Kim Jong-Il, « Dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée », « soleil du XXIe siècle », guide et lumière du Parti du Travail de Corée, est décédé. C’est une bien triste nouvelle pour les travaillistes du monde entier, et pour les amateurs de coupe en brosse façon Brigitte Nielsen et de blouses minimalistes, dont il était un des plus flamboyants porte-étendards. Les hipsters ne l’oublieront pas. Mais il serait dommage de limiter son héritage à son influence – certes majeure – dans le domaine de la mode. Kim Jong-Il, c’est peut-être d’abord, et même avant tout, un modèle à analyser et à suivre pour les dirigeants politiques occidentaux.
Tous ne sont probablement pas prêts à digérer la profondeur du Juché, la pensée politique nord-coréenne. Il est en revanche probable que l’UMP, déjà liée par une convention à un parti frère du Parti du Travail de Corée – le Parti Communiste Chinois – soit la plus à même de s’ouvrir à l’enseignement du bien-aimé leader président, et d’y convertir le président-candidat Sarkozy.
Leçon n°1 – Assumer crânement la succession filiale
Nicolas Sarkozy a maladroitement tenté de pousser ses enfants en douce vers les cimes du pouvoir, un coup via la mairie de Neuilly, un coup via l’EPAD. C’était absurde : plus on cache une pratique, plus on la rend visible et suspicieuse. A l’inverse, Kim Jong-Il a su préparer consciencieusement la passation de pouvoir avec son fils Kim Jong-Un, le faisant par exemple Général Quatre Etoiles et l’asseyant avec lui à la tribune de l’équivalent local du défilé du 14 juillet. Résultat : bien loin de crier aujourd’hui à la forfaiture, la presse libre et indépendante locale se félicite de voir le fils succéder au père. « A l’avant-garde de la révolution coréenne se trouve à présent Kim Jong-Un, grand successeur de la cause révolutionnaire du Juché et chef remarquable de notre parti, de notre armée et de notre peuple ».
Leçon n°2 – Ne pas se laisser décourager de porter les lunettes qu’on aime
Au début de sa présidence, Nicolas Sarkozy savait se faire plaisir et s’habiller à l’américaine, t-shirt NYPD et Ray Ban de playboy. Puis il a reculé devant les critiques des aigris et des jaloux sur le bling bling et son style trop peu présidentiel. C’est dommage : Kim Jong-Il, lui, n’a jamais renoncé à ses lunettes-masques 70′s/80′s Courrèges vintage, et cela ne l’a pourtant pas empêché de rester au sommet de l’Etat pendant 17 ans, soit autant que Chirac et Sarkozy réunis.


Leçon n°3 – Inciter la population à l’amour du chef
Inutile de se voiler la face, Nicolas Sarkozy a un léger problème d’empathie et de sympathie avec la population française – problème réciproque. Son tort est sans doute d’avoir cherché à gagner ou regagner la confiance et l’affection de son peuple, quand la méthode coercitive et l’apprentissage par la répétition fonctionnent incontestablement mieux. Ainsi, Kim Jong-Il a eu la brillante idée de statuer sur un compliment à associer officiellement et systématiquement à son nom : « Cher Leader », « Dirigeant bien-aimé » (chinaehan jidoja). Le résultat est remarquable et se passe de commentaire : il suffit de visionner la réaction de la population à sa mort.
Leçon n°4 – Quadriller le terrain
Ces derniers mois, on a plus vu Nicolas Sarkozy sur les écrans de télévision ou dans les suites à 34 000 euros des congrès internationaux que dans les fermes et les usines. Du coup, quand il se remet soudainement à arpenter les usines et la France qui se lève tôt, on crie à l’imposture et l’opposition réclame l’intégration de ces dépenses dans les comptes de campagne. Kim Jong-Il, lui, n’aurait jamais prêté le flanc à une telle attaque, puisqu’il passait au contraire sa vie au milieu des vrais Coréens, de la Corée d’en-bas, de la Corée populaire, à les regarder attentivement.

