Skip to content

Ce que l’UMP et Sarkozy peuvent retenir de Kim Jong-Il

Kim Jong-Il, « Dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée », « soleil du XXIe siècle », guide et lumière du Parti du Travail de Corée, est décédé. C’est une bien triste nouvelle pour les travaillistes du monde entier, et pour les amateurs de coupe en brosse façon Brigitte Nielsen et de blouses minimalistes, dont il était un des plus flamboyants porte-étendards. Les hipsters ne l’oublieront pas. Mais il serait dommage de limiter son héritage à son influence – certes majeure – dans le domaine de la mode.  Kim Jong-Il, c’est peut-être d’abord, et même avant tout, un modèle à analyser et à suivre pour les dirigeants politiques occidentaux.

 

Tous ne sont probablement pas prêts à digérer la profondeur du Juché, la pensée politique nord-coréenne. Il est en revanche probable que l’UMP, déjà liée par une convention à un parti frère du Parti du Travail de Corée – le Parti Communiste Chinois – soit la plus à même de s’ouvrir à l’enseignement du bien-aimé leader président, et d’y convertir le président-candidat Sarkozy.

 

Leçon n°1 – Assumer crânement la succession filiale

 

Nicolas Sarkozy a maladroitement tenté de pousser ses enfants en douce vers les cimes du pouvoir, un coup via la mairie de Neuilly, un coup via l’EPAD. C’était absurde : plus on cache une pratique, plus on la rend visible et suspicieuse. A l’inverse, Kim Jong-Il a su préparer consciencieusement la passation de pouvoir avec son fils Kim Jong-Un, le faisant par exemple Général Quatre Etoiles et l’asseyant avec lui à la tribune de l’équivalent local du défilé du 14 juillet. Résultat : bien loin de crier aujourd’hui à la forfaiture, la presse libre et indépendante locale se félicite de voir le fils succéder au père. « A l’avant-garde de la révolution coréenne se trouve à présent Kim Jong-Un, grand successeur de la cause révolutionnaire du Juché et chef remarquable de notre parti, de notre armée et de notre peuple ».

 

Leçon n°2 – Ne pas se laisser décourager de porter les lunettes qu’on aime

 

Au début de sa présidence, Nicolas Sarkozy savait se faire plaisir et s’habiller à l’américaine, t-shirt NYPD et Ray Ban de playboy. Puis il a reculé devant les critiques des aigris et des jaloux sur le bling bling et son style trop peu présidentiel. C’est dommage : Kim Jong-Il, lui, n’a jamais renoncé à ses lunettes-masques 70′s/80′s Courrèges vintage, et cela ne l’a pourtant pas empêché de rester au sommet de l’Etat pendant 17 ans, soit autant que Chirac et Sarkozy réunis.

 

 

Leçon n°3 – Inciter la population à l’amour du chef

 

Inutile de se voiler la face, Nicolas Sarkozy a un léger problème d’empathie et de sympathie avec la population française – problème réciproque. Son tort est sans doute d’avoir cherché à gagner ou regagner la confiance et l’affection de son peuple, quand la méthode coercitive et l’apprentissage par la répétition fonctionnent incontestablement mieux. Ainsi, Kim Jong-Il a eu la brillante idée de statuer sur un compliment à associer officiellement et systématiquement à son nom : « Cher Leader », « Dirigeant bien-aimé » (chinaehan jidoja). Le résultat est remarquable et se passe de commentaire : il suffit de visionner la réaction de la population à sa mort.

 

Leçon n°4 – Quadriller le terrain

 

Ces derniers mois, on a plus vu Nicolas Sarkozy sur les écrans de télévision ou dans les suites à 34 000 euros des congrès internationaux que dans les fermes et les usines. Du coup, quand il se remet soudainement à arpenter les usines et la France qui se lève tôt, on crie à l’imposture et l’opposition réclame l’intégration de ces dépenses dans les comptes de campagne. Kim Jong-Il, lui, n’aurait jamais prêté le flanc à une telle attaque, puisqu’il passait au contraire sa vie au milieu des vrais Coréens, de la Corée d’en-bas, de la Corée populaire, à les regarder attentivement.

 

Romain Pigenel, bien-aimé blogueur du candidat du Parti du Travail français

Anglophobie – lettre ouverte à François Fillon

Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce,

 

Vous avez, enfin tu as (tu permets qu’on se tutoie entre twittos?) fait preuve de votre amour de l’internationalisme il y a quelques semaines en condamnant vivement la « dérive stupide aux relents germanophobes » que vous perceviez au sein de l’opposition. Le socialiste internationaliste que je suis ne peut qu’applaudir ton souci courageux de mettre l’amitié entre les peuples au-dessus des minuscules péripéties économiques que nous traversons vaguement en ce moment. C’est vrai, que pèsent les atermoiements d’Angela Merkel et son rôle dans la crise européenne, devant la beauté millénaire et charlemagnesque de l’amitié entre la France et l’Allemagne ?

Depuis ton salutaire rappel à l’ordre, je sais que je peux compter sur toi pour siffler la fin de la récréation en pareille situation. D’où ce courrier, pour porter à ton attention quelques faits qui me scandalisent et que tu as peut-être vu passer sur Twitter, toi qui surveilles tout ce qui s’y passe.

