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Policier décédé, Foursquare : morbide indécence de Sarkozy

C’est un camarade de tweet qui me l’a signalé ce matin. Eh, tu as vu ça, Sarkozy a fait un check-in sur Foursquare depuis l’hôpital ! L’hôpital ? L’Hôpital Nord de l’Assistance publique de Marseille, celui où était soigné le policier qui avait essuyé des tirs de fusil d’assaut de la part de voyous. Celui, malheureusement, où il a succombé à ses blessures.

 

Foursquare ? Un réseau social en vogue, qui, jouant sur le GPS des téléphones portables, demande à ses utilisateurs de « pointer » les endroits où ils passent dans la journée. Un réseau de géolocalisation qui n’aurait aucune utilité s’il n’intégrait pas un système de points et de classement : chaque localisation effective dans un lieu référencé rapporte des points à l’internaute, et lui permet de décrocher des badges, récompensant par exemple le nombre de fois où il « check » dans des restaurants de sushis, ou sa propension à fréquenter assidument les salles de gym. Bref, un réseau à la fois inutile et ludique, qui n’a pas de fonctionnalité informationnelle première, à la différence de Facebook ou de Twitter.

 

L’Élysée entend apparemment aller à la rencontre des Français sur tous les espaces du web où ils sont actifs. Soit. L’Élysée a donc un compte Foursquare. Soit. Mais comme toujours, il y a deux choses, les réseaux sociaux, et l’usage qu’on en fait. Foursquare reste très largement un réseau dédié à la détente et à la compétition amicale entre contacts. Je n’y ai pas encore vu de débats sur la crise économique, ou de diffusion d’informations autres que des avis d’utilisateurs sur tel ou tel restaurant. Aussi, quelle n’est pas ma surprise de découvrir ce statut :

Et sa reprise sur Twitter :

On annonce donc allégrement que l’on a fait un check-in à l’Hôpital en allant rendre visite à un policier mourant. Tiens, et pourquoi pas un poke ou un like à ses collègues, tant qu’on y est ? Ou un tweet à leur attention avec un smiley clin d’œil ? Je suis peut-être un terrible rabat-joie, mais je ne m’imagine pas faire un check-in dans un cimetière si j’y assistais à un enterrement (« c’est ton 10ème lieu visité aujourd’hui, tu gagnes 3 points »). Que le Président fasse savoir qu’il rend visite au gardien de la paix gravement blessé durant son service, pour le soutenir lui et ses proches, est normal, convenable et même nécessaire. Mais que son service de communication transforme cela en un événement de réseau social, en mettant en scène par géolocalisation la visite elle-même, me semble être un faux-pas qui témoigne d’un manque de pudeur et de décence tout-à-fait étonnants et regrettables.

 

J’en étais à ce stade de mes réflexions quand m’est parvenu un billet de Plume de presse, le blog d’Olivier Bonnet, portant sur la même visite présidentielle, mais y ajoutant des suspicions bien plus graves. Selon cet article – qui cite nommément un policier – Nicolas Sarkozy aurait fait repousser l’heure officielle de la mort du gardien de la paix blessé, pour organiser sa visite « de son vivant ». Je ne peux que vous y renvoyer pour que vous vous fassiez une idée par vous-même. Il n’en reste pas moins, quel que soit le fond de l’histoire, que le décès d’un homme est un sujet suffisamment grave pour qu’on s’interdise de l’instrumentaliser. Qu’en pense le président-candidat ?

 

Romain Pigenel

Voulez-vous sauver la banque Sarkozy ?

La manœuvre avait commencé dès cet été avec l’offensive gouvernementale autour de la « règle d’or » ; elle connaît, avec le couperet des agences de notation qui se rapproche du triple A, un nouveau regain. C’est l’appel – bien entendu dans l’intérêt supérieur de la Nation – de la droite à la gauche sur le thème de l’union nationale, du Grand Pardon budgétaire pour mieux se plier aux diktats des marchés et des agences. François Baroin : « L’union nationale, ce serait vraiment bien en France […] Que ce soit avant les présidentielles ou après, les socialistes seront dans l’obligation, je l’espère, dans l’opposition, d’assumer leurs responsabilités ». Bernard Accoyer : « Quand un Etat est confronté à une telle situation, l’unité nationale est souhaitable ». Last but not least, Jean-François Copé : « Les socialistes français sont tellement irresponsables qu’ils sont capables de privilégier l’intérêt politicien et de refuser de voter cette règle d’or […] Les voilà de nouveau invités à la table des responsabilités. Est-ce que, oui ou non, compte tenu de l’urgence et de l’importance de la situation, M. Hollande peut accepter de dire enfin : ‘On arrête avec ces propos germanophobes ridicules et déshonorants’ et dire que l’intérêt supérieur de la France et de l’Europe l’exige : ‘Nous allons voter la règle d’or’ ».

On serait presque ému, et flatté, de temps d’égards, d’un tel désir de rapprochement. Mais si c’est un gant de velours qu’on nous tend, il peine à faire oublier la main de fer qu’il contient : le rappel, permanent, de l’impossibilité de faire autrement, de sorte que pour les socialistes, l’alternative serait entre la responsabilité (voter la règle d’or) et la folie déshonorante (s’y refuser). Le tout sur la foi d’un raisonnement très simple : si Nicolas Sarkozy et son gouvernement chutent sur cette manœuvre politique, ils emporteront la France avec eux. Pile ils gagnent, face nous perdons tous.

 

Cela ne vous rappelle rien ? Remontons de quelques mois, de quelques années dans le temps. Des institutions qui ont construit les conditions d’une impasse politico-économique, ou du moins qui y ont contribué, et qui se sont enrichies sur le dos de la collectivité. Avant de venir, quand elles se sont retrouvées le dos au mur, réclamer à cors et à cris son aide. En expliquant que si elles tombaient, alors tout le monde en pâtirait. Too big to fail. Cela ne vous dit toujours rien ? Banco, si j’ose dire : les banques et la finance !

