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Google, copié-collé, extension du domaine du plagiat

Pluie de plagiats sur la République des Lettres. Après « l’affaire Macé-Scaron », c’est au tour de Rama Yade d’être soumise au supplice chinois du détricotage minutieux, bout par bout, des emprunts dont est constellé son dernier ouvrage. Je me suis moi-même retrouvé de manière inattendue confronté au même problème, à une échelle moindre, avec la reprise en douce d’un billet de Variae sur le film Donoma par une journaliste à la rubrique « critique » (ça ne s’invente pas) du Monde – j’attends toujours, à cette heure, la réponse du quotidien vespéral sur ce (mé)fait.

 

On peut débattre à l’infini du plagiat, de ses formes, de son intentionnalité, des limites qu’il y a entre le chapardage mal assumé et la figure littéraire plus ou moins clairement pensée comme telle. Parmi les exemples que j’ai cités en introduction, il y a clairement deux catégories. Le plagiat à l’ancienne, d’œuvre à œuvre. Et une forme de plagiat toute contemporaine, de web à web, quand Rama Yade se sert sur un site de philosophie, ou la dénommée Sophie Walon sur Variae. Le résultat est le même, mais l’emprunt intra-Internet relève de conditions pratiques qui en expliquent la facilité, l’attrait et sans doute l’explosion à venir (si elle n’a déjà eu lieu).

Je fais partie de cette génération-pivot suffisamment jeune pour être totalement passée au numérique, et suffisamment « âgée » pour avoir étudié et travaillé dans une ère pré-Wikipedia, où l’expression « on y trouve tout » renvoyait encore à la Samaritaine plutôt qu’à Google. Chercher des informations de type journalistique était, il y a encore dix ans, un travail qui pouvait vite devenir fastidieux. Les ressources de Yahoo et autres AltaVista étant vite épuisées, il fallait – et d’ailleurs on ne s’en offusquait même pas – aller chercher l’information physiquement, dans des bibliothèques et autres centres de ressource. Sortir de chez soi, faire le trajet, trouver une place libre, obtenir la source désirée, recopier les informations à la main ou faire une photocopie sur laquelle on retravaillerait plus tard …  Ou encore faire une opération commando dans une librairie, où l’on essaierait de récupérer vite, sur un bout de papier furtivement sorti de sa poche, les informations requises sans s’attirer le courroux du maître des lieux.

Je ne m’étendrai pas sur la situation actuelle, bien connue du lecteur. Elle touche d’ailleurs plus que l’information journalistique : m’étant amusé un jour à me mettre à la place des mes étudiants, je m’étais rendu compte que l’on trouvait, sur Wikipedia, d’honnêtes synthèses de concepts ou d’expériences philosophiques relativement avancés, sans même parler du reste du web, et des ressources anglo-saxonnes sur le sujet.

La culture Google, le geste – devenu une seconde nature – du « rechercher-clic » implique, par rapport à la situation d’il y a dix ans encore, des différences de pratiques cognitives qui vont au-delà du simple « c’est plus facile ». Déjà, nous pensons Google, ce qui veut aussi dire que nous pensons moins par nous-mêmes. Le premier réflexe sur une question est souvent de rechercher ce qu’en disent les sites que nous fréquentons habituellement, avant de googler gaillardement. Le what would Google do tend à remplacer l’introspection comme premier geste intellectuel. Ensuite, le rapport à la matière textuelle passe de l’actif au passif. Je m’explique. Dans l’expédition bibliothécaire que j’ai relatée ci-dessus, la copie d’informations, même la copie, reste un geste actif. Les efforts déployés pour obtenir une information, le temps passé, l’éventuel travail de copie manuelle (au crayon) laissaient toute latitude à un parasitage par sa pensée propre, à un vagabondage intellectuel qui faisait que, partant d’une source imposée, on pouvait en venir, malgré soi, à développer des idées, des reformulations, bref à sortir du rapport read only au texte. Avec la combinaison fatale Google + copier/coller, ce n’est pas tant l’automatisation que la passivité qui progresse comme paradigme. Quand on peut en quelques dizaines de clics trouver toutes les informations dont on a besoin, et les reverser sur sa feuille blanche, en les (re)composant comme on en a envie, pourquoi se fatiguer à refaire ce qui existe déjà, sous une forme satisfaisante ?

Il ne s’agit pas de faire le procès de la technologie. La disponibilité et la duplicabilité accrues de l’information offrent des perspectives de travail et de création réjouissantes pour celles et ceux qui veulent s’en saisir. Mais le vol intellectuel en douce, la copie bête et méchante – sans signaler la source reprise – sont devenus plus attirants et faciles que jamais. Une sorte de supplice de Tantale à l’ère de la connexion Internet en continu,  auquel il est de plus en plus facile de céder quand le temps presse – ou quand, comme pour certaines personnalités, on délègue le travail d’écriture à des « nègres » dont on ne contrôle pas toujours le travail et les sources d’informations … Combien de faux écrivains se sont ainsi retrouvés piégés par les emprunts indélicats de leurs plumes de l’ombre, et obligés d’assumer en public ce qu’ils n’avaient en réalité pas fait (c’est le cas de le dire) ?

Si le domaine de la plagiabilité s’étend, les moyens de sa traque progressent en parallèle, ne serait-ce que via Google. Les affaires citées au début de ce billet (garanti non plagié) ne sont donc que des amuse-gueule : le feuilleton ne fait que commencer.

Romain Pigenel

Nicolas Sarkozy, président en fuite

Parfois, la réponse à une interrogation gît là, sous nos yeux, tellement évidente qu’on ne la voit pas.