 

Donc le truc, c’est qu’il y a une dérive stupide aux relents anglophobes qui est en train de monter crescendo. Je suis très inquiet.

 

Ça a commencé avec un bonhomme nerveux dont j’ai oublié le nom (on le voit souvent à la télévision venir expliquer que la crise est sous contrôle, il a un nom en -y, Balkozy, Sarkany, je ne sais plus) qui a vraiment mal parlé au Premier ministre britannique : « Tu as perdu une bonne occasion de la fermer ! On est fatigués de tes critiques et de tes conseils. ». Même qu’il ne s’est pas arrêté là et qu’il lui a remis la semaine dernière un sacré vent, une Brice de Nice, un « parle à ma main » ! Non mais tu te rends compte François, qu’est-ce qu’on va dire à Londres ? Parce qu’en plus je crois que ce Salkozy, Barkany, je ne sais plus, a vraiment une fonction importante, qu’il nous représente plus ou moins à l’étranger.

S’il n’y avait eu que ça, je ne me serais pas permis de te déranger. Mais il y a eu des suites. Déjà le gouverneur de la Banque de France, un certain Christian Noyer. C’est pas toi qui l’as nommé, dès fois ? Parce qu’il a encore remis un bonne louche d’huile sur le feu, jeudi, en expliquant officiellement que c’était la Grande-Bretagne et non pas la France qu’il fallait que les agences de notation dégradent. « En outre, la dégradation [de la France] ne me paraît pas justifiée au regard des fondamentaux économiques. Ou alors, il faudrait qu’elles commencent par dégrader le Royaume-Uni qui a plus de déficits, autant de dettes, plus d’inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s’effondre ». Tu te rends compte ? Quand on sait comme « les marchés » sont sensibles aux prises de parole officielles, à la confiance, tout ça ?

 

Et ce n’est pas fini ! Pas plus tard que vendredi, j’ai entendu encore pire à la radio. Tu sais ce jeune type qui était porte-parole de Chirac, le maire de Troyes, François Baroin ! J’ai cru comprendre qu’il s’occupe maintenant de nos finances mais ça m’étonnerait, il n’a pas l’air d’y entendre grand chose. Bref. Toujours est-il qu’il a eu le toupet de dire ça : « On n’a pas de leçons à donner, mais on n’a pas de leçons à recevoir. On en a reçu quelques-unes, mais c’est vrai que la situation économique de la Grande-Bretagne, elle est aujourd’hui très préoccupante, et qu’on préfère être français que britannique en ce moment ».

 

Vraiment je ne comprends pas cet acharnement contre nos voisins d’outre-Manche. Est-ce que tu pourrais officiellement rappeler à l’ordre ces personnes ? Leur dire publiquement que leur comportement est « irresponsable », qu’il est « indécent de jouer sur des formes du sentiment national qui appartiennent au passé », qu’il est « dangereux d’instrumentaliser le patriotisme pour caricaturer et pour blesser nos partenaires », comme tu as su le dire à Montebourg et Le Guen ? Et appeler Jean-François Copé à avoir « la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis », comme tu l’as demandé à François Hollande ?

Je compte sur toi.

 

Je te prie d’accepter, Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce, mes respectueuses salutations.

 

@Romain_Pigenel

Citoyens, gAAArdez votre cAAAlme

Citoyen, citoyenne,

 

Contrairement à ce que vous pouvez penser, l’heure n’est pas grAAAve.

 

Dans les prochains jours, les prochaines heures, les agences de notation vont retirer son triple A à la France. Et alors ? C’est une peccadille, un je-ne-sais-quoi, un petit rien, un moustique qui heurte votre pare-brise – et encore ! Guère plus. A peine davantage. Tenez, c’est comme si tout d’un coup on décidait de me retirer mon A et de m’appeler Romin. Je n’en ferais pas une jaunisse.

 

Alors effectivement, il y a eu des propos qui peuvent, rétrospectivement, vous inquiéter, maintenant que la rétrogradation de la France en deuxième division mondiale se profile.

 

Ceux de Franck Louvrier, conseiller à l’Elysée, par exemple. « Avec les socialistes, on aurait perdu notre note AAA ».

 

Ceux de François Baroin, peut-être aussi. « Tout est mis en œuvre pour conserver cette notation qui est l’une des meilleures au monde et qui fait de la France de la France une valeur refuge […] Nous répondrons présent et nous serons même en avance sur les temps de passage des objectifs de réductions de déficits. C’est intangible il n’y a pas d’inquiétude.  […] Ce que je peux dire c’est que quelle que soit la situation d’évolution des marchés […] nous serons là pour conserver notre triple A. »

 

Valérie Pécresse, certes. « Le triple A nous faisons tout pour le conserver […] Le triple A c’est ce qui fait que nous pouvons nous endetter à très faible taux d’intérêt »

 

Nicolas Sarkozy, également. « Comme nous avons le triple A, c’est-à-dire que nous sommes considérés comme un pays bien géré, nous pouvons emprunter à 3 %. […] Quel est le taux d’intérêt des Italiens ? 6. Quel est le taux d’intérêt des Espagnols ? 5,5 ». Un peu plus tôt : « Si nous perdons le triple A, je suis mort. »

 

Bruno Le Maire peut aussi vous perturber. « Dans cette guerre-là, il faut choisir son camp et il faut tout faire pour sauver effectivement le triple A de la France. »

 

Peut-être avez-vous enfin un nœud à l’estomac en vous remémorant François Fillon. « Le triple A de la France, c’est le résultat du travail des Français et des efforts que nous avons engagés ». « Le gouvernement fait tout pour conserver son triple A ».

