sourdement encore, la jalousie incrédule et consternée devant un personnage dont on pense tant de mal, et qui est sans doute pourtant un des seuls responsables politiques dont tout le monde connaisse le nom – et quelques réalisations, 21 juin en tête – dans l’Hexagone, et même un peu à l’étranger. Ministre de l’Éducation préféré des Français, vient-on même d’apprendre. C’est sûr, ça fait encore beaucoup pour un seul homme.

 

Ma petite voix m’agace : elle me pousse à prendre la défense de gens qui n’en ont sans doute pas besoin, et dont je me passerais bien. Mais que voulez-vous : c’est ma petite voix. Et elle continue, la garce ! « Si vous en avez tellement assez d’entendre parler de Lang, commencez par cesser de parler de lui. Passez à autre chose, soyez cohérents avec votre mépris. LEAVE JACK LANG ALONE ! ».

 

Romain Pigenel

Moutons de droite, citoyens de gauche ?

La polémique sur le faible engagement de l’État pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales n’en finit plus de rebondir, malgré les dénégations et les tentatives d’explication du Ministère de l’Intérieur. Les faits sont têtus : la simple comparaison entre le budget de la propagande gouvernementale sur la réforme des retraites – on parle de 7 millions – et celui de la campagne d’inscription sur les listes électorales – 180 000 euros, soit trente-neuf fois moins – montre assez bien où la droite au pouvoir place le curseur, entre ses intérêts propres et l’intérêt général. Si on ajoute à cela le soin mis à communiquer sur ces mêmes inscriptions, en revanche, auprès des Français de l’étranger – supposés plus acquis à la droite que les jeunes – on obtient un tableau assez édifiant du sens civique de l’UMP. Parti il est vrai très hermétique, jusqu’en son sein, à la pratique démocratique – ce n’est pas moi qui le dis, mais Arnaud Dassier lui-même, ancien grand manitou web de Nicolas Sarkozy.

Il serait pour autant injuste de dénier tout souci civique à la majorité en place. Il suffit de remonter quelques semaines en arrière pour trouver une droite extrêmement préoccupée, au contraire, par l’éducation civique des citoyens en devenir. Souvenez-vous : fin août, nous apprenions dans une interview du Parisien que Luc Châtel entendait remettre « la morale » à l’honneur à l’école. « Oui, je fais revenir la morale à l’école. La circulaire qui paraît ce jeudi est destinée à toutes les classes du primaire. Pas forcément tous les matins, mais le plus régulièrement possible, le maître va maintenant consacrer quelques minutes à un petit débat philosophique, à un échange sur la morale. Le vrai/le faux, le respect des règles, le courage, la franchise, le droit à l’intimité… Ne fixons pas de carcans. Peu importe la méthode pourvu que le professeur transmette un certain nombre de valeurs. ». Ah, le bon vieux temps du maître en blouse grise dont la règle en fer venait rappeler aux doigts des récalcitrants le VRAI et le FAUX (et surtout le FAUT) en matière de comportement !

 

La rapide description que faisait Châtel de l’esprit de sa circulaire avait le mérite de la franchise. La circulaire elle-même n’hésitait pas à mettre les pieds encore plus lourdement dans le plat, faisant de la « politesse », de la « coopération » et du « respect » les fondations de l’édification morale des bambins. Si ces valeurs ne sont bien entendu pas condamnables en soi, la limitation de l’éducation comportementale à ce triptyque laisse songeur. Le terme d’éducation étant d’ailleurs moins approprié que celui de dressage on comprend rapidement que la morale que l’on nous vante ne vise pas à produire des futurs citoyens engagés et épanouis, mais à affronter symboliquement cette figure centrale du sarkozysme qu’est la racaille, impolie et irrespectueuse, qui ne coopère pas assez à sa propre jugulation. En somme, la morale à l’école comme préalable, ou substitut, au coup de Kärcher. Une morale pensée à la fois pour flatter la nostalgie fantasmée des hussards noirs de la République, et répondre à la grande peur des classes dangereuses.

 

Cette obsession du cours de morale à l’ancienne et de l’inculcation scolaire de la discipline, jointe à la discrétion sur l’inscription sur les listes électorales, dessine un clivage net entre UMP et gauche. La gauche veut des citoyens. La droite sarkozyste veut des individus coulés dans le moule. Autant elle est soucieuse de la liberté de l’individu en matière économique et sociale, autant elle se méfie des manifestations incontrôlées d’une énergie citoyenne qui, des manifestations de lycéens à celles contre la réforme des retraites, menace l’ordre résigné construit depuis 2007. Sans parler de l’éventualité d’un puissant vote de rejet en avril et mai prochain.

