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Drame en haute mer : le pédalo Hollande percute le canoë Sarkozy

LE BOURGET, FRANCE.  Le terrible drame a eu lieu dans l’après-midi de dimanche, vers 15H heure française. Le Sarkozy 2007, petit canoë de plaisance de classe bling bling, a été heurté de plein fouet par le Hollande #FH2012, pédalo d’assaut lancé à pleine vitesse.


Malgré le choc et l’émotion bien compréhensibles, les témoignages concordent sur cette version des faits. Cela faisait quelques années que le Sarkozy2007 sévissait le long des côtes françaises, provoquant la multiplication des plaintes des riverains et la saturation régulière du standard des garde-côtes. Les mêmes accusations reviennent inlassablement dans la bouche des nombreux témoins (qui n’acceptent de parler que sous garantie d’anonymat) : vandalisme contre les bâtiments publics (hôpitaux, écoles, Pôle Emploi …), rançonnage des habitants trop faibles pour se protéger, vexations multiples et variées contre les navires n’ayant pas la chance de battre pavillon français. Des rumeurs de chasse aux embarcations venant du sud de la Méditerranée reviennent également souvent dans ces récits, ainsi que des suspicions récurrentes de complicité de la capitainerie et de la presse maritime. L’équipage du Sarkozy 2007, pour sa part, aurait alterné bruyants satisfécits et manœuvres d’intimidation, rétorquant aux mécontents que seul leur capitaine (un certain Nicolas) était en capacité de « tenir la barre du vaisseau France dans la tempête », phrase mystérieuse laissant perplexe les plus vieux marins, au vu des embardées fréquentes du canoë, manquant plus d’une fois de sombrer corps et biens.

 

Il semble que c’est au moment où la colère de la population locale atteignait un point de non-retour que les chantiers navals Solférino ont mis à flot un patrouilleur léger chargé de sécuriser le littoral local, le « Hollande » #FH2012, pédalo d’assaut capable, malgré son allure peu dangereuse, de redoutables pointes de vitesse et d’éperonnerages particulièrement dévastateurs. A partir de là le récit devient plus confus. Les membres de l’équipage du Sarkozy 2007 auraient enchaîné les injures et les provocations à l’égard du commandant du #FH2012, sans se rendre compte que leurs provisions et leur stock de munitions se réduisaient aussi inexorablement que dangereusement. Et c’est au retour d’un raid en Guyane française que le frêle esquif a connu un coup d’arrêt brutal, pris en chasse par le #FH2012 à proximité du Cap Bourget et percuté de plein fouet par le pédalo d’assaut, faisant en même temps feu de toutes ses armes.

 

Le Sarkozy 2007, malgré la violence du choc, n’a pas coulé sur le champ. Mais une première inspection révèle de terribles avaries qui font peser de sérieux doutes sur la capacité du canoë à survivre à un nouveau voyage en mer. Les membres d’équipage, quant à eux, sont  en état de choc, selon le service de presse de l’Hôpital Elysée où les marins-pompiers les ont amenés en urgence. De ces têtes émergeant de couvertures de survie ne revenaient en effet que des bribes de paroles aussi diverses qu’incohérentes, les uns reconnaissant avoir été surclassés par la puissance du #FH2012, tandis que d’autres continuaient à nier l’évidence, répétant entre deux tremblements incontrôlables que le pédalo d’assaut était un navire du « passé » ou encore qu’il était complètement « vide ».

 

La Fouquet’s Inc. (armateur du Sarkozy 2007), contactée par téléphone, se voulait rassurante sur la possibilité d’une rapide remise à flot du canoë de classe bling bling. Mais dans les milieux marins, on ne cache pas être extrêmement dubitatif sur l’avenir de ce navire de petit tonnage, déjà concurrencé chez son propre constructeur par les plus récents vaisseaux de classe « Co » et « Fillon ».

 

Romain Pigenel, en direct du Cap Bourget

Le #Bourget était-il un meeting réussi ?

Qu’est-ce qu’un meeting réussi ? Vaste question, toujours entachée de la subjectivité de celui qui le vit, qui le raconte. Les militants en seront toujours contents, les adversaires toujours insatisfaits. Alors essayons de dénicher quelques critères, si ce n’est objectifs, du moins factuellement partageables.

 

Un meeting réussi, c’est quand vous prenez le RER, un dimanche matin, dans votre quartier résidentiel habituellement désert à cette heure, à part quelques joggeurs et promeneurs matinaux avec leur chien ; et que vous découvrez, en arrivant au guichet pour acheter votre billet, une petite queue de personnes qui demandent toutes un aller simple pour la même destination – Le Bourget – et qui se regardent avec surprise, puis s’observent avec curiosité et timidité, quand elles entendent le même mot prononcé par leur voisin.

 

Un meeting réussi, c’est quand, dans le RER, puis le bus qui vous emmènent sur le lieu du rassemblement, vous entendez d’autres personnes qui en parlent, et tout d’un coup vous les abordez, à l’instinct, et la discussion s’engage, avec cette sympathie immédiate et réciproque de ceux qui ont le sentiment instinctif de participer à la même chose, qui va être grande, et dont vous allez vous rappeler. Longtemps.