 

Oui, oui, oui. Je comprends que ces propos puissent, aujourd’hui, vous crisper, vous faire douter, vous donner quelques sueurs froides. A tort ! Car en fait, tout va bien. Nous le savons avec certitude depuis cette semaine.

 

Il suffit de lire notre président, soudainement remis de ses émotions : la perte du triple A, « ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable ». « Ce ne serait pas non plus un cataclysme », confirme Alain Juppé : « Les Etats-Unis, qui ont perdu leur triple A, continuent d’emprunter sur les marchés à de bonnes conditions ». Ben alors ! Et si vous êtes encore un peu méfiant, laissez donc le flegme retrouvé de notre Premier ministre vous pénétrer : « Les marchés et les agences de notation ont leur logique. Ils sont dans l’immédiat, dans l’instantané. Mais ce qui importe, ce n’est pas leur jugement d’un jour, c’est la trajectoire politiquement structurée et budgétairement rigoureuse que l’Europe, que la France ont décidé d’adopter ». Et toc. Vous pouvez  dormir tranquille, sur vos deux oreilles.

 

Pardon, vous avez quelque chose à ajouter ? Comment ça, ces paroles apaisantes ne seraient pas crédibles, parce que leurs auteurs disaient exactement l’inverse il y a encore une semaine ? Je vais vous dire, citoyen, citoyenne : c’est à cause de mauvais Français dans votre genre, plus prompts à chicaner qu’à contribuer à l’unité nationale, que notre pays va si mal. Ne vous étonnez pas après qu’on perde notre AAA ! Enfin, qu’on le perde sans que cela ait d’importance – bien sûr.

 

Romain Pigenel

REVELATION – Le web-poubelle défendu jusqu’au sommet de l’Etat

Faut-il abandonner nos illusions ?

 

Faut-il donc chaque jour découvrir, horrifié, que l’Etat de non-droit a progressé un peu plus, jusque dans les hautes sphères du pouvoir ?

 

Faut-il se résoudre à voir sombrer Internet dans l’anarchie, le désordre, le chaos ?

 

Hélas ! Un grand vent d’espérance s’était levé, il faut s’en souvenir, quand notre bien-aimé président Sarkozy avait proclamé l’avènement de l’Internet civilisé, de la justice, des bonnes manières, des créateurs rémunérés et de l’honnêteté sur les réseaux. « Nous allons mettre sur la table une question centrale, celle de l’internet civilisé, je ne dis pas de l’internet régulé, je dis de l’internet civilisé ».

 

C’est ce vent d’espérance que nous avons encore senti souffler, quand quelques courageux élus UMP ont osé, brisant l’omerta et la démagogie ambiante, s’attaquer à ce fléau qu’est l’anonymat sur Internet. L’anonymat qui permet à d’horribles trolls, indignés et autres adeptes de MEUPORG de diffamer en toute tranquillité, mettant en danger les fondements les plus sacrés de notre démocratie. Citons pour mémoire et pour leur rendre hommage le sénateur Masson, qui voulait obliger les blogueurs à mettre à disposition du public « leurs nom, prénoms, domicile et numéro de téléphone » ; le député Wojciechowski, qui constatait fort justement que « L’évolution constante des réseaux proposés sur le web incite les internautes à communiquer de plus en plus ouvertement sur des sites de discussion. Le couvert d’un certain anonymat laisse s’installer un régime de liberté de parole qui va à l’encontre du droit et occasionne quelques fois des écrits qui peuvent être considérés comme diffamatoires ». Et comment ne pas rappeler également la condamnation par le député Jean-Louis Christ de l’anonymat dans les cybercafés, qui, quand on cherche à identifier l’auteur d’une infraction, « peut faire échec à cette identification et rendre la tâche des enquêteurs très complexe » ?

 

 

Force est de constater que tous ces efforts méritoires d’élus UMP pour créer « l’Internet civilisé » présidentiel ont échoué. Et depuis quelques jours, on sait pourquoi : l’ennemi était déjà à l’intérieur de la majorité.

 

François Fillon qui espionne sous pseudonyme ses ministres sur Twitter, avant d’être démasqué par un honnête citoyen. Qui sait s’il n’aurait pas commencé à diffamer comme un vulgaire blogueur, si sa couverture était restée intacte ?

 

Isabelle Balkany, marraine de qui vous savez, qui trolle sur les forums de Libération non pas sous une, mais sous plusieurs fausses identités ! « [Isabelle Balkany] a activement commenté les échanges sur le site Internet de Libération. Inscrite sous plusieurs pseudonymes, elle a démonté avec les autres internautes chiffres et arguments avancés par les candidats PS ».