 

C’est finalement une répartition des rôles très claire que propose l’UMP : à l’élite informée et socialement intégrée le choix, à la masse – notamment celle, abstentionniste, des quartiers populaires – l’obéissance et l’apprentissage du savoir-vivre. Après tout, Claude Guéant ne réclame-t-il pas des immigrés « polis » ? Ce cynisme n’appelle qu’une réponse : l’obtention et l’utilisation d’une carte de vote qui, c’est bien connu, ne s’use que quand on ne s’en sert pas.

 

Romain Pigenel

Les interviews de Variae (4) – Le Haut Commissaire à l’inscription sur les listes électorales

Alors que la fin de l’année approche à grands pas, une polémique se développe sur la mobilisation – jugée très faible par l’opposition – de l’Etat pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales. Nous avons pu obtenir en exclusivité une interview avec un proche collaborateur du Président de la République, le Haut Commissaire en charge de cette question, qui nous a reçus chaleureusement dans son bureau, en fin d’après-midi, en robe de chambre et bonnet de nuit.

 

Bonjour monsieur le Haut Commissaire, j’espère que je ne vous réveille pas …

Non, enfin si, mais ce n’est pas grave. Une étude récente du think tank Terra Negra a établi avec certitude que le pic de réceptivité des jeunes à l’inscription sur les listes électorales se situe entre 17H15 et 17H30, heure d’hiver. Nous concentrons donc toute notre activité à ce moment de la journée.


Très intéressant ! Alors donc il y a cette polémique qui se développe, sur le fait que l’Etat, le gouvernement, ne font pas assez pour l’inscription des jeunes, et en tout cas moins qu’en 2006

C’est toujours la même chose, il y a ceux qui critiquent, qui salissent, qui trainent dans la boue, et ceux qui travaillent, comme moi [il étouffe un bâillement]. Vous voyez devant vous un homme en colère, un homme mobilisé, un hooaaaaaawwwwwww … Excusez-moi, ce doit être un bâillement nerveux.


Impressionnant ! Mais cette mobilisation en baisse depuis 2006 ?

Je ne peux pas vous laisser dire cela. D’abord, le contexte a changé. La RGPP, l’augmentation du prix du pétrole, le réchauffement climatique, la modification de l’activité solaire, les aléas de la pluviométrie ont rendu chaque effort beaucoup plus coûteux. Lever un bras et prononcer un mot en 2012, c’est équivalent, en termes de bilan énergétique, à la création et à la multi-rediffusion d’une dizaine de spots télévisés en 2006 … Et puis il y a la crise. Les agences de notation l’ont montré de l’autre côté de la Méditerranée, elles dégradent systématiquement les pays connaissant une agitation démocratique. La préservation de notre AAA nécessite la plus grande discrétion pour notre campagne d’inscription sur les listes.


Et cette campagne, justement ?

Nous avons chaque jour une réunion de crise avec mon équipe. Bon, aujourd’hui on l’a annulée comme je vous reçois. Mais hier, par exemple, nous avons pris la décision de passer en « alerte rouge maximale », qui est la phase de mobilisation extrême de tous nos services. Concrètement, nous nous sommes engagés à parler chacun à un jeune de notre famille pour vérifier s’il savait que l’on a le droit de voter, en France. Le bouche-à-oreille est une méthode de communication fiable et à faible bilan carbone.


C’est vraiment remarquable. Mais n’est-ce pas, malgré tout, un peu tard ?

Est-ce notre faute si la fin de l’année tombe si tôt, cette année ?


Et vous avez prévu une opération de dernière minute pour les derniers jours avant la fin de l’année ?

Non. Des études très sérieuses ont établi que trop parler de l’inscription sur les listes, à quelques heures de la date limite, pouvait générer un stress traumatique chez les jeunes. La préservation de leur santé passe pour nous avant tout.


Ce sens de la responsabilité vous honore. Par ailleurs …

Ecoutez, ce n’est pas que je m’ennuie mais 17H30 approche et donc la fin de ma journée de travail. N’hésitez pas à repasser demain à la même heure si vous voulez prendre un verre. Et surtout faites passer le mot autour de vous : inscrivez-vous sur les listes électorales, les jeunes, hein !