 

Un meeting réussi, c’est quand vous constatez, en arrivant, que les organisateurs ont vu trop petit, qu’un flot sans cesse grossissant de jeunes, de vieux, de moins vieux, de moins jeunes, de militants, de curieux, se déverse du RER vers l’entrée du hall du meeting ; qu’à un moment, il faut fermer les portes pour des raisons de sécurité, que l’organisation en vient presque à cafouiller ; que certaines personnes, mues par une brutale déception, tentent de forcer l’entrée du service de presse pour malgré tout pénétrer dans l’enceinte, quand d’autres en viennent aux mains avec le service d’ordre pour tenter une percée par la porte de service cachée du côté des toilettes …

 

Un meeting réussi, c’est quand le bruit de la foule – les hourras, les cris, les « François Président », les « tous ensemble », toute cette liturgie de meeting – finit par devenir tellement continu, et tellement fort, qu’il couvre des passages entiers du discours du candidat, et que finalement personne ne s’en plaint, et qu’un sourire béat, un peu bête, illumine tous les visages, saisis par l’émotion magnétique du moment.

 

Un meeting réussi, c’est quand l’installation électrique du coin blogueurs et twittos tombe en panne, sur-sollicitée. Un meeting réussi, c’est quand vous voyez le hashtag utilisé sur Twitter pour en parler (#bourget) passer en première position française, puis mondiale, sur le réseau social.

 

Un meeting réussi, c’est quand vous vous surprenez à reprendre la Marseillaise qui résonne à la fin dans la salle, reprise par 20 000 voix, comme dans un stade de foot ; et que vous sentez votre gorge se nouer, et qu’à ce moment-là, c’est comme si vous étiez en connexion avec le reste du public.

 

Si tels sont les indices d’un meeting réussi, alors oui, celui de François Hollande au Bourget entrait dans cette catégorie. En tout subjectivité.

 

Romain Pigenel

Bayrou, Villepin, Morin, Boutin : réunion au sommet du centre

La scène se passe dans les salons d’un grand hôtel, quelque part au centre de Paris. Plusieurs personnalités politiques, classées quelque part au centre de l’échiquier politique, arrivent au compte-goutte, se saluant avec un air suspicieux et s’asseyant autour d’une petite table au centre de la grande pièce. Il n’y a vraiment pas beaucoup de place et les chaises se gênent les unes les autres. S’installent successivement Hervé Morin, François Bayrou, Dominique de Villepin et Christine Boutin.

Hervé Morin – Chers amis … [il s'éclaircit la voix] je vous remercie d’avoir accepté mon invitation. J’ai soigneusement analysé la situation politique actuelle et, n’étant pas homme à faire les choses à moitié, j’ai décidé qu’il fallait que nous nous retrouvions pour discuter de l’opportunité de nos candidatures respectives. Pour les centraliser, si j’ose dire ! En tant que président du Nouveau Centre …

Dominique de Villepin – Nouveau Centre, vieille canaille ! [il bombe le torse, regarde autour de lui, apparemment très satisfait de son trait d'esprit]

Hervé Morin – [jetant un regard mauvais à Villepin] … en tant, donc, que président du Nouveau Centre, c’est bien entendu à moi que revient la responsabilité d’être, heu, responsable et donc de faire baisser le nombre de candidatures au centre, en organisant une discussion entre nous.

Dominique de Villepin – Une candidature ne se discute pas, elle ne se négocie pas, elle se prend, elle s’arrrrrache aux Français !

François Bayrou – Cela suffit. [Il parle lentement, d'une voix grave, ponctuant chaque segment de phrase d'un long silence et fixant intensément, tour à tour, ses interlocuteurs]. La France … la Franceuu se meurt de la politique des clans, des vieux partis, des vieilles solutions. Ni la gauche … ni la droite … ni le gaullisme – oui monsieur De Villepin, ni le gaullisme – ni même le centre n’ont la recette … pour sortir de cette criseeuu … que j’avais prévue … car je l’avais prévue, oui Monsieur Morin, dès 2007 ! Eh bien toutes ces personnes, il faudra les faire travailler ensemble … et il n’y a pas, non, il n’yyy a pas d’autre solution. Et nous les forcerons, s’il le faut … nous les forcerons à travailler de concert.

Dominique de Villepin – Nous y voilà ! Vous voulez rassembler, mais autour de votre rogaton de parti, de cette miette abracadabrantesque, de cet homoncule politique ! Alors que moi je n’ai aucun intérêt de parti ou de clique ; il n’y aura que les Français, moi, et les meilleures décisions !

Hervé Morin – Excusez-moi, mais n’ayant plus ni parti, ni députés fidèles, ni points dans les sondages, c’est moi qui peux le mieux rassembler au nom de l’intérêt général …

François Bayrou – Monsieur Morin … Monsieur Morin … Vos mensongeeeuu, vos petites manigances, laissez-moi vous le dire, elles ne trompent personne … personne. Vous êtes la créature … je dis bien la créature, oui Monsieur Morin, et je pèse mes mots, du président sortant. Vous êtes un des représentants … de ce système … que je combats et que j’invite tous les républicains à combattre avec moi …

Dominique de Villepin – Qu’y a-t-il comme plus vil représentant du système des partis que vous, François Bayrou, vous, qui avez été construit par Nicolas Sarkozy, vous, que ses amis les sondeurs font artificiellement monter pour dissimuler le souffle d’espérance, le souffle de FRANCE, qui porte ma destinée !