 

Deux horribles internautes anonymes pris la main dans le sac, mais combien d’impunis ? Qui sait si Eric Woerth n’envoie pas des mails de menaces à des journalistes depuis l’adresse bettencourtoujours@gmail.com ? Si Copé ne répand pas d’infâmes rumeurs depuis le compte Twitter @karachiboy77 ?

 

Et dans quel bureau de l’Elysée télécharge-t-on illégalement des documents aussi essentiels pour la présidence que le torrent du Casse de Central Park avec Ben Stiller, comme nous l’apprenons aujourd’hui ?

 

Président Sarkozy, méfie-toi ! Tes ennemis sont à tes portes, toute la machine UMP est noyautée par les adversaires de ton Internet civilisé – pirates sans scrupules et défenseurs de l’Internet-poubelle sous anonymat. Pour faire le ménage je n’ai qu’une solution à te conseiller : perdre les prochaines élections.

 

Romain Pigenel

Ça commence à bien faire, Rachida.

Je voudrais pas dire, Rachida, mais tu commences à nous les briser menues, tu sais.

Au début tu nous faisais bien marrer, on était même un peu fier de pouvoir te montrer, toi la beurette faite ministre par Sarkozy, ce que même la gauche n’avait jamais fait, comme on le disait à l’époque. C’était sympa, la belle histoire, partie de rien, arrivée tout en haut, la rencontre entre l’intégration à la française et le rêve américain, tout ça.

 

T’avoueras qu’on a été sympa avec toi : on t’a tout donné, la notoriété, une mairie à Paris en plein Bourge-land, un siège et une pension au parlement – non pas le vrai, celui de Strasbourg, mais bon ! Franchement, tu diras pas que t’es pas vernie.

 

Et il faut qu’à chaque fois tu gâches tout. Sérieux, regarde-moi ça : t’as énervé les juges, ton propre cabinet, t’as rien glandé à Bruxelles, et en plus tu t’en vantais. T’as mis le paquet, ma grande. Faut dire que t’as vite commencé à nous taper sévèrement sur le système, avec tes grands airs, tes fringues de couturier, ta petite moue. Non mais regardez-moi la, la Rachida, elle sait même plus d’où elle vient ! On te demande pas de porter le voile, hein, mais tu pourrais avoir un peu de retenue, une Arabe à la Justice, quand même, une fille des cités ! Tu pourrais faire semblant d’être reconnaissante, de calmer ta joie, de laisser l’intégration se faire, quoi. Mais non, Madame Dati pose comme une star, elle se sent plus, elle fait sa Lady Di ! Je vais te dire ton problème : tu t’es prise pour une blanche. Enfin je te dis ça respectueusement hein, je suis pas raciste moi, tu me connais.

 

Donc la Rachida elle se sent plus, elle se voit en haut de l’affiche. Et v’la-ty pas qu’elle s’imagine députée de Paris, maintenant. Non mais j’vous jure, pas Sarcelles, pas Trappes, pas Grigny, pas un bouclard à basanés quoi, mais la Ville Lumière carrément ! Et même qu’elle ose mal parler au Premier Ministre en personne, pas un baltringue tu vois, le genre de mec à donner à son compte Twitter le nom de son manoir ! Mais pour qui elle se prend la boniche !

 

Bon, y en a qui ont essayé de la ramener à la raison, comme le Professeur (s’il vous plait) Debré. Rachida, j’espère que tu as bien lu sa lettre (ils t’ont appris à lire dans ton HLM au moins ?). Tu ne peux pas « parler sur ce ton au Premier ministre, qui fut ton Premier ministre ». Compris ? « Tu as été nommée Garde des Sceaux, Ministre de la Justice : quelle promotion formidable, certainement due à tes capacités, je n’en doute pas ! ». Mouarf, j’espère que t’as saisis l’allusion, hein. « Essaie de conserver un minimum de gratitude. » OK ? Respecte le chef blanc aux gros sourcils, ton maître !

 

Regarde, on est gentil malgré tout, on a demandé à la Nadine Morano de te trouver un dégagement sympa. « Madame Dati est originaire de Chalon-sur-Saône et les membres de l’UMP de Saône-et-Loire ont effectivement exprimé le souhait de voir Madame Dati venir se présenter aux législatives là où elle est née ». Le retour au bled, c’est pas sympa comme tout, dis-moi ? « Les élus de Saône-et-Loire l’attendent et l’accueilleront à bras ouverts ». La Nadine, on avait un peu l’impression qu’elle se démontait la mâchoire pour dire ça avec un air aimable et souriant, mais c’est l’intention qui compte, comme on dit. Faut rentrer dans le rang, ma cocotte, retour à la case départ. Le Figaro a même lancé un sondage pour te foutre à la porte. Si c’est pas un signe, ça …

 

Écoute, je suis pas raciste, hein : nous, à droite, on les aime bien, les Arabes, la « diversité » ! Mais quand ils restent à leur place. A leur place.

 

Romain Pigenel

Presse de gauche, tu m’emmerdes

Le texte qui va suivre – j’en suis bien désolé – va s’éloigner des rivages de la rigueur scientifique, ou même journalistique, de ceux de l’objectivité, de l’impartialité, du jugement égal et équitable sur les choses.