Nous avons dû laisser le Haut Commissaire, qui a regagné son lit pour un repos bien mérité. C’est rassurés et confiants que nous avons quitté son bureau : le vote des jeunes est entre de bonnes mains !


Propos recueillis par Romain Pigenel


D’autres interviews tout aussi édifiantes par ici.

La France face au péril rose

C’est le Figaro qui brise le tabou qui hante secrètement nombre de Français. Le scénario de la France rose. Un scénario de crise, parmi d’autres : on avait bien déjà le scénario de la fin de l’euro, celui de la guerre Israël-Iran suivie de l’embrasement du Moyen-Orient, celui de la pandémie de grippe aviaire, celui de la chute d’une météorite qui dévierait la Terre de son orbite. Mais aucun, il faut bien le dire, ne génère les mêmes angoisses, ni le même sentiment d’impuissance, que celui de la France rose : une France entièrement aux mains des socialistes, depuis les conseils municipaux des hameaux jusqu’aux antichambres des ministères et de l’Elysée. Une terrible menace pour la démocratie.

 

Le bulletin d’information du groupe Dassault a convié les meilleurs spécialistes pour éclairer ses lecteurs sur les conséquences d’une soviétisation, pardon, d’une socialisation de la France. Signe de la gravité de la situation, le traître Bayrou lui-même est appelé au chevet de l’hexagone : « L’élection du candidat du PS signifierait la concentration entre les mêmes mains, pour la première fois dans l’histoire de la République, de tous les pouvoirs locaux et nationaux. ». Thierry Mariani tire la sonnette d’alarme : « Il faut mettre le doigt sur le fait que la gauche munie de tous les pouvoirs pourrait mettre la France K.-O. ». Alain Gest se lamente : « Je ne peux pas croire à une marée totalement rose, car cela voudrait dire que les Français n’ont pas compris l’engagement quotidien du chef de l’État pour les protéger de la crise ». Jacques Myard tente de se rassurer : « Si la gauche gagne tous les pouvoirs, elle aura le pays à dos six mois après ». Mais c’est Patrice Martin-Lalande qui trouve les mots les plus justes pour décrire sobrement le danger : « La France rose, ce serait un affaiblissement du pluralisme, et un danger pour l’équilibre de nos institutions ».

 

La situation est grave. Mais elle n’est pas désespérée. Des mesures fermes doivent être prises pour endiguer la peste rose. Eliminer le maximum de candidats à la présidentielle à droite, pour mettre en position de force le lider minimo Nicolas Sarkozy, dernier rempart de la démocratie. Mobiliser tous les moyens de l’Etat pour lui permettre d’être omniprésent, sur le terrain et dans les médias, pour ferrailler contre les mensonges de François Hollande, le « candidat du système », comme l’avait justement dénoncé Brice Hortefeux. Ne pas céder un millimètre de terrain aux syndicats marron, pardons, rosis, qui sèment le chaos dans les aéroports pour déstabiliser le pays et faciliter son invasion par les khmers roses. Rappeler urbi et orbi les exactions que ces derniers ont commises lors de la junte du Maréchal Jospin, en 1997, et lors de la dictature populaire du colonel Mitterrand, en 1981 : retraite forcée à 60 ans, limitation contrainte du travail à 35H. Dépêcher le major Morano et ses francs-tireurs partisans de la iRiposte en première ligne de Twitter, pour harceler courageusement les premières divisions blindées frappées du poing et de la rose, qui atteignent déjà la frontière rhénane. Enfin, préparer sans attendre des poches de résistance dans l’éventualité – qu’il faut bien prendre en compte – d’une réussite de l’invasion socialiste, en installant à tous les postes de l’administration des maquisards et des agents infiltrés. Mais ce ne sera pas facile, comme le montre la mésaventure du capitaine Tibéri, éjecté de sa couverture de contrôleur économique et financier de première classe par un Conseil d’Etat déjà noyauté par les gauchistes. Bernard Debré donne le ton : « Si la gauche remporte tous les pouvoirs, nous devrons partir à la reconquête, ville après ville ». Ce sera tranchée par tranchée, immeuble par immeuble, à la baïonnette et au couteau.