François Bayrou – Monsieur de Villepin … toutes vos ruses … toutes vos mystifications … ne pourront pas effacer la vérité. Vous avez encore … Monsieur de Villepin … rencontré le président … Nicolas Sarkozy … en passant par une entrée dérobée de l’Élysée …

Hervé Morin – Ah non, c’est moi ça, même qu’il a été très sympa !

Christine Boutin – [cri strident] STTOOOOOP ! J’en ai assez entendu ! Alors il faut que vous le sachiez : je peux être gentille, mais il ne faut pas me prendre pour une gourde. Tant va la grenouille au bénitier, qu’à la fin elle se lasse ! Je suis venue ici pour vous faire une annonce : si jamais vous ne me laissez pas me présenter, je lâcherai une bombe bactériologique !

Dominique de Villepin – [prend un air solennel] Madame, la République ne saurait souffrir ni chantage, ni menace ! Allez-y, envoyer votre bombe, je suis prêt à faire rempart à la France de mon corps !

Hervé Morin – Oui c’est vrai ça, allez-y, maintenant que vous êtes au centre du débat !

Christine Boutin – Si vous ne me laissez pas me présenter, je réfléchirais à l’hypothèse de la possibilité d’annoncer ma probable non-hostilité à la candidature de Nicolas Sarkozy, si la sensibilité que je représente est associée au prochain gouvernement, et s’il est écrit dans la constitution que les athées iront en Enfer !

Hervé Morin – Eh, c’est pas une mauvaise idée ça ! Vous croyez qu’il resterait une place de ministre pour moi ?

La réunion se termine dans un brouhaha indescriptible.

Romain Pigenel

EXCLUSIF – La lettre de Nicolas S. à Obama au sujet de #Megaupload

La rédaction de Variae a longtemps hésité avant de publier le document qui va suivre. Mais c’est parce que nous le jugeons d’importance exceptionnelle pour la compréhension future des événements présents, que nous nous sommes finalement décidés à le mettre en ligne, malgré les suspicions de filature, de mise sur écoute, et les menaces téléphoniques (« ferm’ la pov’ con ») dont un inconnu nous abreuve chaque nuit.

Il s’agit d’un courrier envoyé en début de semaine, de l’Elysée à la Maison Blanche. Certains passages demeurent obscurs et difficiles à comprendre, mais nous les livrons malgré tout à la sagacité collective des lecteurs de Variae.

 

« M’sieur Obama, mon ami Barack,

 

Tu te souviens de moi ? On a posé ensemble au moment du G20, même que t’as dit à la télé qu’j’avais plein d’qualités. D’ailleurs si tu pouvais m’repasser ton numéro de portable, chaque fois qu’j’t’appelle ça sonne dans le vide, et quand j’essaie ton standard on m’dit à chaque fois que tu es « out of office » !

 

Donc je t’écris aujourd’hui parce qu’on a plein d’problèmes avec l’Internet. J’avais créé ma police spéciale, la HADOPI, un peu comm’ ton FBI mais en plus français, pour traquer les racailles et les criminels qui piratent d’la musique et des films. « Le pire tou pire, c’est fini. Le pillage des créateurs et des majors, c’est fini. », que j’avais dit.

Au début ça marchait bien, et pis y en a qui ont inventé le striming, je sais pas trop c’que c’est mais c’est plus fort encore que mon HADOPI, alors on m’a dit de dire qu’j’allais interdire le striming, que comme ça j’allais gagner les voix des artistes et même que comme ça Didier Barb’livien il écrirait mon hymne de campagne. C’est bien hein, mon ami Barack, c’est bien ? Hein ?

 

Alors y en a qui disent que l’striming il se fait depuis chez toi, en Amérique. Claude Guéant il m’a expliqué qu’c’est une bande qui s’appelle Mégaeuplaude qui tient tout les trafics de striming. Et aussi de téléchargement pas légal. Ou l’inverse, je sais plus. Et que nous en France on peut rien faire. Alors j’voulais t’demander, m’sieur Barack, en souvenir de l’amitié qui nous lie depuis not’ plus tendre G20, est-ce que tu voudrais pas qu’le FBI il arrête les racailles de chez Mégaeuplaude ?

 

Tu comprends, on m’a dit qu’c’est à cause d’eux que ma Carla elle vend pas de disques. Son public maintenant il préfère l’écouter gratuitement sur Mégauploaude, Ioutube ou Délimochionne, et c’est comme ça qu’y a des millions de spectateurs sur ces sites alors que Carla elle vend pas d’disques. Chaque fois qu’un internaute ouvre son ordinateur, il fait perdre un disque à Carla, ou à Michel Sardou, ou à Mireille Mathieu, alors ils sont pas contents et après c’est moi qui doit les calmer, non mais tu t’rends compte ?