 

Le président et son parti se comportent aujourd’hui exactement comme les « banksters » qu’ils critiquent (parfois). Après avoir prospéré électoralement sur des promesses puis des réalisations ineptes (les heures supplémentaires, le bouclier fiscal), ils viennent, quand celles-ci finissent par porter leurs fruits amers, réclamer l’aide de leurs opposants pour éteindre l’incendie. Cela porte un nom : la privatisation des bénéfices, et la socialisation des pertes.

 

Il faut reconnaître aux sarkozystes le mérite de la cohérence : de même qu’ils n’ont exigé aucune réforme structurelle digne de ce nom de la part du secteur bancaire et financier en échange du soutien de l’Etat, ils ne proposent, aujourd’hui, aucune modification de leur projet politique en échange du soutien de la gauche et des socialistes. Bien au contraire, Nicolas Sarkozy a profité de son deuxième discours de Toulon pour repasser la charrue et réaffirmer ses dogmes personnels, comme je l’écrivais la semaine dernière.

 

C’est donc plus que jamais le moment, pour la gauche, de refuser ce chantage au sabordage, et de laisser la majorité assumer toutes seules ses responsabilités dans la crise de l’Europe, et la crise tout court. Too big to fail ? Chiche !

 

Romain Pigenel

Les caractères de la politique (4) : le bouclier (in)humain de Sarkozy

Il parle d’une voix calme, mesurée, détachant précautionneusement ses syllabes. Réajustant de temps à autre ses fines lunettes. Sans excès. Sans emportement. Il pourrait tout aussi bien, recteur d’académie, énoncer la liste des lycéens ayant eu leur baccalauréat avec mention, ou, préfet, présider aux cérémonies du 18 juin. Tout dans sa façon d’être exsude les manières, les us, la formation d’un haut fonctionnaire à la française, préférant la minutie à l’esbroufe, le vouvoiement prudent au risque du tutoiement. On ne lui connaît pas d’antécédents idéologiques particuliers ; ses biographes se plaignent d’un personnage lisse sur lequel il est difficile de trouver la moindre a(ni)ccroche.

Il a d’abord servi le président de la République comme il savait le faire, dans l’ombre, puis derrière un bureau, comme directeur de tout ce qui pouvait être dirigé – cabinet ministériel, campagne présidentielle, Élysée. Puis il est passé de l’autre côté de l’antichambre, à la lumière crue de l’actualité. Le début d’un festival.

 

Les Français qui ne se sentent plus chez eux. La « croisade » menée par Nicolas Sarkozy de l’autre côté de la Méditerranée. Les flux migratoires qui menacent nos valeurs. Les étrangers tout court – même pas en situation irrégulière – qui posent un problème. En quelques mois d’occupation du Ministère de l’Intérieur, il a plus que rattrapé son retard de notoriété, passant du statut de serviteur de l’Etat (fût-il sarkozyste) à celui de concurrent de Marine Le Pen sur son propre terrain. Les polémiques s’enchaînent dans ce qui prend vite l’apparence d’une fuite en avant un peu folle, faisant presque passer les concertistes de la droite populaire pour d’inoffensifs provocateurs. La mue est si rapide, si totale qu’on en vient à oublier le Guéant d’avant Beauvau. Qui ne passait pas pour un fasciste en costume d’énarque, ni pour un admirateur secret de la préférence nationale. Faut-il comprendre qu’il cachait ces penchants depuis toujours ?

 

Un rapide retour en arrière sur les 4 ans de sarkozysme donne quelques indications. Claude Guéant n’est pas un cas unique – seulement le plus caricatural. Dès la création du ministère, aujourd’hui disparu, de l’Identité nationale, Sarkozy a fait en sorte d’y promouvoir des personnalités qui n’étaient pas, de prime abord, marquées à l’ultra-droite ou déjà identifiées pour leurs positions scabreuses sur l’immigration. Hortefeux n’a pas toujours été l’homme des Auvergnats. Quant à Éric Besson, gentil organisateur de débats sur l’identité nationale supervisés par les préfets, inutile de rappeler son origine politique. Ils ont tous occupé, ou occupent, la même fonction : celle de bouclier humain – ou plutôt inhumain en l’occurrence – de Nicolas Sarkozy.

 

Portant la politique d’expulsion, les quotas d’immigrés à rejeter, les propos censés reconquérir le vote Front National, à la place de leur président. Faisant vivre à leur façon cette partie du sarkozysme originel qui avait contribué, en 2007, à son hégémonie à droite et en particulier sur son flanc droit. Troquant, dans une sorte de pacte faustien, une reconnaissance et une célébrité nationales, un poste ministériel de premier rang, contre la haine et le mépris d’une partie non négligeable de la société.


Que se passe-t-il dans l’esprit de ces individus qui ne semblaient pas, à l’origine, destinés à cette fonction ? Quelle est la part, en eux, de la conviction, du calcul (peut-être même sincère et convaincu, comme Guéant affirmant œuvrer à reconquérir le vote populaire), et de cet effet d’entraînement et d’auto-persuasion qui fait qu’une fois aspiré dans ce positionnement politique, le seul horizon envisageable devient la persistance et même l’accélération ? Comme un bras d’honneur aux lazzis de la foule ?