 

Cela fait un certain temps que je me demande comment qualifier Nicolas Sarkozy. Tout a été dit sur lui. Trop. Personnage complexe et mouvant, il a opéré durant ces derniers mois, en outre, une métamorphose communicationnelle, qui achève de brouiller les cartes. L’écart de la chambre à 37 000 euros mis à part (et on a vu avec quelle rapidité l’affaire a été étouffée), c’en est fini, pour le moment, du ludion hyperbolique et excessif qui se mêlait de tout, écrasant François Fillon pour mieux saturer l’espace médiatique. Le Sarko nouveau a même résisté à l’envie d’intervenir directement sur le drame cévenol – on mesure à ce détail seul l’ampleur de l’effort.

 

En fait, l’énigme n’est pas très difficile à résoudre. Sa solution est sous nos yeux. Elle est là, dans cet élément de langage consciencieusement rabâché par l’UMP sur un président « capitaine dans la tempête ». Un homme, donc – si on déplie la métaphore – qui saurait prendre ses responsabilités et qui ne quitterait pas le navire, avec femmes et enfants, à la première bourrasque. Or quand on y songe un peu, c’est exactement du contraire qu’il s’agit. C’est même le premier qualificatif qui s’impose pour le président sortant et sa majorité politique : la couardise, l’incapacité à assumer ses responsabilités. En un mot, la fuite.

 

Première fuite que celle consistant, justement, à se réfugier in extremis derrière ses ministres pour restaurer son image et se faire oublier des Français, pour retenter une énième rupture, un improbable « J’ai changé 2 » en janvier prochain. Sarkofrance titrait ce matin : Sarkozy se planque, ses ministres font campagne à sa place et c’est exactement de cela qu’il s’agit, d’un pari à la sauce « plus c’est gros, plus ça passe » sur la mémoire courte des Français.

 

Deuxième fuite, plus identitaire et définitoire encore, celle consistant à sans cesse invoquer un calamiteux passif socialiste pour expliquer tous les maux du pays. La faute à Mitterrand, la faute aux 35H, la faute au laxisme sécuritaire ! La ritournelle virait déjà à l’escroquerie en 2007, au sortir de 5 ans de Chirac. Elle revient désormais, au bout de dix ans de droite, à prendre les Français pour des sinistres imbéciles, incapables de compter le nombre d’années depuis lesquelles la gauche n’a pas eu le pouvoir en France, et le temps que cela a laissé à la droite pour défaire ce dont elle avait hérité – et faire mieux à la place. Pourtant, c’est encore cette scie usée jusque au manche que Nicolas Sarkozy a utilisée lors de son dernier Sarkoshow en prime time.

 

Troisième fuite, aussi ancienne que le sarkozysme, celle consistant à chercher des boucs-émissaires de plus en plus improbables pour expliquer les maux que le président et le gouvernement s’avèrent incapables de traiter. Il y eut, l’été 2010, la pantalonnade sur les Roms, pour tenter de ressusciter l’image du Sarkozy « premier flic de France ». C’est aujourd’hui, après le « cancer de l’assistanat », la fraude sociale que l’on érige au rang de cause nationale – en oubliant au passage l’ampleur de la fraude fiscale car, on l’aura compris, les boucs émissaires sarkoziens se trouvent toujours du même côté de l’ascenseur social.

 

Quatrième fuite, celle consistant à se défausser sur la crise. Ils ne le crieront bien entendu pas sur tous les toits, mais la crise, avec ses différentes étapes depuis 2008, est une divine surprise pour les sarkozystes. Elle a le même effet qu’un tsunami qui raserait des quartiers entiers de taudis gérés par des promoteurs véreux, faisant table rase des preuves et noyant les responsabilités particulières dans l’ampleur du sinistre. C’est un élément de langage quasi pavlovien chez les hommes et les femmes du Président : toujours rappeler que « c’est la faute à la crise », croissance en berne, pouvoir d’achat moribond, chiffres du chômage en constante augmentation. Xavier Bertrand vient encore d’en faire la démonstration avec son annonce précoce, pour tenter de les déminer, des chiffres – calamiteux – de l’emploi. Divine surprise encore que le semblant d’autorité donné au président par les sommets européens et mondiaux à répétition, quand le locataire de l’Elysée ne fait en réalité que passer son temps à s’aligner sur notre voisin allemand, guettant anxieusement les agences de notation qui lui font les gros yeux. Car c’est lui, en fait, le vrai « candidat sous influence », comme dirait Roselyne Bachelot.

 

Cinquième fuite – mais elle regroupe tout le reste – la piteuse tentative de déplacer le débat présidentiel sur le terrain de la carrure, de l’expérience, de la supposé supériorité personnelle, donc, du cap’taine Sarko sur le moussaillon Hollande, alors même qu’on se demande si une expérience présidentielle comme celle du maire de Neuilly n’est pas de celles que l’on cache sur son CV, de peur d’avoir à rendre compte. Parler de carrure et de copinage avec les grands de ce monde pour éviter au fond, une seule chose : le bilan, le comparatif froid et implacable entre les promesses de 2007, et la France en miettes qui est aujourd’hui ballotée au gré des spasmes spéculatifs de sa dette.

 

Ce qui va mal dans l’hexagone ? La faute, au choix, de la crise, des Roms, des pauvres, des chômeurs, des banlieusards, des assistés, des fraudeurs, des étrangers, des socialistes, voire de l’ancien Sarkozy, le casseur de pov’ cons qu’il faudrait aujourd’hui oublier, celui qui – tiens, encore une fuite – aimait à sauter de sujet en sujet, allumant incendie sur incendie. La faute, en gros, de la France, puisque le programme que lui propose le commissaire politique Copé est une injonction au courage – ce qui laisse entendre qu’elle en manque, la France, de courage, ou qu’elle ne l’a pas encore assez démontré. Les électeurs apprécieront.