Alors moi j’peux rien faire, et pis j’ai pas l’temps parce que j’ai mon sommet social, ma nouvelle TVA et ma déclaration d’candidature (mais faut pas l’dire c’est un secret). Mais comm’ toi tout l’monde t’aime bien, ptête que tu pourrais faire quelque chose ? Si tu arrêtes les voyous de Mégaeuplaude, j’pourrai faire un communiqué pour dire bravo et après j’ferai pareil.

 

Je compte sur toi mon ami Barack, hein, parce que si tu crois que tu vas régler l’problème des artistes sans rien faire, eh bien per-permets moi d’te dire per-per-per-tchu-tchu-tché !

 

Nicolas »

 

Courrier intercepté et déchiffré par Romain Pigenel

Les objets de la politique (4) : le Claude Allègre

Un peu comme homo candidatus, le Claude Allègre est un être qui alterne phases d’hibernation et phases d’activités intenses, au moment des élections présidentielles, ou quand il en arrive au point où l’anxiété de ne plus entendre parler de lui devient insupportable. Il est alors capable de déployer une énergie prodigieuse pour attirer les regards : et, plus prodigieux encore, il se trouve toujours quelques médias pour accorder une attention bienveillante au bruit qu’il fait avec sa bouche, à l’ombre des ses broussailleux sourcils.

 

Le cycle d’activité sismique, si ce n’est volcanique, du Claude Allègre a pu longtemps entretenir l’hypothèse de son appartenance au règne minéral. Mais il ne s’agissait en fait que d’une confusion avec son champ de charlata… pardon, d’expertise universitaire, la géochimie. Sans compter que sa souplesse et sa capacité au retournement de veste excèdent largement les capacités observées chez les minerais et les roches les plus malléables. La question de sa place dans la nature, et dans la chaîne de l’évolution, reste donc entièrement posée : certains biologistes ont vu en lui un prédateur naturel (mais plus bruyant qu’efficace) du mammouth laineux ; d’autres ont tenté de le classifier comme un mystérieux chaînon manquant entre Eric Besson et les frères Bogdanov. Mais, étant donné qu’on ne lui connaît ni frère jumeau, ni pratique aiguisée de Twitter, c’est une hypothèse qu’il faut ranger au rayon des théories farfelues et de la grossière vulgarisation scientifique – domaine bien connu, pour le coup, par le Claude Allègre.

 

Cette difficulté à étiqueter le Claude Allègre frappe tout particulièrement les journalistes. Saisis d’une étrange confusion mentale quand ils sont confrontés à lui, ils persistent à le décrire comme ce qu’il n’est pas, et surtout quand il vient cogner ce qu’il prétend être. Par exemple : « Claude Allègre, homme de gauche et socialiste qui vient fustiger le PS », « Claude Allègre, grand scientifique qui vient accuser d’imposture la communauté scientifique et ses mises en garde sur le réchauffement climatique ». Cela sans jamais rappeler que l’appartenance du Claude Allègre à ces deux communautés – socialiste et savante – est une histoire aussi ancienne que les âges géologiques les plus reculés, et tout aussi révolue. On en viendrait presque à penser, parfois, que le Claude Allègre est une création journalistique, élaborée dans le secret des éprouvettes d’un docteur Elkabbachstein, Aphatov ou Barbierev, pour résoudre l’équation infernale des matinales radiophoniques et des journaux : comment trouver, chaque jour, chaque semaine, un nouveau clash, un nouveau papier à sensation pour relancer les ventes ou doper l’audience ?

 

Il faut reconnaître que dans ce struggle for life à l’ère du tweet, le Claude Allègre est doté de quelques avantages évolutifs non négligeables. Peu de créatures (c’est un euphémisme) présentent une aptitude aussi prononcée au persiflage contre leurs anciens amis, et à l’attaque ad hominem. Peu de spécimens peuvent se targuer d’écrire des livres entiers en hommage à Nicolas Sarkozy, sur un ton que même les fidèles les plus inconditionnels du président sortant renâclent à adopter. Encore moins ont été vus, le regard, la voix et le corps fuyants comme ceux d’un traître d’opérette, en train de se faufiler hors du QG du camp adverse durant une élection présidentielle.

Il est au bout du compte regrettable que le Claude Allègre ne se soit pas encore acclimaté aux réseaux sociaux : il pourrait y faire œuvre charitable, en rendant sympathique, par contraste, la @Nadine__Morano.

 

Romain Pigenel

 

Visitez ici le magasin des objets de la politique.

Les pathologies de Variae (3) : le surmenage présidentiel (le cas Sarkozy)

Je ne voudrais pas vous effrayer, mais notre président m’inquiète un peu.

Vous savez comment c’est : on fanfaronne, on ferraille, on fait les gros yeux mais, tout au fond de son cœur, l’inquiétude grandit. Car notre Nicolas, je ne le reconnais plus.

 

Où est-il passé celui qui, jaillissant bronzé et souriant d’un yacht, passait d’une réception dans la tente de Kadhafi à un rencontre au sommet avec Bachar El Assad ?