 

L’histoire des quatre dernières années montre que le bouclier (in)humain s’use vite : deux ans de cette vie-là font de vous un kleenex, qu’on remplace par un autre ambitieux. Comme s’il fallait régulièrement changer la cible de l’exaspération de la gauche et des humanistes pour ne pas dépasser certaines bornes. A ce compte-là, Claude Guéant a déjà bien mérité de la Nation : toute la question étant de savoir s’il va bientôt être relayé, ou non, par un Président-candidat remettant les pieds dans la boue, et les mains dans le cambouis, pour travailler à sa réélection.

 

Romain Pigenel

 

La galerie des caractères de la politique se visite ici.

Agence d’idées (5) : expliquer l’intrusion dans les centrales nucléaires

Ne nous voilons pas la face, l’intrusion des agitateurs de Greenpeace sur des sites nucléaires français n’est pas une bonne opération pour le président Sarkozy. Alors que l’opération Restore SarkHope battait son plein et que les sondages élyséens recommençaient à frétiller de la queue, l’invasion du joyau de la technologie française, de ce qui sépare l’homme de la bougie, est une fausse note. Sans parler de ce qui aurait pu arriver – l’explosion d’une centrale nucléaire ne condamnerait que ses voisins immédiats, mais imaginons que des malfrats s’introduisent dans les comptes de campagne d’Edouard Balladur ou de Nicolas Sarkozy ? C’est l’ensemble de l’édifice national qui vacillerait. Comment un président incapable de gouverner ses réacteurs nucléaires pourrait-il gouverner la France ? Il convient donc de rétablir rapidement la confiance, en produisant une pédagogie de cette crise, suffisamment simple pour être comprise par le plus grand nombre de Français.

L’Agence d’Idées Variae a réuni son groupe de travail « NucléAir France » qui a produit ces quelques scénarios explicatifs, que nous offrons gracieusement à l’UMP pour rassurer les Français sur sa capacité à dompter l’atome en toute sécurité.

 

Scénario 1 : un stress test dans le cadre du Grenelle de l’environnement

La candidature Borloo n’est plus, mais l’esprit du Grenelle nous hante encore. Dans une logique de co-construction des politiques énergétiques vertes de demain, l’État s’est entendu avec Greenpeace pour organiser des stress tests impromptus de ses centrales nucléaires. Un accord de co-gouvernance et de co-élaboration de plusieurs pages a été rédigé et signé par les deux parties. Problème : une fois les tests commencés, les émissaires des deux camps ont découvert qu’ils avaient parlé du Mox, mais pas de son traitement [ou l'inverse : personne n'y comprend rien, l'essentiel est de la dire avec un air grave et soucieux]. Furieux de cet oubli, les inspecteurs de chez Greenpeace ont changé leur feuille de route en cours de mission, menaçant d’occuper les centrales. La prochaine réunion du Bureau national d’EDF devrait permettre d’obtenir un arrangement acceptable pour les deux parties.

Éléments de langage : « Les militants de Greenpeace sont de l’uranium dont on fait les girouettes ».

 

Scénario 2 : une attaque par des commandos de salafistes Auvergnats

Si les Français s’intéressaient un peu plus à la langue anglaise, ils auraient remarqué que Greenpeace signifie la Paix verte, ce qui n’est rien d’autre qu’un euphémisme pour dire « Jihad ». Cela devait finir par arriver : enhardis par la permissivité et le multiculturalisme de la gauche, des Auvergnats intégristes ont décidé de s’en prendre à un symbole de la civilisation occidentale, à ces Grandes Dames de fer qui ont l’audace de montrer le visage nu de leurs cheminées à nos belles campagnes. Outrage insupportable pour la frange dur des Auvergnats, qui ont organisé cette action en réaction. Heureusement, ils ont été maîtrisés sans heurts, grâce à l’intervention de Brice Hortefeux comme interprète-négociateur.

Éléments de langage : « Nous proposerons la semaine prochaine au Parlement une loi interdisant le port de la barbe et du voile dans un périmètre de 100km autour des centrales nucléaires ».

 

Scénario 3 : une journée portes ouvertes dans les centrales françaises

Il y a une raison toute bête à la réussite de l’intrusion des activistes de Greenpeace : les centrales organisaient justement, ce jour, une opération en direction du grand public, intitulée « Le nucléaire à cœur ouvert ». L’affiche, alléchante : « Venez découvrir la France qui rayonne tôt, l’énergie propre du futur ! Entrez dans un réacteur sans combinaison, et faites prendre des couleurs rigolotes à vos enfants ! ».

Éléments de langage : « Le césium, ça vous gagne » ; « Les rayons sont sympa » ; « MOX-imum ».

 

Scénario 4 : un exercice de tir à balles réelles pour nos gendarmes

C’est un jeune militant de l’UMP qui a, malgré lui, vendu la mèche :

Eh oui : il avait été organisé, ce jour, un lâcher de militants de Greenpeace, volatile nuisible bien connu des chasseurs de nos terroirs. C’est logique : d’un côté, la menace grandit dans nos banlieues, où des armes de guerre sont saisies chaque jour, nécessitant une intervention plus musclée des forces de l’ordre ; d’un autre côté, il faut commencer par les aguerrir, ces forces de l’ordre, sur des cibles moins récalcitrantes et plus habiles à tendre des banderoles qu’à ajuster des tirs de fusil à pompe. L’opération se serait déroulée sans encombre, nonobstant la sortie maladroite de ce jeune sot, qui a parlé de terroristes, alors qu’il ne s’agissait que de cibles mouvantes écologistes. Les Français ont bien raison de se méfier des jeunes.

Éléments de langage : « Un voyou s’éteint, un policier s’éveille ».