 

Si toutes ces mesures échouent, il faudra remonter un cran à la source. Qu’est-ce qui nourrit le péril rose, comme les toxicomanes engraissent les barons de la drogue ? Les électeurs, naïfs et inconscients. Ils ont bien porté Hitler au pouvoir : pourquoi pas Hollande ! On ne contrera pas l’offre si on ne réduit pas la demande. Donc d’abord, ralentir l’inscription sur les listes électorales des jeunes, facilement manipulables et trop immatures pour être sensibles aux bienfaits du Nouvel Ordre Sarkozyste. Ensuite, décourager le plus possible d’électeurs d’aller voter en avril et en mai, en pourrissant le débat présidentiel et en empêchant les hommes de main de François Hollande de répandre leurs mensonges dans les médias. Enfin peut-être, profiter de la crise pour promouvoir un gouvernement d’union nationale, qui pourrait en dernier ressort bloquer la mise en place de la toile d’araignée socialiste sur toutla France.

 

Les électeurs sont les meilleurs alliés du péril rose. Le péril rose est la plus grande menace pour la démocratie. Pour sauver la démocratie, sabotons la démocratie.

 

Romain Pigenel

Les pathologies de Variae (2) : Sarkozy, Guéant et la xénomanie obsessionnelle

La xénomanie obsessionnelle, qu’est-ce que c’est ?

La xénomanie obsessionnelle est une atteinte grave des fonctions cognitives, qui altère aussi bien la perception que le langage. Le patient atteint de xénomanie développe une obsession pour les étrangers, qui le conduit non seulement à les voir partout, en nombre sans proportion avec la réalité de leur présence, mais également à en parler en abondance et sans logique apparente.

Comment l’attrape-t-on ?

La xénomanie obsessionnelle est une maladie relativement contagieuse, mais dont les voies de transmission sont encore mal connues. Il y a un consensus pour dire que les épidémies se développent la plupart du temps en phase de crise économique, à proximité des élections ou quand un responsable politique se trouve en difficulté. Dans ce dernier cas en en particulier, la propension à la xénomanie augmente de façon spectaculaire, les étrangers devenant un sujet de discours central et répétitif pour la victime. Cela a pu faire croire, à tort, que les responsables politiques atteints tentaient de faire diversion en parlant des étrangers, quand il s’agissait en fait d’une pulsion irrépressible pour eux.

 

Quels sont les symptômes ?

La xénomanie peut être difficile à déceler, le malade développant souvent des stratégies de dissimulation de son mal, tentant de le camoufler sous un discours d’apparence rationnelle et responsable. Il faut, pour la repérer, surveiller le comportement du patient dans des situations où les « étrangers » ne sont pas au cœur du problème, et où il s’ingénie malgré tout à les ramener au centre du débat.

 

Cas 1

Le patient Nicolas S., occupant un poste à responsabilité dans les relations publiques et l’industrie du luxe, rencontre des responsables des Restos Du Cœur, abordant avec eux la question de l’exclusion puis du mal-logement. Sa parole est au début remarquablement claire et argumentée, comme le montre un rapport d’expertise. Pour Nicolas S., « il y a “deux problèmes”. D’abord, “il se trouve dans ces logements des gens qui ne devraient pas y être”. Ensuite, “le turnover dans les logements sociaux ne fonctionne pas”. “On ne peut pas passer toute sa vie dans un logement qu’on a obtenu à l’âge de 30 ans”, a-t-il expliqué. ». C’est à ce moment qu’un symptôme apparaît, toujours suivant le rapport : « “A cela s’ajoute le problème de l’immigration”, a-t-il glissé sans en dire plus. ».

 

Cas 2

Le patient Claude G., travaillant pour sa part dans la sécurité, le gardiennage et la protection rapprochée. Arrivant en fin de contrat, il subit la colère de ses clients, qui estiment qu’il n’a pas tenu ses engagements sur la baisse de l’insécurité dans leur voisinage. L’intense stress résultant de ces critiques, renforcé par la peur de ne pas voir son contrat renouvelé, déclenche chez lui une crise de xénomanie aiguë. « J’ai fait un constat : c’est que la délinquance étrangère est supérieure à la moyenne enregistrée dans notre pays ». Et de partir alors sur ce qu’il préconise comme mesures contre ce phénomène, alors même qu’on le sollicitait sur l’insécurité en général et qu’il n’est en mesure de produire aucun chiffre pour appuyer son constat.

 

Quel traitement ?

La xénomanie ne se guérit pas, tout au plus peut-on travailler à éliminer les facteurs de déclenchement des crises. L’exercice d’une profession à responsabilité, de même que l’exposition répétée en public, sont connus pour être de tels facteurs. On veillera donc à mettre immédiatement au repos le xénomane obsessionnel, et si possible pour plusieurs années.