 

Où peut-on le retrouver, le Machiavel invincible qui faisait le « DRH » à gauche et mettait son propre camp au pas ?

 

Où se cache-t-il, le héros survolté qui sauvait le monde, puis l’Europe, puis le monde, puis l’Europe, avec son ami Barack et Ma’me Merkel ?

 

A l’heure où je vous parle, j’ai un peu l’impression qu’il pédale dans la semoule, si vous me passez l’expression.

 

Il y a d’abord la réforme de la dépendance, cette grande cause de l’année 2011, annoncée lors des vœux de cette même année. Vous en avez des nouvelles, en 2012 ? Moi non plus. Pareil pour la baisse de la délinquance (et je ne parle même pas de l’augmentation du pouvoir d’achat, ou de la baisse du chômage).

 

Il y a l’amnésie et la disparition de ce week-end, ensuite. Non, non, je ne pense pas à la disparition d’un A (dans notre note), mais à celle de notre président. Où était-il ? Il n’y avait que les ministres et François Fillon qui répondaient présents, dans la panique entourant l’annonce de l’agence de notation. J’ai même cru un instant qu’il était arrivé malheur à l’habitant de l’Élysée, étant donné qu’il avait prophétisé quelques mois auparavant : « si je perds le AAA, je suis mort ». Mais il faut croire qu’il était encore en vie – enfin une bonne nouvelle ! – puisqu’il est réapparu lundi en Espagne. Hélas, pour nous inquiéter une fois de plus, par un échange avec un journaliste nous laissant penser qu’il n’a plus toute sa tête : « Je ne comprends pas cette question. S’il y a quelqu’un qui veut me poser une question que je comprenne j’y répondrai bien volontiers, je ne comprends pas votre question. »

L’inquiétude, enfin, a laissé la place à l’angoisse, en découvrant ce matin la newsletter de l’UMP, signée par Jean-François Copé qui est – lui – visiblement en pleine forme. Il nous appelle, dans ce courrier, à nous « engager » pour Nicolas Sarkozy dans les « cent jours » nous séparant de l’élection, alors que le principal intéressé persiste à dire qu’il n’est pas encore candidat !

Amnésies subites, passages à vide, absences, problèmes de compréhension, agressivité à l’égard des journalistes : ça finit par faire un tableau clinique. Je crois, je crains, que notre président est malheureusement surmené, au bord du burnout.

 

Et dans ces conditions, le docteur Variae ne connaît qu’un seul remède : le repos, total et prolongé. Cent jours, par exemple : c’est une bonne durée.

 

Romain Pigenel

 

La consultation se poursuit ici.

Luc Chatel, vous me décevez beaucoup.

Monsieur Chatel, je suis bien marri de devoir vous le dire, mais vous me décevez beaucoup.

 

Je n’ai jamais été de ceux qui ironisaient sur votre parcours peu banal, de la vente de shampoing et de produits de maquillage au ministère de l’Éducation Nationale, des faux cils à Jules Ferry. J’y voyais même avec plaisir une élévation réjouissante de la matière au concept, de la beauté extérieure à celle de l’Esprit. Ainsi que l’édification d’un pont prometteur entre les illusions de la jeunesse – le savoir, la culture – et son probable destin – pousser son caddie de RMIste devant des murs de gel douche frappé du sceau de Liliane, et préalablement vu à la télé.

 

Mais dimanche, Monsieur Chatel, quelque chose s’est cassé entre nous. Quand vous avez déclaré : « A chaque fois que les socialistes ont été aux responsabilités, on a eu une fuite en avant budgétaire et on a fait reposer sur la génération future les avantages sociaux de la génération précédente. On a fait payer à crédit la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans […] M. Hollande, il était où quand les gouvernements socialistes ont fait la retraite à 60 ans à crédit, la cinquième semaine de congés payés à crédit, ont mis en place les 35H à crédit? ».

 

Je n’ai pu réprimer, sachez-le, un hoquet rageur, un rictus d’indignation, un tressaillement outré, en lisant ces propos rapportés par les gazettes. N’avez-vous pas honte, Monsieur le Ministre ? N’est-il pas honteux de voir un tel étalage d’inculture historique chez le grand ordonnateur de l’instruction publique ?

 

Car les responsabilités de la perte de notre trésor national – le AAA – sont bien plus anciennes et profondes.

 

Le Conseil National de la Résistance, ce ramassis de crypto-socialistes, puis la IVème République marxiste ont laissé se produire une fuite en avant budgétaire, en faisant reposer sur la génération future la sécurité sociale. Il était où François Hollande, quand on a mis en place la sécurité sociale à crédit, hein ?

 

Émile Ollivier, ce dangereux agitateur député sous Napoléon III, a laissé s’installer les conditions d’une fuite en avant budgétaire, en faisant voter en 1864 la loi instaurant le droit de grève. Et laissant ainsi reposer sur la génération future le coût de toutes ces journées perdues à ne pas travailler, pendant que nos voisins prussiens et l’arrière-arrière-grand-mère de Madame Merkel explosaient déjà les records de temps de travail et de productivité. Il était où François Hollande, quand on a mis en place le droit de grève à crédit ?