 

Scénario 5 : un fait, vous n’avez rien vu

Tout est résumé par le titre de ce scénario. Si ces quelques irresponsables verts (pléonasme, certes) ont pu passer à travers les mailles du filet, c’est parce que les équipes de ces centrales étaient occupées à repousser de vraies menaces qui, du coup, ne sont pas arrivées jusqu’à vous. Il se trouve que le réacteur de Nogent-sur-Seine était victime de la conjonction d’un micro-séisme local et d’une tornade, tandis que celui de Cruas subissait un assaut d’espions chinois, qui font rien qu’à essayer de voler nos secrets industriels et délocaliser nos entreprises. Or comme l’a dit notre président à Toulon, « L’Europe ouverte à tous les vents, ça ne peut plus durer ». C’est donc justement parce que les forces de sécurité étaient occupées à bloquer les menaces les plus importantes que les activistes de Greenpeace ont pu réussir leur forfait. D’où le juste mot d’Eric Besson, qui a parlé de simples « dysfonctionnements » à corriger.

Éléments de langage : « La réussite de Greenpeace est la preuve de notre détermination à lutter contre les vraies menaces ».

 

Romain Pigenel

 

Les autres notes du think tank Variae sont ici.

Communiqué de Variae : halte à la sarkophobie !

Cher lecteur, chère lectrice, l’heure est grave.

 

Le ventre de la bête immonde est plus fécond que jamais.

 

Par pure tactique politicienne, avec pour seul objectif l’affaiblissement du président français, les socialistes prennent le risque de ressusciter en France les vieux démons de la sarkophobie. « Bouclier fiscal », « bling bling », chambre d’hôtel à 37 000 euros : l’emploi de ces termes fait froid dans le dos. Il est honteux, par hargne partisane, de fragiliser notre acquis le plus précieux: la réconciliation, l’amitié franco-sarkozyste, à laquelle notre président a travaillé sans relâche dès son début de mandat, grâce à l’ouverture notamment.

 

C’est une constatation que chacun fait : certains socialistes plus raisonnables (Eric Besson, Jean-Marie Bockel) l’ont faite aussi. Il faut garder son sang-froid dans ces périodes difficiles, anxiogènes même parfois. La tentation de trouver le bouc émissaire à l’UMP est une grande constante de ces périodes et peut amener toutes les dérives. On entend ainsi, ces jours-ci, des responsables politiques qui se mettent à parler de bilan calamiteux et de 0 pointé à propos de notre ami le Président de la République, au moment où nous devons avec lui défendre l’héritage du sarkozysme !

 

Et que dire ces petits malins qui ont cru drôle, tels de vulgaires Patrick Besson singeant Eva Joly, de subtiliser le discours de notre Président à Toulon, et de le remplacer par une honteuse caricature dans laquelle il annonçait gaiment la soumission de la France à la régulation budgétaire d’instances eurocratiques ? Et claironnait, tel un mauvais clown, qu’il avait tout réussi depuis le début de son mandat ?

 

Il est grand temps que François Hollande trouve la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis. Un candidat à la présidentielle ne peut pas être l’otage complaisant d’une dérive stupide aux relents sarkophobes. Il est irresponsable, et même indécent, de jouer sur des formes de fidélité à la gauche qui appartiennent au passé. A contrario, c’est l’honneur du Président de la République de refuser d’entrer en campagne et de s’interdire toute attitude qui pourrait créer un fossé entre la France et lui-même, toute attitude qui pourrait libérer des forces enfouies aux tréfonds de 1981 et enclencher la mécanique infernale de la division.

 

Disons-le clairement : cet acharnement contre un homme et un parti (qui ont tant œuvré à la lutte contre l’immigration et les étrangers, contre l’assistanat, contre la paresse, contre le sectarisme, contre l’orthographe, contre la nucléarophobie de cette gauche qui veut nous renvoyer à l’âge de la bougie) relève du racisme, et de l’ostracisme. Cet acharnement nous renvoie, n’ayons pas peur des mots, aux heures les plus sombres de notre histoire.

 

Nous vous demandons de signer au burin sur votre écran d’ordinateur, de tablette, de smartphone, cet appel contre la sarkophobie et de le faire circuler (l’appel, pas l’écran) largement autour de vous. Vous pouvez également envoyer vos dons à la Fondation Variae pour l’Amitié avec Nicolas Sarkozy, nous ferons suivre.

 

Romain Pigenel

 

Avertissement le texte ci-dessus a honteusement pioché dans les déclarations du week-end, à peine retouchées, d’Alain Juppé, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot et François Fillon contre la germanophobie. Toute ressemblance avec leur prose n’a donc rien de fortuit et n’est nullement le fruit du hasard.

Ce qui cloche chez Claude Guéant

En parler, ne pas en parler. De la petite saloperie du jour, dans cette campagne électorale qui commence sous les pires auspices que l’on puisse imaginer – rumeurs, ragots, mensonges, insultes, entre fin de règne et fin du monde, ou du moins fin de l’Europe telle qu’on l’a connue. Une petite saloperie, donc, lâchée par Claude Guéant dans l’interview politique rituelle du Journal Du Dimanche, juste à temps pour faire l’actualité d’un morne dimanche d’automne.

 

En parler, de cet aveu en passant sur un contrôle de DSK au bois de Boulogne par la police – aveu en passant, mais occupant quand même un quart de la synthèse de l’interview de Guéant sur le site du JDD, la synthèse en ligne que tout le monde lira. En parler pour dénoncer la manœuvre, l’acharnement sur un homme à terre et qui n’est plus dans le jeu politique, l’acharnement à pourrir la campagne, à salir la gauche par procuration, l’acharnement, peut-être, à cacher le jeu trouble des hommes du Président dans l’affaire du Sofitel.


