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Les caractères de la politique (1) : l’indigné revendicatif

Il ne comprend pas, vraiment pas, ce qui se passe, Monsieur Truc. Il a écrit il y a maintenant trois semaines à xxx, candidat à la magistrature suprême, pour lui proposer de venir parler devant l’Université du Temps Libre de sa région. Les heures, les jours, les semaines sont passées sans réponse. Oh, on a bien accusé réception de son email, mais depuis, aucun signe ! C’est incompréhensible, c’est inadmissible.

Alors il a oublié sa réserve naturelle, Monsieur Truc, et il s’est permis d’aller manifester son étonnement sur la place publique. Il a commencé sagement, sur un forum de soutien au candidat xxx. Eh bien quoi ! xxx ne veut-il pas être élu ? Ou alors, faut-il comprendre qu’il n’a que mépris pour les sociétaires de l’Université du Temps Libre, parce qu’elle a le malheur d’être en province, à l’écart des lignes TGV et de ne pas prêcher la pensée unique ? Les supporters de xxx lui ont répondu, sur ce forum, ils ont même tenté maladroitement de la faire patienter, car xxx est assailli de demandes semblables. Mais il n’est pas tombé de la dernière pluie, monsieur Truc. Alors il est monté en gamme. Il a copié sa supplique dans les commentaires du blog de xxx. Il a été censuré ! (bon, en fait il y avait juste un délai de modération pour que son commentaire apparaisse, mais c’est déjà louche). Il l’a copiée-collée ensuite dans les commentaires des articles de Libération, du NouvelObs, du Figaro sur xxx, il l’a diffusée sur les réseaux sociaux. On ne le fera pas taire comme ça ! Sans compter que xxx est récidiviste. Oui, Monsieur Truc a de la mémoire, il se souvient bien de ce long courrier manuscrit qu’il lui avait adressé, au début de la crise financière, ce courrier qui en 25 pages denses résumait assez brillamment sa lecture des événements, et donnait les solutions d’un honnête citoyen pour réguler l’économie et mettre au pas les banquiers. Ces solutions qui avaient été honteusement censurées sur le forum de Désirs d’Avenir, alors qu’il avait simplement entrepris de les copier-coller dans chaque fil de discussion pour les rendre accessible au plus grand nombre ! Eh bien déjà, ce courrier, xxx ne lui avait répondu que par une formule de politesse, sans se prononcer sur les 57 propositions qu’il présentait !

Monsieur Truc ne va pas s’arrêter là. Il va avertir une bonne amie à lui, militante du parti de xxx, qui va, le ton grave et le front soucieux, expliquer au sein du comité local de soutien à la candidature de xxx que l’équipe de campagne de ce dernier dysfonctionne gravement. Dans une campagne il ne faut négliger personne. Que fera-t-on si Monsieur Truc se plaint du peu de considération témoigné par xxx, dans la newsletter de l’Université du Temps Libre, très lue dans la région, ou pire lors d’une réunion plénière de cette association ?

Monsieur Truc va désormais l’expliquer, fataliste, indigné, à ses amis. Oui, il y a bien une crise du politique très grave, comme Edwy Plenel l’a démontré dans son dernier éditorial. Les élites oligarchiques écoutent plus les patrons du Siècle que le peuple. Peu importe son cas particulier : c’est un symptôme du dysfonctionnement de la démocratie tout entière. Et si vous ne le croyez pas, vous n’avez qu’à écouter le récit de sa cousine, Madame Chose. Madame Chose ? Elle s’occupe d’une association très impliquée dans la médiation socio-culturelle de proximité. Par la co-production d’installations vidéo avec les habitants de son quartier, elle interroge les normes du quotidien et met en place des logiques de résistance contre les dominants. Il est incompréhensible que ce travail de terrain, généreux, citoyen, engagé, ne bénéficie pas encore de l’aide des collectivités locales. Et pourtant Madame le Maire, qui justement soutient la candidature de xxx à la présidentielle, lui avait dit, l’an dernier, qu’elle allait voir ce qu’elle pouvait éventuellement faire pour examiner son dossier. Depuis, plus de nouvelles. Mais on n’endort pas Madame Chose avec de belles promesses. Elle est allée voir Madame le Maire lors de sa permanence et lui a expliqué très clairement les choses. Madame Chose a bien conscience que l’élection présidentielle approche, elle ne fera rien pour faire perdre son camp, bien au contraire. Mais quand même ! Comment pourra-t-elle retenir plus longtemps la curiosité de ses amis, pigistes dans la presse locale ou journalistes d’investigation chez Mediapart, et de sa vieille connaissance au Canard Enchaîné, qui seraient bien scandalisés de découvrir comment le parti de xxx et de Madame le Maire traite la médiation socio-culturelle de proximité et les logiques de résistance ? Encore une fois, Madame Chose ne veut pas faire perdre son camp. Mais il est évident que quelques milliers d’euros, bien que largement insuffisants et inférieurs à ce qu’avait promis Madame Le Maire, permettrait à son association de passer 2012 sans encombre, et éviterait l’indignation de Mediapart et du Canard … c’est un fait.

Politiciens sourds et aveugles aux demandes des honnêtes citoyens, tremblez : pendant quelques mois, le nombrilisme va changer de camp.

Romain Pigenel

Les caractères de la politique, une nouvelle série sur Variae à suivre ici.