 

Victor Schoelcher, cet inconscient de la IIème République, a toléré avec inconscience une terrible fuite en avant budgétaire, en abolissant l’esclavage dans les colonies. Je vous laisse imaginer l’incommensurable perte de compétitivité, reposant uniquement, une fois de plus, sur la génération future. Il était où François Hollande, pouvez-vous me le dire ? Pourquoi est-ce qu’on ne l’a pas entendu condamner la dérive budgétaire à ce moment-là ?

 

Monsieur le Ministre, si vous aviez un peu de culture historique, vous auriez compris que les racines du mal socialiste – donc de la fuite en avant budgétaire, donc de la perte du triple A – remontent bien plus loin que François Mitterrand et Lionel Jospin, et que, pour dire les choses franchement, si nous rétablissions l’esclavage dans les banlieues, l’interdiction de grève et de syndicat, et si nous abolissions la sécurité sociale, ce n’est même plus le triple A que nous pourrions viser, mais le quadruple, le quintuple, le centuple A+++² – le compteur des agences de notation risquerait même d’exploser.

 

Je vous remercie de l’attention que vous voudrez bien accorder à ces considérations.

 

Romain Pigenel

Les mots de la politique (23) : Copé et le « massacre à la tronçonneuse »

Il est difficile, dans cette campagne présidentielle à 200 km/h sur fond de cataclysme économique, d’isoler un mot ou un fait de la semaine qui vient de s’écouler. Mais, si je devais absolument répondre à cette question pour les 7 derniers jours, mon choix serait somme toute assez simple : la déclaration faite par Jean-François Copé devant le Bureau politique de l’UMP, pour se féliciter de l’efficacité de ses porte-paroles et tirailleurs chargés de harceler l’adversaire socialiste. « Chez nous, c’est massacre à la tronçonneuse ».

Il est presque étonnant que cette saillie quand même pas banale n’ait pas fait plus de bruit. Il faut dire que Jean-François Copé ne l’a pas tenue publiquement, mais à huis-clos, devant témoins. Il n’a pas de chance, l’ami Copé : quelques jours auparavant, des journalistes rapportaient d’aussi peu amènes propos du chef de l’UMP sur les « minables » qui se contentent d’un modeste défraiement de parlementaire. Je veux bien imaginer que le malheureux n’ait décidément pas de chance, et que tout ce qu’il dise soit systématiquement déformé et amplifié. Mais en l’absence de protestation virulente au sujet du « massacre à la tronçonneuse », admettons qu’il a effectivement proféré cette louange originale pour ses troupes.

 

Que l’on ne s’en scandalise pas plus est un bon indicateur du niveau de frénésie et de violence verbale qui caractérise cette campagne, et auquel tous les observateurs se sont petit à petit habitués. Le vocabulaire martial est un classique du discours politique ; on parle facilement de « snipers », à gauche comme à droite. Mais l’image de Copé est saisissante car elle marque un changement de degré et de nature. La frappe « chirurgicale » du sniper est directe, nette et sans bavure. Les coups de tronçonneuse sont bruyants, grossiers, et multiplient les dégâts collatéraux. Surtout, on passe de l’image du tir à celui du massacre, ce qui n’est pas rien, comme le montrent quelques synonymes glanés dans le dictionnaire : « boucherie, destruction, dévastation, génocide, hécatombe, pogrom, tuerie. ». Du film de guerre au film gore. Le tir du sniper a une cible et un objectif précis ; le massacre vise l’éradication des forces adverses, pour elle-même et sans autre fin.

 

On pourrait épiloguer longuement sur ce que cela révèle de l’imaginaire sarkozyste, dont l’ex-chiraquien se fait le porte-parole (je dirais presque l’aboyeur), façon Patrick Bateman de Seine-et-Marne. Une continuité, du Kärcher à la tronçonneuse. La brutalité, la grossièreté, la haine des adversaires, une conception de l’affrontement politique dans laquelle le vaincu n’a pas de place : après tout, l’ouverture des premiers mois de 2007 visait d’abord à pulvériser la gauche, à éradiquer l’opposition pour ne laisser de place qu’au seul grand parti des amis du président. Dans le contexte actuel, cette violence verbale prend un autre sens, et une signification d’une autre ampleur. C’est le réflexe désespéré d’une bête traquée qui, acculée par son bilan, par les sondages et par le contexte international calamiteux, ne peut plus gagner que par défaut de ses adversaires. Toute l’énergie de la campagne pas encore commencée du président-candidat est alors concentrée sur un tir de barrage contre François Hollande, au mépris des règles élémentaires du débat public, de l’honnêteté intellectuelle et du respect le plus élémentaire. Mentir, insulter, parasiter, faire diversion, anything goes. Les occupants du château assiégé jettent du haut des murailles tout ce qui leur tombe sous la main pour briser les assaillants.