 

Romain Pigenel

La consultation du docteur Variae se poursuit ici.

Agence d’idées (7) : le père Noël a-t-il une couleur politique ?

A quatre mois de l’élection présidentielle, chaque minute compte pour engranger de nouveaux soutiens à sa candidature – et il est évident que le soutien de pipoles très connus et appréciés compte double. Quelle force politique pourrait recruter le Père Noël ? C’est la question qu’a posée le think tank Variae à son groupe de travail « Fêtes de fin d’année », dont voici la réponse.

 

Le Père Noël est … centriste ?

Comme Bayrou, Villepin et autres Morin, il prétend faire la démonstration que tout le monde peut travailler ensemble autour d’une grande cause nationale, en l’occurrence, apporter des cadeaux aux enfants. Comme eux, il prétend qu’un homme seul peut faire l’unanimité autour de lui. Comme eux il est isolé et n’a plus de fidèles ni de garde rapproch … ah non, désolé, tout le monde adore le Père Noël. La comparaison s’arrête donc là.

 

Le Père Noël est … écologiste ?

Il vit dans le Grand Nord, au milieu de la Nature enneigée ; on le voit souvent avec des lunettes ; il est d’origine scandinave : c’est presque le cousin d’Eva Joly. Mieux encore, il a un bilan carbone qui se limite aux dégagements gazeux des rennes de son traineau. Oui MAIS justement : pourquoi un traineau individuel, et pas les transports en commun ? Et les rennes, comment supportent-ils cette horrible cadence de travail, sont-ils bien traités, ne meurent-ils pas à la tâche ? Enfin, summum de l’horreur, le Père Noël est peu regardant sur l’origine des jouets qu’il transporte, nourrissant les pulsions consuméristes des enfants avec le fruit du travail d’autres enfants, souvent en plastique toxique ou non recyclable. Exit l’hypothèse écologiste.

 

Le Père Noël est … de droite ?

A ce stade de la réflexion, Santa Claus pourrait bien être un UMPiste qui s’ignore. Il ne connaît visiblement pas les 35H, ni les restrictions contre le travail nocturne. On aimerait par ailleurs bien savoir quelle est la convention collective qui s’applique à son entreprise : les lutins ont-ils un délégué syndical ? Les histoires merveilleuses sur les ateliers du Père Noël, où l’on travaille dans la joie et la bonne humeur, rappellent terriblement la communication institutionnelle d’entreprises par ailleurs peu regardantes sur leurs conditions de travail. Petit Papa Noël, membre éminent du MEDEF ? Non, car comme dirait Milton Friedman, “There ain’t no such thing as a free lunch”. Or c’est bien ce mythe gauchiste de l’abondance et de la gratuité pour les citoyens que fait vivre le Père Noël, en distribuant des cadeaux à tous les enfants.

 

Le Père Noël est donc de gauche ?

Sa houppelande rouge, qu’il affiche éhontément tout autour de la planète, aurait dû nous le faire comprendre plus tôt ! Le Père Noël est le symbole de l’Etat-Providence, qui veille attentivement et généreusement au bien-être des populations. Sans que l’on ait besoin de rien faire, un jouet tombe dans la cheminée. Le summum de l’assistanat, le cauchemar de la droite populaire. L’identification à gauche serait donc tentante. Mais alors, comment expliquer qu’il fait de plus beaux cadeaux aux enfants riches qu’aux enfants pauvres, dans un esprit plus proche du bouclier fiscal que de la redistribution des richesses ?

 

Le Père Noël, un homme d’ouverture

Il faut se rendre à l’évidence, le visiteur nocturne du 24 décembre prend un malin plaisir à brouiller les pistes et n’est pas facilement assimilable à un camp en particulier. Le think tank Variae conseille donc de le garder en réserve : il pourra faire un très bon secrétaire d’Etat ou même ministre d’ouverture.

 

Romain Pigenel

 

Les autres notes et préconisations de l’agence d’idées Variae sont ici.

La lettre au Père Noël de Nicolas Sarkozy

M’sieur Papa Noël,

Quand tu descendras du ciel, avec, tes joujoux par milliers, n’oublie pas, ta carte d’identité ! Ben oui hein, faudrait pas que Guéant il te fasse embarquer avec ton air louche et ton traîneau de romanichel.