Romain Pigenel, bien-aimé blogueur du candidat du Parti du Travail français

















Anglophobie – lettre ouverte à François Fillon
Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce,
Vous avez, enfin tu as (tu permets qu’on se tutoie entre twittos?) fait preuve de votre amour de l’internationalisme il y a quelques semaines en condamnant vivement la « dérive stupide aux relents germanophobes » que vous perceviez au sein de l’opposition. Le socialiste internationaliste que je suis ne peut qu’applaudir ton souci courageux de mettre l’amitié entre les peuples au-dessus des minuscules péripéties économiques que nous traversons vaguement en ce moment. C’est vrai, que pèsent les atermoiements d’Angela Merkel et son rôle dans la crise européenne, devant la beauté millénaire et charlemagnesque de l’amitié entre la France et l’Allemagne ?
Depuis ton salutaire rappel à l’ordre, je sais que je peux compter sur toi pour siffler la fin de la récréation en pareille situation. D’où ce courrier, pour porter à ton attention quelques faits qui me scandalisent et que tu as peut-être vu passer sur Twitter, toi qui surveilles tout ce qui s’y passe.
Donc le truc, c’est qu’il y a une dérive stupide aux relents anglophobes qui est en train de monter crescendo. Je suis très inquiet.
Ça a commencé avec un bonhomme nerveux dont j’ai oublié le nom (on le voit souvent à la télévision venir expliquer que la crise est sous contrôle, il a un nom en -y, Balkozy, Sarkany, je ne sais plus) qui a vraiment mal parlé au Premier ministre britannique : « Tu as perdu une bonne occasion de la fermer ! On est fatigués de tes critiques et de tes conseils. ». Même qu’il ne s’est pas arrêté là et qu’il lui a remis la semaine dernière un sacré vent, une Brice de Nice, un « parle à ma main » ! Non mais tu te rends compte François, qu’est-ce qu’on va dire à Londres ? Parce qu’en plus je crois que ce Salkozy, Barkany, je ne sais plus, a vraiment une fonction importante, qu’il nous représente plus ou moins à l’étranger.
S’il n’y avait eu que ça, je ne me serais pas permis de te déranger. Mais il y a eu des suites. Déjà le gouverneur de la Banque de France, un certain Christian Noyer. C’est pas toi qui l’as nommé, dès fois ? Parce qu’il a encore remis un bonne louche d’huile sur le feu, jeudi, en expliquant officiellement que c’était la Grande-Bretagne et non pas la France qu’il fallait que les agences de notation dégradent. « En outre, la dégradation [de la France] ne me paraît pas justifiée au regard des fondamentaux économiques. Ou alors, il faudrait qu’elles commencent par dégrader le Royaume-Uni qui a plus de déficits, autant de dettes, plus d’inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s’effondre ». Tu te rends compte ? Quand on sait comme « les marchés » sont sensibles aux prises de parole officielles, à la confiance, tout ça ?
Et ce n’est pas fini ! Pas plus tard que vendredi, j’ai entendu encore pire à la radio. Tu sais ce jeune type qui était porte-parole de Chirac, le maire de Troyes, François Baroin ! J’ai cru comprendre qu’il s’occupe maintenant de nos finances mais ça m’étonnerait, il n’a pas l’air d’y entendre grand chose. Bref. Toujours est-il qu’il a eu le toupet de dire ça : « On n’a pas de leçons à donner, mais on n’a pas de leçons à recevoir. On en a reçu quelques-unes, mais c’est vrai que la situation économique de la Grande-Bretagne, elle est aujourd’hui très préoccupante, et qu’on préfère être français que britannique en ce moment ».
Vraiment je ne comprends pas cet acharnement contre nos voisins d’outre-Manche. Est-ce que tu pourrais officiellement rappeler à l’ordre ces personnes ? Leur dire publiquement que leur comportement est « irresponsable », qu’il est « indécent de jouer sur des formes du sentiment national qui appartiennent au passé », qu’il est « dangereux d’instrumentaliser le patriotisme pour caricaturer et pour blesser nos partenaires », comme tu as su le dire à Montebourg et Le Guen ? Et appeler Jean-François Copé à avoir « la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis », comme tu l’as demandé à François Hollande ?
Je compte sur toi.
Je te prie d’accepter, Monsieur le Premier Ministre, cher @fdebeauce, mes respectueuses salutations.
@Romain_Pigenel