Ou alors ne pas en parler. Pour ne pas se faire prendre, justement, dans les rets de cette stratégie de diversion de l’UMP, qui permet à la majorité sortante de balader journalistes, opposition et opinion de polémique en polémique (hier, c’était la prétendue germanophobie, demain ce sera autre chose encore), et d’éviter ainsi son bilan et le débat politique sur les grands enjeux de 2012. Ne pas en parler parce que la gauche, décidément, a déjà perdu bien assez de temps et de plumes avec le feuilleton DSK. Ne pas en parler en remarquant que finalement Guéant ne fait que répondre à une question que lui pose le JDD, et qu’il est peut-être simplement, pour le coup, victime de son image et de ses sorties de route des derniers mois. On ne prête qu’aux riches.


Mais quand même. A la relecture de ces quelques lignes de Guéant, il y a quelque chose qui cloche.


« En décembre 2006, la police aurait interpellé Dominique Strauss-Kahn dans le bois de Boulogne. L’avez-vous su ? Oui, j’ai entendu parler de cette histoire au cours de laquelle monsieur Strauss-Kahn avait été contrôlé au bois de Boulogne par les fonctionnaires en charge de la surveillance de cet endroit lors d’un contrôle de routine. Mais, il n’y a aucune procédure à ce sujet. Il n’était pas tombé dans un guet-apens de la police! Il n’était pas suivi. Ce n’est quand même pas la faute de la police s’il était là-bas ce soir-là! »


« J’ai entendu parler de cette histoire ». Pour mémoire, en décembre 2006, Claude Guéant est alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, et donc grand patron de la police française. Depuis quand un directeur de cabinet de ministre de l’Intérieur – et de quel ministre ! (on connaît les liens de Nicolas Sarkozy avec le monde de la police) – « entend »-il vaguement parler de ce qui se passe dans sa propre administration ? Etait-il donc une sorte de touriste, ne s’occupant que des affaires personnelles de son ministre et délaissant totalement le ministère ? Ou veut-il nous faire croire que ce genre de découverte, concernant un des patrons de l’opposition, ne remonte pas immédiatement au sommet de la hiérarchie ? Nous prend-il, pour dire les choses simplement, pour des idiots ?


Deuxième mot étrange, « cette histoire ». Une histoire, c’est quand il se passe quelque chose. Et donc, en l’occurrence, quelque chose de répréhensible par la loi. Un simple contrôle de routine, même dans un endroit inattendu, n’est pas une histoire. Guéant précise qu’il n’y a eu « aucune procédure » suite à ce contrôle. Alors il n’y a pas eu d’histoire, et encore moins d’histoire mythique au point que l’on en « entende parler » dans tout le ministère. Ou bien avez-vous, Monsieur le Ministre, quelque chose d’autre à ajouter ? Si ce n’est pas le cas, vous auriez dû parler d’un contrôle de routine comme il peut en arriver à tout le monde. Vous vous gardez bien de le faire.


Enfin, il y a cette superbe locution, « contrôlé au bois de Boulogne ». Un délice de suggestion, de métonymie, d’euphémisme. On pourrait dire « contrôlé en banlieue parisienne ». Mais Guéant sait bien que « contrôlé au bois de Boulogne » va directement être traduit, chez les lecteurs, par « contrôlé en compagnie de prostituées ». Dire le moins pour dire le plus. Et admettons que cela ait été le cas, je repose ma question : était-ce dans les limites de la légalité ? Si oui, en quoi y a-t-il une « histoire » digne d’être évoquée par un ministre de l’Intérieur ? En quoi faut-il aborder le sujet de la « faute » que constitue le fait d’être au bois de Boulogne ?


Guéant en a dit trop, ou pas assez.  Un peu comme si Xavier Bertrand glissait, dans un entretien, que tel ou tel dirigeant politique a été vu dans un service de chimiothérapie, sans en dire plus. Et il y a de toute évidence une intentionnalité perverse derrière ces propos que l’on imagine soupesés au gramme près. Entretenir le doute, tout en faisant semblant de disculper sa victime (« aucune procédure »). Chapeau l’artiste ! Les prochains mois s’annoncent mouvementés.


Romain Pigenel

Les mots de la politique (20) : la germanophobie

Amis Allemands qui lisez ces lignes, je sollicite votre totale attention pendant quelques secondes. Si vous vivez actuellement en France, PRENEZ GARDE. Gardez votre calme, conservez un sourire constant, mais rassemblez vos affaires, regagnez votre domicile, et réservez de toute urgence un billet nach Berlin. Vous n’êtes plus en sécurité. Un terrible péril vous guette dans l’Hexagone : la bête immonde de la germanophobie.

 

Tous les jours, d’innocents passants en salopette de cuir et tee shirt Oktoberfest se font lyncher par des foules gauloises démentes, la bave aux lèvres, quand elles ne sont pas occupées à brûler des drapeaux allemands en pleine rue. La CGT bloque des dépôts alimentaires pour y organiser des autodafés de conserves de choucroute. Pas plus tard qu’hier, une meute d’étudiants de l’UNEF a défoncé les portes de l’ambassade d’Allemagne à Paris, passant à tabac son personnel et dévastant ses locaux.

A moins que ce ne soit l’ambassade d’Angleterre à Téhéran ? Le doute m’envahit. Peut-être, ami allemand, que tu ne risques en fait rien en France. Si l’on ne peut plus faire confiance à d’aussi grandes éminences intellectuelles que Jean Quatremer, Dany Cohn-Bendit ou Alain Juppé, où allons-nous, je vous le demande ! Tous ont, la main sur le cœur, le cœur au bord des lèvres, dénoncé solennellement la germanophobie qui envahit notre beau pays. « Germanophobie hystérique », même, selon Jean Leonetti, « ministre des affaires européennes » dont on découvre l’activité ministérielle au détour de cette saillie – c’est déjà ça.