 

Je sais pas si t’as remarqué mais j’ai été bien sage ces dernières années. Je t’ai pas demandé beaucoup à part le croc de boucher en 2005, et mon Air Sarko One avec ses deux fours à pizza en 2009, le même que mon ami Barack (tu le connais mon ami Barack ? C’est un bon copain, j’ai son portable, tiens, je peux l’appeler et p’têtre même qu’il répondra, mais c’est pas sûr parce qu’il est très occupé mon ami Barack Obama, c’est quand même le président de l’Amérique).

 

Alors M’sieur Papa Noël, voilà ma liste de cadeaux pour cette année. Je voudrais :

 

  • Un costume gris en polyester Kiabi, avec l’étiquette du prix qui dépasse, des chemisettes, deux-trois maillots de corps et une paire de godillots de la Halle aux Chaussures. C’est pour ma rupture avec moi-même que j’prépare pour le printemps, mon « j’ai changé, j’aime plus l’bling-bling ». Est-ce que tu peux aussi me mettre des lunettes de soleil Lissac, j’ai plus le droit à mes Ray Ban. Et une carte de fidélité chez Flunch, on ira fluncher avec Carla pour faire des photos dans Match.

  • Une épidémie d’Alzheimer (comme pour la Liliane) mais qui frappe juste les jeunes, les pauvres, les ouvriers, les salariés, les fonctionnaires, les p’tits patrons. J’leur ai tellement promis que je sais même plus c’que j’leur ai dit. Alors ça serait aussi bien qu’ils s’en souviennent pas, hein.

  • Une déchiqueteuse taille « familiale », parce que si jamais j’me fais virer de l’Elysée, faudrait pas qu’on retrouve des documents compromettants et qu’il m’arrive la même chose qu’à Edouard et qu’au vieux gâteux de Saint Trop’.

  • Des belles émeutes dans les banlieues juste avant les élections, avec des barbus polygames qui brûlent le drapeau français devant la caméra, et même qu’on en arrêterait un et qu’on découvrirait qu’il a pas ses papiers français, et que ce serait la faute au lassisme, au laksisme, excuse-moi, au laxysme des socialistes, au multi-culturalisme et à la police de proximité. Et pis ça m’donnerait l’occasion de ressortir le beau Kärcher que tu m’avais offert pour Noël 2004.

  • Un Jean-Pierre Pernaut au JT de 13H, de 20H, de nuit, de matinale, sur toutes les chaînes. Tout le monde a vu comme c’est un journaliste très compétent et impartial lors de mon dernier Sarkoshow. Et si y’en a qu’ça dérange d’avoir le même journaliste à tous les journaux, et ben y z’ont qu’à descendre et à m’le dire en face !

  • Quelques exemplaires de « La littérature française pour les nuls », que j’les offre à Lefebvre, Morano, Estrosi, toute la bande. Tu comprends, on va pas non plus leur demander de lire la Princesse de Grèves, hein, mais ça serait quand même bien qu’ils arrêtent de confondre Voltaire avec une marque de jeans ! Ah tiens et si tu pouvais aussi me trouver un résumé de la Prince de Grèves, que j’puisse faire comme si j’l'avais lue. Avec un nom pareil, ça doit encore être une histoire de fonctionnaires, mais j’préfère être sûr.

 

Voilà m’sieur Papa Noël, t’as vu, je demande pas beaucoup, hein. Et je suis bien conscient qu’ça doit pas être facile pour toi, même en te levant tôt, de livrer tout l’monde à temps, avec les 35H à cause des socialistes. Alors je t’attends sans faute dimanche matin dans mes p’tits souliers. Si tu m’apportes tout ça, je te fais exonérer de TVA une fois réélu. Comment ça t’es pas sûr d’avoir le temps ? Eh ben casse toi pov’con !

 

Romain Pigenel, sous la dictée de notre bien-aimé Président

Communiqué – Honte à vous, Monsieur Kombouaré !

C’est avec un grand plaisir et un profond soulagement que la rédaction de Variae a appris le limogeage d’Antoine Kombouaré, qui ne sera plus l’entraîneur du PSG en 2012.

Cette décision courageuse des actionnaires qataris du club parisien répond enfin à la frustration et à l’inquiétude qui n’en finissaient plus de grandir chez les amoureux de la culture PSG.