 

Un président lâche, qui joue à cache-cache avec le résultat de ses décisions. Un président que l’on imagine bien incapable de reconnaître publiquement, comme son modèle Obama : I screwed up. Un président en perpétuelle fuite devant lui-même.

 

Il n’y a finalement pas grand chose d’autre à en dire, ou à en retenir.

 

Romain Pigenel

Morin, une candidature qui vient de loin

Qui connaît réellement Monsieur Morin ? Il faut l’admettre, le dernier candidat en date à l’élection présidentielle ne bénéficie pas d’une exposition médiatique et d’une reconnaissance populaire comparables à celle des grands favoris de 2012. Or l’ignorance est un poison qui ronge la République, et même la démocratie. Variae, blog reconnu d’utilité publique jusque dans les colonnes du Monde, a donc décidé de publier un rappel biographique sur le leader du Nouveau Centre, qui sera peut-être, dans un an, le premier des Français.

Les débuts à la télévision

On entend parler pour la première fois du « Résistant » normand dans les années 80, durant lesquelles, déjà soucieux de toucher au plus près le peuple français, il mène une carrière d’animateur de télévision populaire et de qualité, lançant la fameuse Roue de la fortune. Sourire de crooner de station thermale et veste croisée impeccable, il côtoie Annie Pujol, que lui subtilisera plus tard Nicolas Sarkozy (ou peut-être est-ce l’épouse de Jacques Martin? Bref, je m’égare) et croise quelques autres hommes politiques en devenir, comme Patrick Sébastien, futur fondateur du DARD.

Vite lassé du star-system, il opère une retraite médiatique pour se recentrer sur sa passion première, la clarinette, et se consacrer à la sociologie et à la philosophie.

Morin, sous son nom de scène d'alors

Les années d’étude et de recueillement

Après sa disparition des écrans de télévision, Morin entre au CNRS et se met à écrire à toute vitesse une impressionnante série d’essais de sciences humaines, devenant en peu de temps une référence mondiale en Amérique du sud et le grand spécialiste de la « pensée complexe ». C’est probablement là que naît son intérêt pour le centrisme et le centre-droit, car quoi de plus complexe que les subtiles nuances théoriques entre MoDem, Parti radical, Nouveau Centre, UDF, Droite sociale, Alliance centriste, gauche sarkozyste, villepinisme, et humanistes de l’UMP ? Il pense, écrit, s’indigne, devient copain avec Stéphane Hessel avec qui il posera plus tard en couverture de Rue89. Tout cela le fatigue beaucoup, et il prend ce qu’il faut bien appeler un petit coup de vieux.

Réfléchir, ça fatigue !

La longue marche vers le pouvoir

Fort de ses années télévisuelles puis intellectuelles, Morin est maintenant prêt pour le grand rendez-vous avec la France. Prenant la sage décision de ne pas brusquer les étapes, il commence par un stage ANPE chez un autre candidat, François Bayrou, qu’il soutient courageusement jusqu’à la veille du deuxième tour de l’élection. Là, un dilemme se présente à l’écologiste qui sommeille en lui : les députés centristes, espèce protégée par WWF, risquent de disparaître du fait de la stratégie dangereuse de son patron. Il prend alors sur lui d’organiser le sauvetage des élus UDF, en les faisant courageusement passer chez Nicolas Sarkozy. Tout aussi désireux de renouveler l’Assemblée Nationale et de la mettre aux couleurs de la France, il présente aux législatives une liste composée de non-professionnels de la politique, dont son neveu, son frère, ses secrétaires et son chauffeur. Beau geste rénovateur trop injustement oublié aujourd’hui. Il consulte ensuite un chirurgien aussi doué que celui de Silvio Berlusconi, qui lui rend toute sa jeunesse et un teint hâlé digne d’un premier ministre transalpin.

Le nouveau Morin est arrivé

Le candidat

C’est donc un homme riche d’expériences multiples (ce serait même de lui que viendrait l’expression « un Michel Morin ») qui se présente aujourd’hui devant nous. Porteur d’une pensée féconde et complexe que l’on pourrait appeler, après « l’ordre juste », le Juste Milieu, il a tous les atouts pour opérer un large rassemblement des Français au-delà des chapelles politiciennes et des intérêts partisans.

Romain Pigenel

Les interviews de Variae (2) : Madame la Campagne de Nicolas Sarkozy

Pour notre deuxième volet des “interviews de Variae“, nous avons eu la chance de décrocher un rendez-vous téléphonique avec une personnalité dont le nom court actuellement sur toutes les lèvres : la Campagne de Nicolas Sarkozy. L’échange n’a pu aller à son terme, mais nous le publions quand même, en laissant le soin au lecteur d’en tirer ses propres conclusions.

Bonjour, madame la campagne de Nicolas Sarkozy, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Variae ?