La cause de cette subite indignation ? Quelques mots des socialistes Arnaud Montebourg et Jean-Marie Le Guen, qui ont eu le malheur d’émettre un comparatif, pour l’un, entre Merkel et Bismarck, et pour l’autre entre les renoncements à répétition de Nicolas Sarkozy et celui de Daladier à Munich. Honte, honte à eux et sur toute la gauche ! Que la première comparaison vienne en vérité du patron des socialistes … allemands, Sigmar Gabriel, et que la seconde soit un lieu commun éculé de la langue française n’a apparemment frappé personne. Que l’inénarrable Quatremer soit en guéguerre personnelle contre Arnaud Montebourg depuis des semaines, que Cohn Bendit, Juppé et Leonetti soient en compétition électorale avec le PS, n’a, sans aucun doute, aucun lien non plus avec la violence de leurs réactions.

On pourrait rire de ce qui est bien pour le coup une flambée verbale hystérique et grotesque, de ce savant montage en épingle de propos (de Montebourg, de Le Guen) tout au plus maladroits et ayant eu le mérite de poser le débat sur le couple franco-allemand et la crise européenne. Mais cela n’a en fait rien de drôle. Depuis quelques années, on assiste à une inflation verbale sur le thème de la –phobie. Homophobie. Islamophobie. Christiano-, cathophobie. Prolophobie ( !). Et maintenant donc le retour de la germanophobie. Ces mots mettent leur puissance au service de la dénonciation d’une discrimination subie par une communauté, une catégorie, une classe sociale. Ce faisant, ils mettent également un signe d’égalité entre toutes ces –phobies. Et c’est là que surgit le malaise. Car derrière ces concepts, il y a des situations, des intentions et des auteurs qui n’ont pas grand-chose à voir – c’est le moins qu’on puisse dire. Quel rapport entre l’homophobie, désignant les brimades (jusqu’au meurtre) et le rejet subis par des citoyens demandant l’égalité des droits, et la christianophobie mise en avant par des intégristes chrétiens pour bloquer des salles de spectacles ? Evidemment, aucun. Le même exercice pourrait être fait en comparant un à un tous les concepts « phobiques » que j’évoquais auparavant. Outre l’effet de mode, ces constructions lexicales peuvent devenir le vecteur de manipulations idéologiques pernicieuses, permettant à des forces politiques ou religieuses de s’inventer des ennemis chimériques, pour mieux prendre la pose, ensuite, de victime. Ou leur permettant de se refaire une virginité tout en rejetant leurs propres vices sur leurs adversaires. Que penser de Juppé et Leonetti qui imputent une xénophobie anti-allemande aux socialistes, tout en appartenant à une majorité qui organise la précarisation (c’est un euphémisme) des étrangers en France ? Qui prêche la naturalisation tout en la refusant dans les faits, comme le relate dans Libération mon ami Amine El Khatmi ? Pourquoi se taisent-ils, le fils spirituel de Chirac et le fantomatique ministre des affaires européennes, quand leur collègue Guéant dénonce le fléau de l’immigration ?

Il y a plus inquiétant encore. En inventant une nouvelle –phobie chaque jour ou à l’occasion de chaque nouvelle polémique politicienne, on fait perdre toute force au suffixe. Que nous restera-t-il, comme mots, pour dénoncer le racisme ou l’extrémisme si par malheurs ils devenaient un fait de société majeur en France ? Si comparer Merkel à Bismarck fait de moi un germanophobe, alors la xénophobie, par exemple, ou l’homophobie, ce n’est pas bien grave. Les mots les plus lourds de sens, les plus importants s’usent quand on les emploie inconsidérément. Mais c’est peut-être tout l’effet recherché par certains dans cette ridicule polémique qui n’honore pas ce début de séquence présidentielle.

Romain Pigenel

Les autres mots de la politique, traduits par Variae, sont ici.

A Toulon, Sarkozy a passé la charrue

Passer la charrue. Creuser son sillon. Réaffirmer, marteler son identité. La continuité, l’enfoncement même, plutôt que la rupture. C’était tout le programme du long discours de Toulon, deuxième du nom, de Nicolas Sarkozy.

On dit parfois que la pédagogie, c’est la répétition. A ce compte-là, Nicolas Sarkozy a effectivement fait de la pédagogie, comme il l’avait annoncé avant ce qui tenait plus du meeting de campagne que d’un discours présidentiel. Présentant une sorte de best-of des fondamentaux du sarkozysme, avec en toile de fond un double message : ce monde est dangereux ; je suis le seul à pouvoir vous y guider sain et sauf, le seul à pouvoir « éclairer » le bon « chemin », comme dirait Jean-François Copé. « Je ne reviendrai jamais sur [mes] choix ». A la différence de mes adversaires.

 

Tous les fétiches du sarkozysme avaient donc répondu présent, et c’était même le sens de l’introduction du discours : de 2007 et 2008 à aujourd’hui, tout n’est que continuité et maîtrise, résultat de la volonté politique sarkozienne qui s’est inexorablement appliquée. « Je n’ai pas écouté ceux qui me conseillaient de ne rien dire ». Le chef Sarkozy a décidé, tranché. « En septembre 2008, ici, à Toulon, au cœur de la tourmente, j’ai tracé une perspective ». Tous les fétiches, les symboles peuvent alors être égrainés : le culte de la réforme (la crise appelle « à accélérer le rythme des réformes », « nous ne pouvons pas garder la même organisation de notre protection sociale que celle de l’après-guerre »). La valeur travail (il faut ramener « le balancier de l’économie vers le travail », « ceux qui travaillent et qui sont proportionnellement de moins en moins nombreux », « répondre à la crise par le travail, par l’effort », « les 35 ont été des fautes graves », « nous devons continuer d’encourager le travail et donc les heures supplémentaires ») – avec un « sur l’emploi on n’a pas tout essayé » en guise de coup de pied de l’âne à Mitterrand. La dénonciation des assistés (« une minorité qui voudrait profiter du système », « L’habitude qu’avait prise l’Etat d’être un guichet où l’on répondait oui »). L’immigration et l’identité nationale (« nous n’accepterons pas une immigration incontrôlée qui ruinerait notre protection sociale, perturberait notre façon de vivre, bousculerait nos valeurs »). Certes, Sarkozy est flou, il ne propose rien de vraiment précis (j’avais même pensé à intituler ce billet « Sarkozy dans le creux du vague »), mais ce n’est visiblement pas son souci du jour : il est venu faire de la politique, de l’idéologie, imposer une grille de lecture et des concepts.