 

Toi qui entres ici, oublie chiffres, statistiques, recensements, méthode expérimentale. Tu auras été prévenu : je vais faire parler le ressenti, l’impression (sur le vif), l’impulsion, la subjectivité dans toute sa splendide obscénité.

 

Postulons donc, à l’emporte-pièce, qu’il existe quelque chose que l’on peut appeler presse de gauche et dont, dans leurs styles respectifs, Libération et Mediapart sont de dignes chefs de file. Postulons aussi qu’il existe réciproquement quelque chose comme une presse de droite, qui a pour fleurons Le Figaro ou Valeurs Actuelles.

 

Ajoutons à cet échafaudage théorique aventureux une ultime hypothèse : la presse de droite chercher à faire gagner la droite et perdre la gauche, la presse de gauche cherche à faire gagner la gauche et perdre la droite. Normalement.

 

Prenons alors l’article de Mediapart consacré à la position sur la réforme des retraites de François Hollande, et aux accusations de flou qui l’entourent (accusations que poussent la droite). Son titre : « François Hollande enterre la retraite à 60 ans ». Le pitch : « Une petite « bombe » qui risque de faire beaucoup de bruit à gauche : en quelques mots, il a en effet tout bonnement enterré la retraite à 60 ans, qui faisait pourtant partie des engagements contenus dans le projet du Parti socialiste pour 2012 ». L’analyse : « C’est donc un véritable bouleversement de la position officielle du Parti socialiste qu’engage François Hollande ». Le jugement : François Hollande s’aligne « sur la position du gouvernement et de Nicolas Sarkozy ». Le coup de pied de l’âne : « Ne prenant aucune distance avec les règles de la monarchie républicaine, et les coups de force qu’elles autorisent ».

 

On comparera ce traitement affectueux avec celui réservé au candidat socialiste par François Fillon : « François Hollande a menti ».

 

Et je vous épargnerai la lecture du papier de Libération sobrement intitulé, avec l’humour (fin) habituel du quotidien : « Hollande bat en retraite ». Article qui s’ingénie à rechercher une vidéo d’archive pour prouver une modification de la position du candidat.

 

Voilà pour la presse de gauche, ou du moins ses représentants les plus symboliques. Je te pose alors, lecteur, lectrice, une question simple. Penses-tu que dans une situation comparable, le Figaro mettrait autant d’énergie à démonter, harceler, acculer Nicolas Sarkozy ou François Fillon ? Comme ça, spontanément, sans te lancer dans des recherches approfondies, que répondrais-tu ?

A supposer que tu répondes – comme moi – par la négative, tu vas peut-être me rétorquer immédiatement : oui mais justement, c’est l’honneur de la presse de gauche, d’être une vraie presse, impartiale, d’autant plus objective qu’elle est dure avec son camp, d’autant plus de son camp qu’elle est exigeante avec lui. Une presse libre car de gauche, de gauche car libre.

 

Et comme le dirait le grand Plenel, le soin qu’elle prend à penser contre elle-même fait toute sa grandeur, justement.

 

Et puis quoi, ce n’est pas parce qu’elle s’appelle presse de gauche qu’elle veut faire gagner la gauche, hein ? Elle est juste vraiment de gauche. Elle n’est pas aux ordres : elle défend des convictions. Elle, elle, elle, elle protège la gauche politique d’elle-même, elle est sa conscience.

 

Presse de gauche : tu m’emmerdes.

 

Romain Pigenel

Ecologie du candidat à la présidentielle

C’est un phénomène cyclique, observé avec une belle constance. Après quelques années d’hibernation, homo candidatus donne des signes d’activité allant crescendo, jusqu’au réveil en tant que tel. Pendant longtemps, le cycle durait 7 ans, mais on constate depuis peu une accélération et une réduction de la période d’hibernation à 5 ans, effet sans doute du réchauffement climatique.

Une région où homo candidatus est très présent

Homo candidatus est un mammifère de taille moyenne, à poils gris ou blancs, majoritairement mâle (la faible proportion de femelles reste un mystère non élucidé : certains ont émis l’hypothèse qu’elles sont éliminées au stade larvaire par les individus mâles, avant d’arriver à maturation), majoritairement bipède même si l’usage d’une canne ou d’un fauteuil roulant n’est pas sans exemples. Entre deux phases d’activité, on remarque des attitudes variables, oscillant entre le repli dans son terrier (fréquent chez l’homo candidatus bayroutus) et des phases de parade dite médiatique. Mais c’est incontestablement en fin de cycle de 5 ans – en phase dite électorale – que les parades deviennent plus fréquentes, jusqu’à constituer le comportement quotidien de l’animal.

 

Ces parades électorales sont le prélude à l’affrontement avec les autres représentants d’homo candidatus, dans des joutes violentes où il s’agit d’impressionner ses adversaires mais aussi de s’imposer comme animal dominant de l’écosystème. La phase électorale comprend quelques séquences immuables. D’abord la déclaration, durant laquelle il s’adresse solennellement à la faune environnante, par une série de barrissements dignes et majestueux. Ensuite, la collecte des signatures, où homo candidatus va faire le tour des autres animaux pour qu’ils lui laissent une marque odorante d’approbation. Si l’odeur n’est pas assez forte, homo candidatus sera contraint, sous la pression collective, à rejoindre son terrier. Parallèlement, homo candidatus essaie de pousser à l’abandon ses congénères, en alternant feulements complices et grognements agressifs. Il bénéficie pour cela de l’aide d’un mammifère de plus petite taille, homo homonculus sicarius (ou porte-flingue en langue vulgaire), qui l’accompagne toujours en une petite meute bruyante, permettant de signifier aux autres animaux le statut et l’importance d’homo candidatus.