Eh bien, que dire, je suis la campagne de Nicolas Sarkozy. Une sorte d’intermittente de la politique, j’ai notamment déjà travaillé en 1999, pour les européennes, et en 2007, pour l’Élysée. Voilà, je ne sais pas quoi vous dire d’autre, pour être honnête j’ai même cru à un erreur, que vous vouliez interviewer la cOmpagne de Monsieur Sarkozy, Carla Bruni …

 

Non, vous êtes bien la personne qui nous intéresse ! Enfin, là vous êtes en plein travail non ? On vous a vue notamment vendredi et mardi, très active sur le front du nucléaire et de la critique de François Hollande et des écologistes

Ah ! Je comprends mieux. Je vous arrête tout de suite, il y a erreur sur la personne : vous parlez de l’Intérêt Supérieur de la Nation. Effectivement, on nous confond souvent, mais il m’a remplacé auprès de Nicolas Sarkozy dès mai 2007. Le président l’a dit clairement, je serai le président de tous les Français, la République irréprochable, la campagne et ses divisions sont derrière moi, blablabla. Depuis, moi la campagne, je suis au repos. A Tricastin, vendredi, c’était bien l’Intérêt Supérieur de la Nation qui accompagnait le président. Il l’a clairement dit : « le nucléaire n’est ni de droite ni de gauche, il est l’intérêt supérieur de la France ».

 

Enfin, écoutez, tout le monde sait que Monsieur Sarkozy a commencé sa campagne

Oulala, pas si vite. « tout le monde », c’est qui « tout le monde » ? Je ne connais pas ce monsieur. Lisez plutôt dans Libération l’interview de François Logerot, « président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques », bref, un bonhomme qui en a dans le crâne. « Est-ce que vous considérez que Nicolas Sarkozy est déjà entré en campagne? – Au sens du code électoral, je ne peux pas l’affirmer. – Pourtant c’est clair pour tous les observateurs de la vie politique? – Peut-être, mais la commission ne peut se fier à une impression générale ». Voilà. Je n’ai pas commencé. Et je ne sais même pas si je commencerai : Monsieur Sarkozy se moque bien de sa réélection, il pense à la France, au destin de notre nation, pas comme ces sinistres socialistes.

 

Quand j’ai appelé l’Élysée pour vous joindre, personne ne disait vous connaître, tout le monde me renvoyait en revanche vers l’Intérêt Supérieur de la Nation. Mais quand j’ai appelé celui-ci, ça n’a jamais répondu …

Oh, il n’est quasiment jamais à l’Élysée, l’Intérêt Supérieur de la Nation, ces dernières années. Il ne s’y sent pas très bien. Enfin, je vous dis ça en off, hein, ne le mettez pas dans votre papier.

 

Ah. Mais donc – excusez-moi d’insister – toutes ces allusions à peine voilées aux fermetures de centrales nucléaires prévues par le PS et les Verts, ce n’est pas la preuve que Sarkozy est en campagne ?

Puisque je vous dis que NON ! Tenez : dans quelques jours – je peux vous le dire en exclusivité – il va parler d’économie, en expliquant que c’est la réduction du temps de travail qui a tué la croissance et l’emploi. Eh bien, ce ne sera pas du tout en référence à un quelconque concurrent à l’élection présidentielle, puisqu’il n’est pas candidat. Juste une mise en garde générale, une vérité universelle. Un peu plus tard, je pense qu’il expliquera aussi que l’école n’a pas besoin de professeurs en plus. Cela n’aura pas plus à voir avec François Hollande : ce sera le résultat d’une réflexion philosophique désintéressée, présidentielle, sur l’avenir de l’éducation. Il serait vraiment illogique et mesquin de compter cela dans le temps de parole de la majorité, ou dans les comptes de campagne – puisque moi, la campagne, je suis au chômage technique.

 

Sans vouloir vous offusquer, quand Monsieur Sarkozy organise une émission spéciale avec Barack Obama pour se mettre en valeur, c’est bien que …

Écoutez, ça suffit ! Nicolas Sarkozy n’est pas en campagne. Compris ? D’ailleurs je n’existe même pas. Je n’ai jamais existé. Je ne sais pas à qui vous voulez parler. Allo, allo, je ne vous entends plus !

 

S’il vous plait, je voudrais juste …

Allo, allo ! [bruit de combiné qu'on raccroche] bip bip bip …

 

Malgré tous nos efforts, nous n’avons pas pu joindre à nouveau la campagne de Nicolas Sarkozy. Quant à nos démarches auprès des annuaires téléphoniques pour joindre à l’Élysée le bureau de l’Intérêt Supérieur de la Nation, elles se sont toujours soldées par la même réponse : « inconnu à cette adresse ».

Propos recueillis par Romain Pigenel pour Variae.

 

Retrouvez ici les autres interviews de Variae.

#Donoma : la macé-scaronite frappe Le Monde

La macé-scaronite, mieux la connaître, mieux la prévenir.

 

QU’EST-CE QUE LA MACE-SCARONITE ?

La macé-scaronite est une pathologie de l’auteur, particulièrement du journaliste, consistant à emprunter, sans le signaler, des bouts de texte (voire des passages entiers) chez un confrère ou une consœur de plume, et sans l’accord de ces derniers. Bien que ressemblant à la dementia journalistica (ou « maladie de la petite cervelle » dans la classification du professeur Mélenchon), elle ne doit pas être confondue avec elle.

COMMENT LA DEPISTER ?

Selon les patients, la macé-scaronite peut varier en intensité et en fréquence. On distingue différents stades de gravité, remarquablement identifiables dans cet article du Monde sur le film Donoma, rédigé par une journaliste victime de ce mal, et s’étant servie dans un précédent billet de Variae.

 

Stade 1 : éruptions textuelles éparses

Des mots, des groupes de mots sont piochés dans le texte d’origine, parfois légèrement modifiés. Le caractère discontinu et limité des emprunts rend l’identification difficile, si ce n’est impossible, en l’absence d’autres symptomes.

Sophie Walon dans Le Monde :

« Donoma, auto-proclamé « film-guérilla » […] des acteurs souvent épatants de justesse ».