 

Ceci est le marteau. Et puis il y a l’enclume, la toile de fond : la peur, la description d’un monde menaçant, plein de promesses si on accepte de suivre le capitaine Sarkozy, mais néanmoins menaçant et implacable. « Prenons le temps de regarder autour de nous dans quelle situation se trouvent les pays européens qui n’ont pas pris à temps la mesure de la crise ». « La tourmente ». « Une gigantesque machine à fabriquer de la dette ». « L’immense pyramide de dettes ». « Des catastrophes dont la France ne se remettrait pas ». « L’urgence » à laquelle il faut parer.

 

Face à tant de menaces, il n’y a tout simplement pas de choix. TINA. C’est une constante de ce discours, la négation de toute alternative, voire de la possibilité même de choisir : « La seule façon de conjurer cette peur c’est de dire la vérité ». « La vérité, c’est que ». « La réforme des retraites ne pouvait être plus être différée ». « Contester cette réalité, c’est mentir ». « Les crises nous indiquent la voie à suivre ». « Il y a une réalité que chacun doit comprendre, chacun doit accepter ». « L’Europe n’est plus un choix. Elle est une nécessité. ».

 

La résultante de cette équation politique est simple : s’il n’y a pas de choix, le débat n’a plus de sens, et le vote non plus, au bout du compte. Je parlais il y a quelques jours d’un président en fuite, sur ses responsabilités notamment : ici, c’est finalement l’élection même qui est esquivée.

Romain Pigenel

Les interviews de Variae (3) : Madame la Crise économique

Nouvel épisode des interviews de Variae, nous avons pu, après de longues négociations, poser quelques questions à la Crise économique, à l’occasion du discours de Nicolas Sarkozy à son sujet à Toulon – le deuxième du nom.

Bonjour Madame la Crise, c’est un grand moment dans la vie de blogueur que de vous interviewer … Il y a votre actualité, très riche ces dernières années, et puis il y a surtout le rendez-vous avec Nicolas Sarkozy jeudi soir à Toulon, qui va vous affronter, pas trop stressée ?

[Grand éclat de rire] Ah Sarkozy, oui, Toulon … Bon écoutez vous avez déjà vu du catch ? Eh bien là c’est pareil, c’est un beau spectacle, bien organisé, très spectaculaire, mais ne vous en faites pas, on ne va pas donner les coups pour de vrai, enfin il ne va pas me donner de coups pour de vrai. Il va enfiler son masque, « L’Ange de Neuilly », « Le Régulateur de la Finance », « Le Sauveur de l’Europe », ce genre de nom de scène pour épater la foule, mais je m’en sortirai sans une égratignure, pas d’inquiétude !

 

Comment cela ? Il vous a déjà victorieusement affrontée à Toulon non ? En 2008 !

Vous êtes vraiment naïf ou bien ? « Le laisser-faire c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini. » Ben voyons. C’est sans doute pour ça qu’aujourd’hui il en est réduit à supplier les agences de notation – des structures privées, émanation du marché, qui notent les Etats – pour qu’elles ne punissent pas son pays … Qu’est-ce qu’il vous a promis encore à Toulon la première fois ? Ah oui, « Je ne conduirai pas une politique d’austérité qui aggraverait la récession. Je n’accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d’achat des Français ». Et vous en êtes à combien de plans d’austérité en France, depuis, 2, 3 ? Et de nouvelles taxes depuis 2007 ? Plus de cinquante, si je compte bien. Du catch je vous dis, du catch ! Je lui avais même fait passer un petit mot à l’époque : « T’en fais pas un peu trop mon Nico ? Ça va se voir, enfin j’te dis ça, j’dis rien ».

 

Ah parce que vous vous tutoyez tous les deux ?

Bien sûr ! Je vais vous dire : on fait un bon tandem lui et moi. Oh, au début on se méfiait l’un de l’autre, mais finalement, on a trouvé nos marques. Il me nourrit en faisant baisser votre pouvoir d’achat, en démoralisant les Français, en étant incapable de contester l’égoïsme d’Angela Merkel, en laissant la finance s’amuser et les riches s’enrichir sur votre dos. Et moi en retour, je le lave de toutes ses responsabilités et je lui donne matière à gonfler ses petits muscles, vous savez, son numéro habituel, le « Je suis le capitaine dans la tempête, vous n’allez quand même pas donner le gouvernail à un socialiste mou », et tout le reste. Tango et Cash, un peu !

 

Quel cynisme !

Bof. Vous feriez quoi, vous, si vous étiez à sa place, donné à 40-60 au second tour de l’élection présidentielle contre un adversaire désigné par plusieurs millions de Français ? Et dites-vous bien qu’il n’a pas fini de parler de moi : dès que François Hollande va faire une proposition, il dira « on ne peut pas, c’est la crise, il faut l’austérité » et qui d’autre pour gérer l’austérité que celui qui l’a installée, hein ? Non franchement, respect mon Nico, chapeau l’artiste.

 

Et vous dans tout ça ?