Spécimen femelle d'homo homonculus sicarius

Le rôle d’homo homonculus sicarius est simple : effrayer, par ses piaillements aigus et ses coups de becs répétés, les ennemis d’homo candidatus, et permettre une première sélection naturelle. En effet, certains spécimens d’homo candidatus (homo candidatus morinus, dits spécimen avorté) n’envisagent jamais vraiment d’aller jusqu’au bout de la phase électorale. Leur agitation est une façon d’attirer l’attention des spécimens plus forts (homo candidatus rex), pour pouvoir – peut-être – avoir le droit, ultérieurement, de servir dans sa meute en tant qu’homo sicarius magnus (ou « ministrable » en langue familière).

Deux spécimens d'homo candidatus rex se montrent les crocs

Parfois, l’explication est encore plus crue, à tous les sens du terme. Homo candidatus rex peut dans certains cas avoir des pulsions cannibales, et s’acharner à dévorer ses congénères plus petits, ou qui lui ont témoigné de l’hostilité. Ce processus appelé villepinisation conduit la malheureuse victime, pour se défendre, à simuler la même force qu’homo candidatus rex, en se lançant dans une parade d’intimidation durant laquelle elle hérisse son poil et rugit de toutes ses forces. Cette parade ne vise pas vraiment à engager la phase électorale, mais à signifier au candidat prédateur qu’il perdra inutilement des forces et du temps s’il persiste à vouloir cannibaliser son petit congénère. La plupart des animaux ne sont pas dupes de la manœuvre, mais elle suffit en général à sauver la mise de celui qui la met en œuvre.

Préparation à la parade d'intimidation

Quelques éthologues ont cru bon de rapprocher cet instinct de survie de la pratique humaine du chantage : ce ne sont là que balivernes psychologisantes, que l’amateur sérieux d’observation animalière balaiera sans tarder de son esprit.

 

Romain Pigenel

Agence d’idées (6) : faire baisser le nombre de candidats à droite

Boutin, Morin, Dupont-Aignan, et maintenant Villepin : les candidatures s’amoncellent à droite, alors que le FN s’installe. L’heure n’est plus à la diplomatie et aux paroles : il faut déblayer la route de Nicolas Sarkozy vers le deuxième tour de l’élection présidentielle, par tous les moyens, légaux et illégaux. Cela ne va pas être facile : les candidat(e)s en lice sont du genre coriace, et n’ont même plus d’amis à retourner contre eux, comme le montre l’équipe de campagne d’Hervé Morin.

 

Le think tank Variae a donc réuni son groupe de travail « Opérations spéciales », pour plancher sur des méthodes simples et efficaces pour faire rapidement baisser le nombre de candidats à droite.

La méthode Clearstream

Il suffit d’envoyer à un juge un listing bancaire accompagné d’une lettre explicative. « Je vous écris pour vous informer de l’existence d’un groupe mafieux comprenant au moins deux personnes auxquelles vous vous intéressez et qui commencent à étendre en France des méthodes de corruption et de prédation ». Ces voyous ont établi chez Clearstream des comptes pour des personnalités françaises, au nom habilement maquillé dans les registres bancaires : Herbert Morue, Christiane Bourrin, Dominique Galouzal de Bellepine et Nick Delaroute-Feignant. Après quelques minutieuses recherches, il s’avère que ces comptes au Luxembourg servent à financer les campagnes de ces mécréants, et à placer à la tête de la France un pantin aux mains du « groupe mafieux ». N.B. : on prendra soin au préalable d’éliminer tout croc de boucher ou instrument équivalent dans l’environnement des candidats ciblés.

 

La méthode Happy Days

Dans les années 50, quelques brillants cerveaux se mirent en branle (si j’ose dire) à la CIA pour concevoir un plan d’affaiblissement du président indonésien Soekarno. Une idée géni(t)ale leur vint à l’esprit : tourner un film porno, nommé « Happy Days », avec un sosie de Soekarno, pour le diffuser à la population et abîmer l’image du président. Aujourd’hui, les canaux de diffusion vidéo se sont démultipliés et augmentent d’autant les possibilités pour un tel plan : Dominique de Villepin déclamant nu du Lamartine sur chatroulette, Christine Boutin pratiquant des exercices obscènes avec un crucifix au cours d’une twitcam, Hervé Morin avec un cheval et … non rien, laissez tomber. Un compte Twitter anonyme, par exemple @fdebeauce, sera utilisé pour diffuser les vidéos compromettantes. La seule difficulté sera de trouver des sosies convaincants des candidats ; à défaut, on se servira dans le marché plus large des imitateurs de stars du showbiz : un sosie d’Herbert Léonard un peu maquillé pourra faire l’affaire pour le créateur du CPE, par exemple.