Variae :

« Donoma, auto-qualifié « film-guérilla » [...] des acteurs épatants et suscitant immédiatement l’empathie »

 

Stade 2 : plaques d’irritation sémantique

Le stade 2 ressemble au stade 1, mais est plus susceptible d’attirer l’attention du praticien.  Les emprunts s’allongent, passent au niveau de la phrase, avec des combinaisons de mots rendant la probabilité d’un simple hasard extrêmement faible.

Sophie Walon dans Le Monde :

« Donoma filme ces jeunes plus ou moins blancs, plus ou moins riches […] cette jeune classe moyenne urbaine »

Variae :

« Cette jeune classe moyenne urbaine […] ces vingtenaires et trentenaires mélangés, plus ou moins blancs, plus ou moins riches »

 

Stade 3 : prurit verbal (appelé aussi « macé-scaronite purulente »)

Au stade 3, la pathologie explose au grand jour. C’est bien souvent à ce stade déjà trop avancé que le patient est dépisté. Les emprunts se resserrent, touchent des passages entiers.

 

[Échantillon 1]

Sophie Walon dans Le Monde :

« Malgré (à cause de ?) cette démarche originale, on peut se montrer méfiants face à ce film étiqueté “film de jeunes de banlieue”, à la bande-annonce décousue et à la longueur inquiétante. D’autant plus que la production du film, qui s’est faite hors de tous les circuits d’aides habituels, pourrait tout simplement être le signe d’une qualité artistique insuffisante pour y prétendre. »

Variae :

«  A priori, beaucoup de raisons de ne pas tenter l’expérience : une bande-annonce décousue, une longueur inquiétante pour un premier film (plus de deux heures), un buzz de « film de jeunes de banlieue qui vient remuer le cinéma français », et l’information que la production de ce long métrage s’est faite hors de tous les circuits d’aides habituels, ce qui peut tout simplement être le signe d’un niveau artistique trop faible pour y prétendre. »

 

[Échantillon 2]

Sophie Walon dans Le Monde :

« Alternant des séquences hyperréalistes quasi-documentaires, caméra nerveuse au poing, et des scènes à l’humour ou à l’onirisme extravagant […] . Donoma semble rassembler tous les clichés du cinéma français en puisant tour à tour dans le film sentimental et psychologisant de bobos en appartement parisien, le film de banlieue et le cinéma d’auteur. »

Variae :

« On pourrait penser à une sorte de best of des clichés du cinéma français actuel. […] le réalisateur (Djinn Carrénard) emprunte en effet aux principaux genres hexagonaux : le film sentimentalo-psychologique de bobo en appartement, le film de banlieue avec parler cru wesh wesh style, et aussi le cinéma d’auteur pour des séquences plus expérimentales. […] Enchaînant des moments d’hyperréalisme quasi-documentaire, caméra nerveuse au poing, avec des scènes à l’onirisme envoutant »

COMMENT LA TRAITER ?

Dans un premier temps, le patient met en place des stratégies d’auto-défense (« intertextualité », « hasard », « clin d’œil »), voire de dénégation, relayées par ses proches, ses collègues.

Sans prise de conscience – parfois brutale – le traitement est impossible. Une fois que le patient a accepté son état, des thérapies sont envisageables : suspension de la connexion à Internet et de la fonction « copier/coller » dans son traitement de texte, phases de recueillement personnel, ateliers d’écriture. Le surmenage étant un facteur aggravant, la prise d’un congé sabbatique pourra être envisagée.

 

La macé-scaronite n’est pas honteuse. Elle se maîtrise. Elle se soigne. Parlez-en à votre rédacteur en chef.

 

Romain Pigenel

La visite du docteur Variae continue ici.

UMP : la méthode « un jour sans fin »

Phase 1

Un fait divers survient et monopolise l’attention des médias nationaux. Sa sauvagerie et son injustice, la détresse des victimes bouleversent l’opinion, au point de faire passer son caractère de fait divers (probablement rare) au second plan.

Phase 2

Très vite, des tirailleurs UMP entrent en action. Ils occupent le terrain et balisent le débat en rivalisant d’adjectifs et de pathos pour désigner ce qui vient de se passer, en reliant le drame à des causes « sociétales » et morales (les racailles, l’irresponsabilité, la violence juvénile, la récidive …), ou à la défaillance, aux « dysfonctionnements » d’un corps constitué (les juges, les enseignants, …). Parallèlement sont dénoncées les tentatives « d’instrumentalisation » d’adversaires politiques qui leur répondent. S’ils avaient agi quand ils étaient au pouvoir, on n’en serait pas là !

 

Phase 3

L’affaire passe au niveau supérieur de l’Etat. Le Président (ou le Premier ministre) prend la parole, sur le même ton que les tirailleurs, et annonce une réunion au sommet, avec tous les ministres concernés. La signification est claire : l’exécutif s’occupe des problèmes des Français. Un message est passé aux corps constitués mis en cause : toutes les responsabilités seront découvertes et exposées au grand jour. Un autre message est passé aux Français : ce qui vient de se passer pourrait vous arriver, mais rassurez-vous, cela ne vous arrivera pas, grâce à la phase 4.

 

 

Phase 4

Sans prendre en compte le dispositif législatif existant ni la représentativité du fait divers par rapport à des problèmes plus structurels, le dépôt d’un projet de loi est annoncé (pour les victimes, contre les agresseurs). Tirailleurs et membres du gouvernement se succèdent dans les médias pour s’en féliciter. En France, il n’est pas possible queIl n’est pas admissible queLe laxisme, c’est fini, ce n’est plus acceptable. Plus jamais ça. On prie l’opposition, si elle regimbe, de faire front et de penser pour une fois à l’intérêt national. C’est une loi qui fera date et qui vise un problème quotidien de nos concitoyens. Tant pis pour les corporatismes mis à mal !