Moi ? Je prospère (youp-la-boum), je vais permettre de justifier les décisions les plus antidémocratiques, les plus hostiles au peuple. Une bonne purge, crise sociale, crise monétaire, crise de civilisation, crise sanitaire, crise systémique, crise, crise, crise ! [rire dément]

 

La Crise devenant incontrôlable, nous avons dû mettre un terme à l’interview.

Romain Pigenel

 

Sans transition, les autres interviews de Variae sont ici.

Mélenchon et Bayrou, comme Dupont et Dupond

Dès la diffusion des propos de François Hollande ouvrant la porte à un rassemblement présidentiel incluant le MoDem, Jean-Luc Mélenchon a jailli tel un diable rouge sur son ressort. « Quand François Hollande tend la main à François Bayrou», il «tranche d’une manière incroyable un débat constant des socialistes au cours des 15 dernières années». Ce débat «consiste à dire: pas d’alliance avec le centre, alliance à gauche […] J’ai dit depuis le début, au nom du Front de gauche: nous n’irons pas dans un quelque gouvernement que ce soit où il y aura des centristes […] François Hollande propose de faire un trait d’union entre le centre et le Parti socialiste dont il sait qu’il aboutit à un divorce avec la gauche. »

Feu sur les centristes, parce qu’ils sont centristes ! Étrange délit de sale gueule – ou plutôt de sale étiquette politique – pour quelqu’un qui explique par ailleurs doctement que « la gauche ne peut se rassembler que sur des éléments de programme, non pas sur des apparences ». Et alors, camarade Mélenchon, si Bayrou venait à la gauche sur nos conditions, comme l’envisage François Hollande, et donc sur des éléments programmatiques partagés, ton raisonnement tiendrait-il toujours ?


De cela il n’est, évidemment, jamais question. L’anti-bayrouisme est une donnée structurante du discours du Parti de Gauche qui s’échinait même, au moment des régionales 2010, à produire des plaquettes démontrant l’appartenance à la droite du parti orange. Cette « tradition » interne est directement issue du processus de création du Parti de Gauche, dont l’argument de scission avec le PS était précisément la prétendue victoire, au Congrès de Reims, des sociaux-démocrates, ce congrès s’étant lui-même fait – y compris entre « sociaux-démocrates » – sur le refus ou l’acceptation d’une éventuelle alliance avec le MoDem.


Cette question est en fait centrale dans le projet politique même de Jean-Luc Mélenchon, qui consiste, depuis 2008, à renier l’héritage mitterrandien de l’union de la gauche pour professer l’existence d’une « autre gauche », la sienne, qui serait fidèle à ses valeurs, par opposition aux réformistes mous, presque génétiquement suspects de traitrise et de dérive (à la sud-américaine) vers le centre puis la droite. Quand Mélenchon quitte le PS avec cette doctrine, il espère faire exploser la vieille maison, et en récupérer l’aile gauche. On sait ce qui arriva : seule une petite poignée de militants, recouvrant en gros l’ancien courant PRS, participèrent à la scission, tandis que le nouveau patron de la gauche du parti, Benoit Hamon, intégrait la direction de Martine Aubry. Mélenchon se retrouvait alors à la tête d’un groupuscule réduit à vivoter dans l’interstice entre PS, PC et mouvements d’extrême-gauche. Interstice certes brillamment exploité, jusqu’à chiper la candidature à la présidentielle aux communistes. Mais on est malgré tout bien loin de l’objectif initial d’un grand schisme fondateur : comme le prouvent les primaires citoyennes ralliant de Valls à Montebourg, les fondations de la vieille maison ont finalement tenu bon.


Il y a un autre candidat de 2012 qui regarde avec anxiété l’évolution des débats internes au PS. Il s’appelle François Bayrou. En 2007, il avait marché sur les plates-bandes électorales du parti socialiste, assez pour mettre en doute la présence de Ségolène Royal au second tour. Il n’a cessé d’expliquer, au sujet de la majorité centrale qu’il appelle de ses vœux, que des hommes qu’il « respecte », comme DSK ou Michel Rocard, y ont toute leur place. François Bayrou a en fait le même problème que Jean-Luc Mélenchon : tant que la vieille maison tient, son espace politique est plus que réduit, coincé entre les sommations de l’UMP, le marigot de centre-droit, et le PS – allié qui plus est à EELV, qui aurait pu être un partenaire envisageable pour lui.


L’extrême-centriste et l’extrême-socialiste ont donc un intérêt commun : l’explosion et la division du PS, entre réformistes fréquentables par le centre, et vraie gauche récupérable par le Front du même nom. Mais ce n’est pas tout : ils sont mutuellement nécessaires l’un à l’autre pour exister et justifier leurs stratégies réciproques. L’un est l’épouvantail de l’autre. Bayrou au sujet de Hollande : « c’est quelqu’un que je respecte, même si je pense aujourd’hui qu’il est prisonnier d’un programme et d’alliances qui ne peuvent pas répondre aux difficultés du pays » (alliance avec EELV, alors que dire d’un éventuel rapprochement ultérieur avec le Front de Gauche !). Quant à Mélenchon, on relira sa montée au créneau sur la simple évocation de Bayrou, que je citais au début de ce billet.


Le parti socialiste qui attire 3 millions d’électeurs sur un panel de candidats allant de Montebourg à Valls et Baylet est le pire cauchemar du MoDem comme du Parti de Gauche. Il préfigure en effet l’alliance entre centre-gauche et gauche « dure » qui est censée être, selon le MoDem comme le Parti de Gauche, impossible par essence. Une alliance qui ôte leur raison d’être et leur plan marketing électoral à chacune de ses deux formations. On comprend mieux,  à cette lumière, certaines réactions aussi pavloviennes que théâtrales.


Romain Pigenel