 

La méthode hôtelière

Depuis les mésaventures de DSK au Sofitel et au Carlton, on sait que les chambres d’hôtel ne réussissent pas aux candidats. Et si la malédiction se poursuivait ? Le piège doit s’organiser dans un hôtel que peut s’offrir un candidat sans ressources : on travaillera donc moins sur le Normandy de Deauville que sur le Campanile de Vierzon et son fameux « grand petit déjeuner ». « Le secret de notre petit déjeuner c’est avant tout la qualité et la variété de nos produits : Jus de fruits Tropicana 100% pur jus, fruits frais de saison, céréales, viennoiseries pur beurre, crêpes, charcuterie, fromage. ». Alors que le candidat sort de sa douche, un(e) employé(e) entre dans sa chambre pour lui apporter son « grand petit déjeuner », cadeau de la maison. Pendant que le candidat quitte précipitamment l’hôtel pour gagner la gare TER de Vierzon-centre, l’employé(e) en larmes se réfugie chez le gérant de l’hôtel, lui expliquant qu’il lui a extorqué de force les « viennoiseries pur beurre » et les « fruits frais de saison » alors qu’il (elle) les apportait dans une autre chambre. Il n’y a plus qu’à prévenir le VPD (Vierzon Police Department) pour procéder à l’interpellation à bord du TER.

 

La méthode du car de supporters

Il s’agit de rassembler tous les candidats au même endroit pour les éliminer physiquement d’un seul coup. Est requise la collaboration de Jean-Louis Borloo, à qui on demandera d’organiser une université d’hiver de l’Alliance des Centres sous un prétexte quelconque (donner du sens aux centres).  Il n’y a plus qu’à placer une bombe sous la tribune au moment de la photo-souvenir. On prendra bien soin de laisser traîner des stickers MoDem pour signer le crime.

 

Romain Pigenel

 

D’autres conseils très pratiques de l’agence Variae sont à trouver ici.

Nicolas Sarkozy réinvente la démocratie participative

On la croyait disparue. On la croyait enterrée, ringardisée, so 2007. Archivée au Musée des modes politiques. Laissée de côté, même, par Ségolène Royal.

 

Elle : la démocratie participative. Cette « forme de partage et d’exercice du pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique ». Les débats avec les chaises en rond, les programmes présidentiels qu’on construit à plusieurs. Fini.

 

Et pourtant : le fossé n’a jamais été aussi grand entre les responsables politiques et les citoyens. La crise économique, aux yeux des seconds, retire tout pouvoir aux premiers. Le débat de la présidentielle se perd en inutiles polémiques. François Fillon se cache sur Twitter. Christian Morin se présente à la présidentielle, délaissant la clarinette. C’est, si vous me permettez l’expression, le grand bordel.

 

Alors le président Sarkozy, dans sa grande sagesse, s’est dit qu’il fallait faire quelque chose pour renouer le fil ténu, aujourd’hui rompu, entre les citoyens et ceux qui décident pour eux. Remettre du participatif dans la démocratie, du lien entre la France d’en-bas et celle d’en-haut. Il a donc inventé le financement participatif de campagne.

 

Quésako ? Il s’agit, dans un esprit qui n’est pas sans rappeler celui de son mentor Édouard Balladur (qui avait financé sa campagne présidentielle par des ventes de badges et de t-shirts), de permettre à chaque Français de contribuer, à la mesure de ses moyens, au déploiement du projet politique de Nicolas Sarkozy pour 2012-2017. Et comme le président-candidat sait bien que les honnêtes citoyens n’ont pas toujours le temps, ou l’envie, de battre la pavé ou de passer leur soirées dans de pénibles réunions politiques, il a conçu un système révolutionnaire de prélèvement à la source sur le revenu. C’est très simple : l’Élysée organise une à deux fois par semaine des déplacements de campagne (un jour sur le nucléaire, l’autre jour sur la crise économique) auxquels vous contribuez automatiquement via votre impôt. C’est rapide et peu intrusif. Par exemple, le très beau meeting de Toulon a coûté, selon les estimations, un peu plus de 300 000 euros, ce qui peut vous sembler beaucoup du haut (enfin, du bas) de votre SMIC ; mais ramené aux 36 millions de foyers fiscaux en France, cela ne vous aura coûté à vous, en vérité, qu’un peu moins d’un centime. Autant dire que vous avez rendu possible le combat de Nicolas Sarkozy pour sa réélection presque sans vous en rendre compte, et sans avoir à signer tout un fatras de papiers pour faire un don, ou à coller des affiches électorales. C’est vraiment un système très perfectionné.

 

Et puis surtout, vous voyez concrètement à quoi sert votre engagement. Avec la démocratie participative ancienne manière, les idées que vous faisiez remonter avaient un parcours incertain ; peut-être même finissaient-elles à la corbeille. Avec le financement participatif de campagne, au contraire, votre investissement (si j’ose dire) se matérialise sous vos yeux ébahis. Par exemple, le très beau site Internet de l’Élysée, géré par la cellule Internet de la présidence de la République pour un demi million d’euros publics par an, sert de « porte-avion » pour le profil Facebook de Nicolas Sarkozy, permettant ainsi de le « gonfler » en amis en prévision de l’élection présidentielle. On ne s’y prend jamais trop tôt. De manière générale, un tableau de bord plaisamment intitulé « Sarkobingo » a été mis en place pour mesurer l’ampleur de la participation citoyenne.