 

Phase 5

Les médias se lassent du fait divers et passent à un autre sujet de préoccupation. L’excitation législative retombe : si la loi est votée, on traîne des pieds pour l’appliquer, ou on se rend compte qu’elle n’est tout simplement pas applicable.

 

Phase 6

Quelques mois passent. Les mouches ont changé d’âne : l’obsession du moment s’appelle modernisation de l’Etat, révision des politiques publiques ou encore plan de rigueur. On peut faire mieux avec moins : les corps constitués, associations ou professionnels mis en cause lors du fait divers voient leurs crédits raccourcis, leur organisation bouleversée et/ou leurs effectifs scalpés. L’application de la loi votée devient impossible.

 

Phase 7

La situation s’étant nettement dégradée, les risques de fait divers tel que celui connu en phase 1 s’accroissent – et c’est ce qui finit par arriver.

 

Phase 8

Reprendre à la phase 1.

 

Romain Pigenel

EXCLUSIF VARIAE : l’hommage de l’Elysée à Nicolas Sarkozy

A la suite d’une apparente erreur d’envoi, Variae a reçu du service de presse de la Présidence de la République, en même temps que l’hommage à Danielle Mitterrand, un communiqué apparemment déjà préparé pour mai prochain, pour saluer un éventuel départ de Nicolas Sarkozy de l’Elysée.

Après de longues hésitations et un débat passionné au sein de notre comité éditorial, nous avons décidé de publier ce témoignage d’importance pour les politistes, les linguistes et les historiens, et cela malgré les plus vives protestations de notre correcteur d’orthographe.

 

Romain Pigenel, pour Variae

 

***

 

PRESIDENCE

DE LA

REPUBLIQUE

Service de presse

 

Paris, le 7 mai 2012

COMMUNIQUE

A l’annonce du déparre de Monsieur Nicolas Sarkosy, le personnel de l’Élysée a tenut à présenté ses plus sincaires et ses plus profondes amitiés à ses épouses, à ses enfants, à ses petis-enfant et à l’ensemble de ses conseillé spéciaux, affidés, obligés, intermédières, institue de sondage, éditorialistes et grands patronds. Il a voulu saluer le parcourt exemplaire d’un homme qui n’abandonnas jamais ses amis et poursuivi jusqu’au bout de ses forces les ennemis qui trouvaient juste de s’opposé à lui.

Toute sa vie il a accompagner, dans les épreuves comm dans les victoires historiques, le parcours politique or du commun de Charles Pasqua, puis de Jacques Chirac, puis d’Edouard Balladur, puis de Jacques Chirac, puis de lui-même, avec Dominique de Villepain, contre Dominique de Villepin, avec Jean-François Coper, contre Jean-François Coppé, mais jamais ni l’épreuve, ni la victoire ne le fire dévier du chemin qu’il s’été tracé : faire entendre les besoins de ceux qui n’en avaient pas.

A côté d’un destin eksépsionnel il su faire preuve d’une indépendance d’esprix par rapport aux demandes de son peuple, d’une capacité d’écoote à l’égard de ses donateurs et d’un culot eksépsionnels.

A sa petite place il a donc sut, aussi, se servir de la Frence que nous aimons.

Hervé Morin, le candidat (moyen) de la réconciliation nationale

Parmi toutes les questions qui sont posées par la présidentielle, il en est une qui domine les autres : quel candidat sera capable de surmonter la fracture entre les Français ? France divisée, France brisée, France, en un mot, sarkozysée, mais France rrrrrrassemblée. Celui ou celle qui pourra tenir ces propos en mai prochain aura fait un grand pas vers la victoire. Ce pas, chers lecteurs, figurez-vous qu’il a déjà presque été fait. Par Hervé Morin.

 

Oui, Hervé Morin. Malgré les sondages en berne (on sait ce qu’il faut en penser), et malgré la concurrence que fait peser sur lui, le Dupont du centrisme, l’autre Dupond, Dupond-Bayrou. Le chef de file du Nouveau Centre a en effet ce week-end fait plus qu’une proposition : il a présenté une méthode. « Dans un monde nouveau, il faut des idées nouvelles, les recettes d’hier ne marcheront pas et je veux être celui qui porte des solutions nouvelles qui n’ont jamais été essayées […] Moi, je dis aux Français, il y a une troisième voie. […] Cette troisième voie a un nom, c’est la semaine des 37 heures. »

 

La gauche s’arqueboute sur la défense des 35H. La droite soupire après le retour des 39H. Ces gens-là ne sont pas sots : ils doivent avoir chacun un peu raison. (35+39)/2 = 37. Bingo ! On fera donc la semaine de 37H, et on déclinera le procédé pour tout le reste. La moyenne, un programme moyen pour un parti central, des demi-mesures pour un pays de classes moyennes. La méthode rejoint la forme qui rejoint le fond. Brillant.

 

Oh je vous vois bien avec votre air narquois derrière votre écran. Oui, il suffisait d’y penser, mais il en va de même avec toutes les idées révolutionnaires, évidentes une fois découvertes, figurez-vous. Surtout, celle-là permet de construire un programme en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Valérie Giscard d’Estaing. Oubliées les équipes d’experts pléthoriques, il suffit de quelques stagiaires listant les propositions de la droite et de la gauche pour en calculer la moyenne. Oublié aussi le fossé entre les élites et le peuple : tout Français en capacité de faire une addition puis de diviser par deux peut comprendre un tel programme et y adhérer – soit la quasi totalité des électeurs, sauf peut-être Luc Chatel.