 

Depuis que Monsieur Kombouaré sévit au Parc des Princes, nous ne reconnaissons plus notre club, dont les fondamentaux sont un peu plus remis en cause à chaque journée de championnat. La quatrième place lors de la saison 2010-2011 a déjà sonné comme un sinistre avertissement. Le début sans problèmes majeurs de la saison 2011-2012 a été comme un camouflet à la face des vrais supporters du maillot parisien. Le titre de champion d’automne, quant à lui, est plus que la goutte faisant déborder le vase : il est une souillure que l’on aura beaucoup de mal à effacer sur le blason aux trois couleurs.

 

Des résultats sur la durée, des stars dont les caprices ne font pas la une des tabloïds au bout d’une semaine, un automne sans crise, non, Monsieur Kombouaré, ce n’est pas ça, le Paris-Saint-Germain.

 

Où sont-ils les Patrice Loko qui montrent leurs organes reproducteurs aux policières ? Où sont-elles les stars rachetées une fortune après avoir été cédées pour dix fois moins, les Nicolas Anelka, qui mettent le club en situation de relégation à la trêve hivernale? Où sont-ils les prodiges qui se perdent dans la nuit parisienne ? Où sont-elles, Monsieur Kombouaré, les équipes premières que l’ont met de force au vert pour les punir, et que l’on remplace par l’équipe de Nationale pour aller se prendre une mémorable branlée ? Où sont-elles les manifestations de supporters au Camp des Loges ? Où sont-ils les tifos injurieux des ultras contre les joueurs ?

 

Vous avez, Monsieur Kombouaré, gravement porté atteinte à l’esprit, à l’image, à la marque de fabrique « Péhèsgé ». C’est une grave faute professionnelle qui a été justement punie par vos actionnaires.

 

Nous attendons avec sérénité les prochains mois, qui, avec l’arrivée pipole de David Beckham et celle d’un entraîneur star découvrant l’équipe à mi-saison, ont toutes les chances de mettre le club sur le chemin d’une lente convalescence, et d’un retour à ses valeurs authentiques.

Romain Pigenel, pour le Kop of Variae

Les mots de la politique (21) : « classes populaires », « classes moyennes », ces bêtes curieuses

En 2012, le peuple sera à l’honneur. A gauche, on se fait fort de renouer avec les « classes populaires ». A droite, on a d’un côté une droite populaire dont le titre dit assez bien les ambitions, et de l’autre une « droite sociale » qui, sous la houlette de Laurent Wauquiez, entend pour sa part s’occuper des classes moyennes. Pour un peu, on se demanderait s’il y a déjà eu autant de bonnes fées autour des classes laborieuses. Je vous entends rétorquer : « c’est pareil à chaque élection ! ». Sans doute. Mais, sous l’effet d’une profusion d’études et d’ouvrages polémiques sur la question, en réaction, aussi, à la proposition d’un think tank en vogue de détricoter (pour aller vite) le lien entre gauche et prolétariat, « classes populaires » et « classes moyennes » saturent l’espace médiatique et intellectuel.La menace Marine Le Pen ne fait que renforcer cette tendance.

 

Donc on parle, reparle et re-reparle des « classes populaires » et, un ton en-dessous, des classes moyennes. Ce qui était un concept théorique investit le domaine pratique de la parole politique jusqu’à devenir un leitmotiv et un passage obligé des discours de candidat. Ceci n’est pas sans conséquences. « Classes populaires », « classes moyennes », c’est une classification, une description – mais pas une action ou une proposition concrète. Qu’un chercheur en sciences sociales emploie ces termes dans son travail est logique. Qu’en revanche une personnalité politique use et abuse de ces expressions dans ses interventions publiques, en se satisfaisant du seul fait de les citer, est plus problématique. Parce que ce faisant, il se cantonne dans le double registre de la description, et de la mise à distance. Je ne sais pas qui sont les « classes populaires » (les ruraux ? les rurbains ? les habitants des « quartiers » ?), et je doute que beaucoup de gens s’y identifient au point de se sentir concernés quand ils entendent cette interpellation.  En outre, répéter que l’on entend se concentrer sur ces classes, c’est louable, c’est (presque) un projet, mais cela ne dit pas encore ce que l’on veut faire pour elles. Nommer, ce n’est pas faire. Parler de, ce n’est pas parler à. Cela peut même, à la longue, introduire un sentiment d’extériorité par rapport à elles, en exagérant et en durcissant la rupture qu’il y aurait entre tel ou tel candidat et ces classes.