Et pendant ce temps, à quelque jours d’intervalle, le FN se conforte dans les sondages, et le fameux AAA du pays finit par tomber. Le contraste est cruel entre la gravité de ces événements, et le ricanement satisfait du dirigeant de l’UMP devant les efforts destructeurs de ses lieutenants. Mais ce contraste fait sens. La montée du FN, c’est aussi et d’abord la conséquence du sentiment de l’impuissance des politiques, plus prompts à se jeter des saloperies à la figure qu’à faire gagner l’intérêt général. La perte du AAA, c’est – tout le monde le dit et même les agences – la suite mécanique de l’entêtement du président dans une politique idéologique, inefficace, douce pour les siens et dure pour les autres – l’entêtement à ne pas écouter l’opposition. On ne peut pas être un as du démembrement à la Tobe Hooper et un bon chef d’État : il faut choisir. Et le choix a visiblement été fait depuis longtemps.

 

Romain Pigenel

Merci, dans l’ordre, à Vlad @unraleurdeplus et  à @Domydom pour les deux illustrations de cet article !

 

Le massacre des mots de la politique continue ici.

QG de campagne : faut-il décentraliser les candidats ?

« Candidats loin des yeux, candidats loin du cœur ». La propension des candidats à la présidentielle à installer leur quartier général en plein Paris, et au mieux en banlieue ultra-limitrophe, serait une erreur politique, symbole et facteur de rupture d’avec le peuple. L’attaque vise un peu tout le monde, mais se concentre évidemment sur François Hollande, au double titre de sa pole position à gauche et de sa pole position tout court, face à Nicolas Sarkozy. Qu’est-ce que c’est que ce socialiste qui s’installe dans le luxueux 7ème arrondissement ? Ne peut-il pas montrer l’exemple et aller poser ses cartons au milieu des prolétaires, des vrais gens ?

Attaque récurrente et qui existe d’ailleurs en des versions plus ou moins radicales. Il y a ceux, comme Jean-Luc Mélenchon, qui s’enorgueillissent de s’installer en pleine ceinture rouge, dans le 9-3. Et puis il y a les ultras de la cause, comme Guy Birenbaum, qui poussent le bouchon un cran plus loin : la Seine-Saint-Denis est encore trop parisienne, c’est la France profonde qui devrait accueillir les PC opérationnels !

 

C’est une question qui en recouvre en fait plusieurs. Premièrement : la principale fonction d’un QG est-elle sa puissance symbolique ? Manifestement, non. Un QG doit être opérationnel et efficace, point. Pratique, agréable et fonctionnel. Evidemment, on ne peut nier que ce qu’il révèle ou semble révéler de son candidat sera interprété et extrapolé. On pourrait à raison s’interroger sur un candidat de gauche qui ferait installer des robinets en or dans les toilettes. Mais hors excès délirants de ce type, la seule chose sur laquelle doit être jugée un siège de compagne est son opérationnalité, et sa capacité à contribuer à la victoire.

 

Deuxièmement, l’éternelle et stérile question de la ressemblance entre un candidat et son électorat. Outre le fait qu’une majorité présidentielle est forcément diverse et qu’on se demande comment un seul homme pourrait ressembler à 50% des Français, c’est là encore une fausse piste. Personne ne demande à un infirmier d’être unijambiste pour s’occuper des unijambistes. C’est le propre des démagogues de faire croire qu’un responsable politique ne vaut que par son degré de singerie des clientèles électorales qu’il convoite. Aider les démunis, à votre avis, est-ce tout faire pour leur ressembler et vivre parmi eux, ou tout faire pour qu’ils ne le soient plus ? La réponse est dans la question.

 

Troisièmement et pour revenir à notre première question, peut-on imaginer un siège de campagne hors de Paris, à « l’ère 2.0 » comme le dit Guy Birenbaum ? Il ne faut pas être naïf : les téléphones, le web et les visioconférences ne remplaceront jamais le fait d’être physiquement présents sur un même lieu. Ce ne sont pas les mêmes synergies, les mêmes alchimies intellectuelles et personnelles qui se nouent (sans même parler de la vitesse de décision collective). Or une campagne a besoin d’un collectif soudé pour gagner. Et, qu’on le veuille ou non, la France est construite en toile d’araignée, des campagnes aux banlieues, des banlieues à Paris. Tous les transports passent par Paris. Même en restant dans la seule région parisienne, il est plus facile pour des « banlieusards » d’aller à Paris que dans une banlieue proche. Et dans Paris, le Parlement, les députés, les sénateurs sont dans le 6ème et le 7ème arrondissement : c’est un fait. Forcer les uns et les autres à accumuler des déplacements inutiles, pour la seule beauté du symbole, serait non seulement absurde, mais terriblement contre-productif dans un contexte où chaque minute compte, à quelques semaines d’un scrutin majeur. Changeons l’organisation géographique, géo-politique du pays, et la géographie des campagnes électorales nationales changera. Ce n’est pas en trois mois que l’on peut changer l’organisation spatiale des lieux de pouvoir.