Avec ce qu’il convient d’appeler la méthode Morin, tout s’éclaircit, tout se réconcilie. Les fans de slip et les adeptes de caleçon, les inconditionnels de l’OM et les supporters du PSG, les pro- et les anti-Tristane Banon. Et Variae peut d’ores et déjà, en exclusivité, vous révéler les prochaines annonces spectaculaires de la Troisième Voie. La retraite à 61 ans. La 5,5ème République. La demi-journée de carence en plus pour les arrêts maladie. L’interdiction de se promener avec plus de la moitié du visage voilée en public. La demi-sortie du nucléaire (les particules ont bien une demi-vie, non ?).

 

Il n’y a rien, rien qui ne puisse être réglé par la Troisième Voie. La sécurité ? La gauche raffole, comme le rappelait Brice Hortefeux, des animateurs sociaux, des « grands frères inopérants en chemisette », alors que la droite ne jure que par les BAC et autres CRS aux protections en kevlar couvrant tout le bras. Le Nouveau Centre proposera la mise en place d’une nouvelle unité, les Animateurs Républicains de Sécurité, aux manches mi-longues. La réforme scolaire ? L’UMP veut imposer l’uniforme à l’école, tandis le PS conserve son soutien et son affection aux sauvageons avec leurs survêtements surdimensionnés et colorés, aux allures de pyjama. A cela Hervé Morin pourra répondre par le port obligatoire (un jour sur deux) du suitjama.

Un suitjama.

Il n’y a donc plus d’obstacle au rrrrrassemblement de tous les Français. Pas d’obstacle si ce n’est – hélas – l’opposition des chapelles, des cliques et des clans qui ont tout à perdre à travailler ensemble. D’où la violence de Jean-François Copé contre les missionnaires de la Troisième Voie. Hervé Morin parviendra-t-il malgré tout à embrasser son destin de réconciliateur national ? La suite au prochain épisode.

 

Romain Pigenel

Faut-il désespérer des partis politiques ? Réponse à @marcvasseur et @isaway

Il y a des semaines avec et des semaines sans. La gauche, par l’entremise de ses deux principales formations, le PS et Europe Ecologie – Les Verts, vient incontestablement de passer quelques sales jours, même si je pense que les bénéfices à long terme peuvent largement en compenser les désagréments immédiats. Pour décrire ces mésaventures, j’ai souvent vu les mêmes mots revenir : « vieille politique ». Précisant cette lassitude, @isaway et Marc Vasseur publient sur leurs blogs respectifs un bilan critique de leur engagement au PS puis à EELV, qui sonne comme un réquisitoire contre la politique en parti.

 

Il n’est jamais agréable, quand on est soi-même un militant politique, de voir des camarades prendre le chemin de la sortie, surtout quand on connaît la difficulté à prendre la voie inverse. J’aurais envie de leur répondre que les incidents que nous venons de traverser relèvent des vicissitudes ordinaires de la vie partidaire, et que leur impact négatif est aussi une sorte d’hommage du vice à la vertu, de déception par contraste avec les espoirs soulevés d’une part par la grande réussite démocratique des primaires socialistes, et d’autre part par la personne d’Eva Joly. En même temps, je sais bien que pour l’une comme pour l’autre, c’est plus l’accumulation de désillusions qui joue, que telle ou telle sortie de route passagère.

Cette déception, ce rejet des partis sont courants à gauche. Ils peuvent se fonder sur des lacunes et des vices indiscutables, en matière de fonctionnement, de renouvellement, d’ouverture sur le reste de la société. Ces problèmes sont – au PS en tous cas – souvent formulés et conceptualisés à (très) haute voix dans la vie interne du parti, la « rénovation » étant un slogan qui fait toujours mouche en réunion de militants. Slogan suivi de réalisations plus concrètes – les primaires socialistes en sont par exemple le résultat. Extérieurement aux partis, l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux a également contribué à la fluidification et au décloisonnement des échanges entre militants, comme en témoigne par exemple ce blog.

Mais à côté de ces griefs organisationnels qui me semblent être malgré tout progressivement traités, je vois aussi une source plus subjective et plus puissante au désamour envers les partis. C’est le décalage, brutalement ressenti, entre les idéaux portés et affichés, et les pratiques internes. L’idéalisme militant voudrait que les partis qui parlent de changer le monde soient déjà, dans leur vie propre, une vitrine du nouveau monde qu’ils appellent de leurs vœux. L’idéalisme militant se heurte à un constat simple : les partis sont des organisations humaines et, en tant que tels, sont travaillés par des logiques et des tensions communes à toutes les organisations humaines. Ambitions. Arrangements. Passe-droits. Combines. Haines personnelles. Cliques et bandes. Oligarchies internes. Etc. L’organisation politique a ses spécificités : on y voit du bien et du mal en proportion différente que dans d’autres milieux, plus de dévouement bénévole, mais plus aussi de mélange malsain entre relations interpersonnelles, convictions et intérêts matériels. C’est ainsi. Et dans ce monde, small is not beautiful : bien souvent, les « nouvelles formes de militantisme », mouvements et groupuscules d’avant-garde en tous genres, se révèlent encore plus décevants que les autres. Parce que moins de règles, moins de cadre, moins de hiérarchie apparente, cela veut aussi dire plus de place à la loi du plus fort. Comme en Assemblée Générale, c’est celui qui gueule le plus fort qui l’emporte.

On peut bien travailler sans cesse à améliorer le fonctionnement des partis, il faut se faire une raison : ils n’échapperont jamais aux vices et aux vertus du reste de la société. Il n’y a pas d’avant-garde éclairée du prolétariat. Juste un rassemblement d’hommes et de femmes probablement un peu plus conscientisés, comme on dit, que la moyenne – ce qui n’est déjà pas si mal.