 

Cette tendance à la théorisation du discours, à l’invasion de la parole politique par des mots de marketing électoral, n’est à mon sens pas étrangère à la lassitude qu’éprouvent un nombre croissant de Français par rapport à leurs élus. Faisons le pari que ces Français ne veulent pas tant entendre parler d’eux comme des segments d’électorat à conquérir, qu’entendre directement parler des sujets qui les intéressent. Au hasard : services publics, protection sociale, pouvoir d’achat, emploi, laïcité … Le sujet n’est pas le souci des classes laborieuses (et son affirmation) ; le sujet, c’est comment répondre à leurs attentes.

 

Je propose un petit exercice aux responsables politiques qui s’y intéressent : à chaque fois qu’ils veulent placer le terme classes populaires ou moyennes, le remplacer, ou du moins le faire accompagner, par une mesure concrète qui leur est destinée. Cela replacera ces responsables à leur bonne place – qui n’est assurément pas celle du zoologue observant à la loupe des bêtes curieuses, ou discourant savamment sur elles, pour se donner bonne conscience.

 

Romain Pigenel

 

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Les caractères de la politique (5) : l’Inquisiteur

Quand il parle, le sang de son auditoire se glace. Le son de sa voix instille le doute. Son regard vaut accusation. Qu’il s’adresse à vous, et c’est déjà la condamnation. Juge, juré, exécuteur tout à la fois, il est la Justice en marche et en colère. C’est l’inquisiteur.

 

Toute son histoire tourne autour de la justice, dont il a fait à la fois sa martingale électorale, son identité politique et sa vertu. LA vertu. La justice, chez lui, ne se décline pas : elle peut bien être sociale pour d’autre, cela n’est pas sa priorité ; c’est le judiciaire, le pénal, le carcéral qui le passionnent et l’enflamment. Il parle de ses adversaires comme on lirait un casier judiciaire, en rappelant leurs fautes, leurs condamnations, leur passif. Au sujet d’untel : « je le connais bien, je l’ai mis en examen ! ». Au sujet d’un autre : « je ne vous permets pas de dire que c’est un Républicain, c’est un délinquant, il a été condamné ! ». Chacun regarde ses souliers et se surprend à faire son examen de conscience, pour se demander s’il n’a pas, au fond, quelque chose à se reprocher, un vol de bonbon, une heure de travail au noir non déclarée. Qui peut encore se sentir honnête face à l’incarnation de la Pureté ? Car c’est l’angle mort et le présupposé de la posture de l’Inquisiteur : lui-même n’a rien à se reprocher. C’est tellement évident que sur le coup, personne ne s’interroge. Qui oserait seulement poser la question face au porteur du feu purificateur, qui verra en vous au pire un coupable, au mieux un complice, par le simple fait que vous avez pu le remettre en doute ! Ah vous voilà bien, vous le sbire, le suppôt, des politiciens décadents et corrompus contre lesquels l’Inquisiteur fait campagne au risque de sa carrière et même de sa vie ! Et n’insistez pas trop, ou il trouvera bien quelque chose à redire de votre passé.

 

A dire vrai, l’Inquisiteur fait plus qu’investir le judiciaire comme thématique électorale : il l’élève au-dessus de la politique, comme objectif ultime de sa démarche. Tout le reste devient secondaire et accessoire. Il ne s’adresse d’ailleurs à pas des gens en chair et en os, mais à des concepts. « La Corruption », par exemple, qu’il faut combattre, et qui menace le pays tout entier. Elle est une et indivisible, qu’on la décèle dans une petite malversation locale ou dans un grand scandale d’Etat. Qui vole un œuf vole un bœuf, qui vole un bœuf tue un keuf. Emplois fictifs municipaux, financement illégal de campagne électorale avec des marchands d’armes, tout est pareil, tout est dans tout, autant de matérialisations de la Corruption avec un grand C qui ronge le Système avec un grand S. Que pèse le clivage droite/gauche à ses yeux ? Infiniment moins que celui entre coupables et innocents. Sa liste des premiers s’allonge sans cesse, on y entre pour ne jamais en ressortir. On ne trouvera les seconds nulle part ailleurs que dans son entourage – bien entendu.

 

L’Inquisiteur a un terreau politique potentiellement infini, car qui peut être contre la justice, ou pour la corruption ? Il voguera de scandale en scandale,  d‘affaire en affaire, de révélation en révélation, traquant le moindre écart pour justifier sa croisade et organiser son omniprésence, élevant la suspicion au rang de certitude systématique. Jusqu’à ce que les gens se lassent – et que l’intérêt général reprenne ses droits.

 

Romain Pigenel

 

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