 

On pourrait prolonger la discussion, se demander en quoi, par exemple, la région parisienne est moins (ou plus, d’ailleurs) le « cœur du pays », comme dirait Guy Birenbaum, que la province, ou s’interroger sur l’image d’une capitale rongée par les « miasmes » (Guy Birenbaum toujours, emporté par un élan géorgique … et quelque peu urbanophobe). J’arrêterai là, et me contenterai de constater que cette énième polémique vient malheureusement conforter le tour que prend cette campagne, superficielle et riche en diversions en tous genres.

 

Romain Pigenel

Les rites de la politique (12) : le quatrième homme (Eric Cantona)

J’aime bien Éric Cantona. Footballeur hors pair, personnalité excentrique, VIP à conscience politique qui ose ruer dans les brancards. J’aime bien Éric Cantona. J’aime moins – in cauda venenum, que voulez-vous – sa “candidature” à l’élection présidentielle, sur laquelle Libération vient de faire sa une.

L’élection présidentielle a sa dramaturgie inébranlable, avec des moments-types qui finissent toujours par pointer le bout de leur nez. Sans qu’il soit d’ailleurs possible de faire la part des choses entre la spontanéité de ces épisodes, et la mise en scène qu’en font les médias pour relancer un feuilleton électoral qui serait sinon vite monotone. L’épisode du « troisième homme » qui vient bouleverser le duel annoncé (Chevènement un coup, Bayrou l’autre). L’épisode de l’usine en dépôt de bilan, victime de la mondialisation, au chevet de laquelle tous les candidats sont sommés de se rendre. Ou encore, donc, l’épisode de la candidature en provenance de la société civile, jouissant d’une forte popularité, qui menace d’aller jusqu’au bout de sa démarche si elle n’est pas écoutée par les principaux candidats. Appelons-la la candidature du quatrième homme. Coluche en 1981 ; Nicolas Hulot en 2007 ; Eric Cantona aujourd’hui, précédé il y a quelques temps par une autre vraie/fausse candidature autour de la recherche sur le cancer.

 

On ne peut pas condamner la cause qu’entend porter l’ex-footballeur mancunien, celle du logement et du mal-logement. Pas plus qu’on ne peut douter de la sincérité de son « partenaire », la Fondation Abbé-Pierre. Mais je crois malgré tout que leur démarche est au mieux inutile, au pire néfaste.

 

D’abord parce que ce « coup » participe d’une campagne heurtée et chaotique, faite justement de … coups successifs qui empêchent la tenue d’un débat approfondi sur les intentions des différents candidats qui iront réellement jusqu’au bout. Comme le remarquait Daniel Schneidermann au moment de la sortie de la une de Libé, le bruit provoqué par l’engagement du footballeur avait alors plus d’écho que le débat, beaucoup plus fondamental, sur le quotient familial … La figure médiatique finit par étouffer la cause qu’elle porte et par nourrir la machine à buzz, avec des emballements du jour aussi vite produits, aussi vite oubliés. Fait éloquent, Libération titre sur une entrée en « campagne » de Cantona et une quête des « signatures » nécessaires à une candidature, alors que l’on apprend à l’intérieur de l’article que cette candidature n’en est pas une ! La confusion et l’insignifiance s’imposent.

 

Ensuite parce que cette figure de la personnalité de la société civile se construit toujours sur un lit de méfiance envers les politiques – et donc la politique – si ce n’est de poujadisme. Cantona dans Libération : « Nous avons des responsables politiques qui imposent de plus en plus d’interdits […] mais qui eux [les] bafouent tous les jours […] Pendant les campagnes on entend de belles paroles, qui sont par la suite très rarement respectées et appliquées ». Tous pour un, tous pourris, droite et gauche dans le même sac ? N’y a-t-il pas un camp sortant, et des municipalités qui font moins que d’autres en ce domaine ? Cette posture de donneur de leçons finit par effacer les responsabilités et protéger les coupables.

 

Enfin parce que les grandes chartes consensuelles sur lesquelles on somme les candidats de se prononcer – Pacte écologique de Nicolas Hulot hier, « contrat social » évoqué aujourd’hui par Eric Cantona – finissent par aboutir à l’inverse du résultat souhaité. En paralysant le débat présidentiel et en le détournant sur des kermesses solennelles qui mettent plus en avant leur instigateur que le contenu des engagements souhaités. Elles flattent la vieille illusion de l’existence de grandes mesures sur lesquelles toutes les familles politiques pourraient se mettre d’accord. Mais alors, à quoi bon organiser une élection ? Surtout que signer ces chartes, accords et autres pactes permet d’obtenir un brevet de respectabilité à peu de frais dans l’immédiat, et peu engageant pour la suite. Qui se soucie de vérifier la mise en œuvre effective du pacte écologique de Nicolas Hulot, signé en 2007 par Sarkozy ? Personne, et pourquoi d’ailleurs, puisque le « contrat social » version Canto arrive ! Une mode chasse l’autre.

 

Camarade Cantona, ne renie rien de ton militantisme, continue et accélère, même. Je ne serai jamais de ceux qui condamnent l’engagement des « pipoles » en politique (vaudrait-il mieux qu’ils n’aient aucune conscience ?). Mais par pitié, choisis mieux tes combats – et surtout la façon de les mener.

 

Romain Pigenel

Les autres rites de la politique sont répertoriés ici.