Pour changer le monde, il faut commencer par le prendre tel qu’il est, aurais-je envie de dire en bon réformiste que je suis. J’y ajouterai une observation. Trop souvent, la mauvaise monnaie militante chasse la bonne, car on n’est jamais déçu quand on n’a pas de grands idéaux. Quitter un parti par rejet d’individus ou de pratiques, c’est laisser le champ libre à ces individus, et à ces pratiques, et finalement manquer à ses idéaux. Le nombre fait la force, le malthusianisme renforce la médiocrité. Ne l’oublions pas, et sachons mâtiner l’idéalisme de pragmatisme. C’est ce que j’appelle l’optimisme.

Uniforme : l’UMP travestit la question scolaire

Miracle du sarkozysme, les marronniers fleurissent à l’automne. Nous voici donc repartis pour un tour de débat sur l’uniforme à l’école, idée qui a déjà pointé le bout de son nez à plusieurs reprises depuis 2007, et que l’UMP relance dans le cadre du travail sur son projet présidentiel, avec l’approbation de François Fillon. La méthode est désormais rodée : on nous explique que la proposition vient de la droite populaire, mais que l’Élysée est prudent. Bref, on tâte le terrain, et on joue gagnant à tous les coups : soit cela fonctionne, soit l’assentiment n’est pas majoritaire, et le président sortant peut écarter la proposition et prendre la posture du modéré raisonnable.

Il faut le dire, le coup est bien joué. L’uniforme – ou plutôt, soyons précis, le port d’un « vêtement commun », afin de « gommer les inégalités sociales » et de renforcer « un esprit de cohésion et d’appartenance commune à un établissement » – est une idée qui peut présenter plusieurs avantages du point de vue de l’UMP.

 

Premièrement, elle permet de quitter en douce le terrain, dangereux, du bilan de la majorité sortante sur la réforme scolaire, les inégalités éducatives (et sociales) et le statut des enseignants, pour se déporter sur la champ des valeurs (autorité, morale) et des débats « sociétaux », comme disent les journalistes. Champ sur lequel l’UMP peut interpréter sa partition préférée, celle des gardiens de l’ordre contre la gauche laxiste et libertaire.

 

Deuxièmement, elle permet de flatter la nostalgie (frelatée) et l’orgueil national, en jouant à la fois sur la fibre républicaine façon Pagnol et Guerre des boutons (ah le bon vieux temps de la vraie école d’avant 68 !) et sur la promesse d’établissements d’élite à l’anglo-saxonne, avec fraternités et remises des prix en toges. Après tout, il y a bien toujours de la foule pour applaudir la Garde Républicaine quand elle passe à cheval, plumet au vent.

 

Troisièmement, elle peut aussi, peut-être, rogner sur le territoire de la gauche, pas seulement du côté des républicains un peu réactionnaires, mais aussi, plus subtilement, de celui des anti-marques et anti-consommation, d’une part, et des laïques, d’autre part, puisque l’uniforme veut aussi dire non – j’imagine – aux signes distinctifs divers et variés.

 

Quatrièmement, c’est le type même du débat interminable et cent fois relancé, qui plaît et touche au-delà des seuls Français s’intéressant de près à la politique.

 

La manœuvre est donc tout sauf sotte. Raison de plus pour y répondre fermement. Il est plutôt amusant de voir le parti des dérégulateurs et de l’ami des grands patrons – Sarkozy – celui qui, au hasard, a autorisé les publicités pour cette drogue légale que sont les paris en ligne, soudain se soucier de l’impact que pourrait avoir le trop-plein de marketing sur les jeunes Français. Je ne m’étendrai pas sur l’autre énormité évidente que la gauche, j’espère, martèlera si jamais la proposition monte dans le débat : que penser d’un gouvernement qui creuse les inégalités tout en inventant des rustines improbables pour les cacher à l’école de façon vestimentaire ? Qui rêve tout haut d’Eton en ne donnant même pas les moyens nécessaires aux ZEP ?

Mais il y a une autre question plus importante, qui pour le coup peut troubler à gauche, et que Camille Bredin, « secrétaire nationale à l’égalité des chances de l’UMP », développe dans la vidéo précédente. C’est la question, ou plutôt la thèse, de l’école qui serait « un lieu différent ». Tout dépend de ce qu’on comprend par différent. Si différent veut dire sanctuaire, comme on peut parfois l’entendre à gauche également, alors on fait fausse route. Car plus l’école se replie sur elle-même (y compris dans les quartiers difficiles), plus elle devient un camp retranché regardant de façon inquiète (ou ne regardant même pas, d’ailleurs) par-dessus ses murailles le reste de la société, plus elle suscite de violence et d’échec à ses marges. Nier ce qui se passe au dehors, tenter d’imposer un ordre et une uniformisation névrotiques au milieu d’une société de plus en plus individualiste (en bien comme en mal) est une voie non seulement absurde, mais sans issue.

 

Sans compter que la liberté vestimentaire (dans les limites de la laïcité) est constitutive de la liberté tout court, et qu’elle constitue à mon sens une phase de la construction de l’identité de beaucoup d’adolescents, en particulier pour ceux qui s’inscrivent dans des modes ou des « tribus » qui, pour paraître incompréhensibles ou ridicules aux parents, n’en ont pas moins leur importance à cet âge de la vie.

 

La relance de ce débat par la droite est fondamentalement un aveu d’échec sur l’école. Le tout est de le démontrer.

 

Romain Pigenel