 

Indolore, invisible, le financement participatif de campagne met chaque Français non pas à six, mais à seulement un degré de séparation du président-candidat. Jamais vous n’aurez tutoyé de si près le pouvoir. Merci qui ? Merci Nicolas !

 

Romain Pigenel

Vote des étrangers et naturalisation : vente flash à l’UMP !

La nouvelle majorité de gauche au Sénat a décidé de marquer son arrivée en s’attaquant au dossier, ancien et symbolique pour notre famille politique, du droit de vote (et d’éligibilité) des étrangers hors Union Européenne aux élections locales. Cette proposition étant également présente dans l’accord électoral porté par le PS et Europe Écologie Les Verts, la droite s’en est saisie pour ouvrir une polémique dure avec l’opposition, au prix d’un certain nombre de sottises et d’approximations.

 

Si on met de côté ce qui relève de la tactique électorale à quelques mois de deux scrutins nationaux majeurs – les accusations de xénophobie d’une part, de trahison envers la Nation d’autre part – les conceptions qui s’opposent sont les suivantes. D’un côté, la gauche se place sous le signe du pragmatisme, en pointant le fait qu’il est absurde d’écarter de la vie civique des étrangers absolument intégrés dans la vie quotidienne de notre pays, et plus encore de leur terroir local d’adoption. Une association accrue à la vie civique serait même un facteur d’intégration et donc de plus forte association à la nation. D’un autre côté, la droite se revendique de la logique républicaine et explique qu’il n’y a pas de raison de dissocier droit de vote et citoyenneté à part entière – que cette dernière ne « s’achète pas » en payant des impôts.

 

A titre personnel, je n’ai pas d’avis tranché sur la question et j’estime que les deux positions sont entendables, si on les nettoie, encore une fois, de leurs oripeaux polémiques. Mais il y a les principes – et il y a les faits. Et c’est sur ce dernier point que l’actuel positionnement de l’UMP ne tient pas.

 

Que disent les chefs de file de la droite ? Que si les étrangers veulent voter, ils n’ont qu’à se faire naturaliser. Nicolas Sarkozy : « Si une personnalité de nationalité étrangère qui réside dans notre pays, qui respecte nos lois et nos valeurs, veut participer aux choix politiques de notre nation, alors […] une voie lui est ouverte, cette voie c’est l’accès à la nationalité française […] Il n’y a, me semble-t-il, rien de choquant, rien d’anormal à ce que les électeurs et à ce que les élus des territoires de France soient Français ». Claude Guéant : « Si une personne étrangère souhaite voter et s’impliquer dans la vie de la cité, elle peut demander sa naturalisation. On ne peut découper la citoyenneté en tranches. ».

 

Guéant et Sarkozy partagent le même raisonnement : vous voulez voter, très bien, demandez votre naturalisation, ce sera encore mieux ! Comme si cette opération était aussi envisageable que le simple droit de vote façon PS, comme si elle était aussi simple ; bref, une option autre, mais équivalente et plus cohérente.

 

Venons-en aux faits. Sous Nicolas Sarkozy, la procédure de naturalisation a été régulièrement rendue plus malaisée. Il y eut d’abord la réforme Besson de 2009, décentralisant la gestion des naturalisations au niveau des préfectures, générant de fait un grand risque d’arbitraire et de localisme (comme l’expliquait alors Patrick Weil) tant les attitudes, et même tout simplement les chiffres varient d’une préfecture à l’autre. Plus récemment, en octobre dernier, Claude Guéant a annoncé le durcissement des exigences en matière de connaissance de la culture et de la langue française. On peut discuter du bien-fondé de ces décisions, mais une chose est claire : elles vont dans le sens d’un malthusianisme, et non d’une ouverture ou même d’un maintien, des naturalisations.

 

La position de la droite sur le vote des étrangers est donc malhonnête. Elle confond à dessein deux problèmes : celui, philosophique et constitutionnel, du droit de vote, et celui de l’attitude concrète face aux étrangers. La gauche défend le droit de vote des étrangers et une ouverture à leur égard. La droite combat le droit de vote des étrangers tout en laissant penser qu’elle partage l’ouverture de la gauche à leur égard – ce que démentent quatre années de sarkozysme. Comment peut-on présenter la naturalisation comme une alternative au droit de vote, quand le nombre de personnes concernées par l’une et l’autre options n’est pas comparable ?

 

Nicolas Sarkozy et Claude Guéant me font penser à deux patrons de centre commercial en concurrence avec l’hypermarché PS. Ils déclarent : « Le PS vous propose un baril de lessive, et nous pour le même prix, on vous en offre deux, profitez de notre vente flash ! ». Peut-être, déjà, n’avez-vous besoin que d’un paquet (le vote sans la naturalisation). Mais surtout, quand vous arrivez au centre commercial UMP, vous découvrez qu’il y a une rupture de stock sur la vente flash : il n’y a plus de lots de deux barils, et pas de baril simple non plus. C’est ballot.

 

Je me suis toujours méfié des promos de bout de gondole ; merci à la droite, sur ce débat, de me conforter dans mon intuition.

 

Romain Pigenel