Variae a trois ans

Variae a trois ans. Cela peut se dire de différentes manières, en langue des blogs : 205 billets, ou encore 2438 commentaires. Trois ans : presque un monde. Quand je créai ce blog en août 2008, on commençait seulement à parler de la crise, qui n’était encore que des subprimes, le président des Etats-Unis s’appelait George Bush, le mot « Grèce » rimait avec « antique » et non avec « faillite »; El Assad, Kadhafi ou Moubarak avaient leur rond de serviette à l’Elysée. Reims était plus connue pour ses rois de France que pour les affres du Parti socialiste. Quand quelqu’un disait « wiki », on pensait encyclopédie plus que fuites. Facebook commençait juste à s’imposer en France, et Twitter n’était pas autre chose qu’un gagdet pour geeks. L’écran tactile n’équipait que l’élite des smartphones et les tablettes n’étaient que de chocolat. Il fallait aller dans un parc d’attraction pour voir des films en 3D. On attendait avec impatience le retour sur scène de Michael Jackson, ainsi que le prochain album d’Amy Winehouse. Un autre monde, la fin des années 2000, presque un autre siècle, à l’échelle de l’accélération du temps. Des (r)évolutions dont Variae, à sa façon, a été le témoin.

Variae ne serait rien sans ses lecteurs et les utilisateurs de réseaux sociaux – autres blogueurs, facebookers, twittos … – qui échangent, dialoguent, évoluent avec lui. Qu’ils en soient ici sincèrement remerciés. Variae n’est déjà plus un enfant unique puisqu’il a été rejoint, en début d’année, par un blog de choses vues, sans commentaires consécutifsVariae {On The Fly}, sorte de recueil de brèves de comptoir numériques et visuelles – et qu’il va encore être augmenté par un blog musical dans les prochains jours – mais je vais vite vous en reparler. A tous, à demain pour la poursuite de la vie de ce blog, et je l’espère à dans de très nombreuses années pour fêter ses prochains anniversaires !

Romain Pigenel

Pensée amicale pour tous les blogs qui se sont un jour ou l’autre liés à Variae :


Le Blog de Gabale
A perdre la raison
Au comptoir de la Comète
Ségorama
Carnet de notes de Yann Savidan
Mon avis t’intéresse
Le coucou de Claviers
La rénovitude
Partageons nos agapes
A toi l’honneur !, la suite…
FOLIO DU BLANC-MESNIL
Ce Que Je Pense …
Le blog de Julien Dray
Partageons l’addiction
Les coulisses de Sarkofrance
Voie Militante
Lyonnitude(s)
Bah !
French Politics
Intox2007.info
des pas perdus
blog de David Burlot
Section socialiste de l’île de Ré
Un blogue de plus
Le grumeau
Désirs d’Avenir Hérault
Sarkofrance
LES JOURS ET L’ENNUI DE SEB MUSSET
Chez El Camino
Les divagations NRV de cui cui fit l’oiseau.
Une Autre Vie
La Maison du Faucon
De tout et de rien, surtout de rien d’ailleurs
Je n’ai rien à dire ! et alors ??
100 000 V
Trublyonne voit la vie en rouge
Sète’ici
Entre Musique et Politique
La lettre de Jaurès
Abadinte
les échos de la gauchosphère
le blog de polluxe
Les Peuples du Soleil
Fucking disgrace
Antenne-relais
Rimbus le blog
Ménilmontant, mais oui madame…
Alter Oueb
[Unhuman]geek
La pire Racaille
La Bienveillante
Raaahaa !
Dominique Haciba Guizien -
La revue de Stress
Unhuman
Olympe et le plafond de verre
Chez Homer
Philippe Méoule
Mon Mulhouse
Asclepieia
Humeurs de Jean Dornac
Marianne2.fr
Du petit monde de Gildan
L’Hérétique
mtislav
Moi, je
La lettre volée
L’arène nue
Le blog de Laurent Grandsimon
J’ai rarement tort …
Je hais les journaux intimes
Bienvenue sur mon blog politique
JEAN-MARIE LEBRAUD
In / Out
Parti socialiste de la ville d’Anzin
HORIZONS ET COUPS DE COEUR
parti socialiste beziers centre
Misscellaneous
Inclassable
Arnaud Mouillard
Le blog de Guy Birenbaum
Zette And The City
Saint-Pierre-des-Corps, c’est où ça
Météo Mulhouse
Gaulliste donc Villepiniste
Ruminances
Nouvel Hermes
Produits dérivés
Ptit Miam
Zikio
Engagée
InternetActu.net
JCFrogBlog II
Chez dedalus
Le blog de Louis Lepioufle
Ecume de mes jours
Unique et commun à la fois
Désirs d’avenir Castelnau de Médoc
Les nouvelles de l’atelier
Le jour et la nuit
Tout en un
Je pense donc j’écris
Les aventures d’Euterpe
Peuples.net
Le Blog d’Henri Audier
Tête de Quenelle !
Regards citoyens
Sauvons la recherche
dadavidov homepage
le blog du planning stratégique 2.0
Crashdebug.fr, L’actu sans détour…
Homer d’alors
Désirs d’Avenir 77 Crécy
Médias Citoyens Diois
Social-libéral, le blog de Marc d’Héré
Partagez mes vannes
Espoir A Gauche Pyrénées-Atlantiques
Labadens Blog
Chroniques du web
Le petit livre rose
Philippe Mouricou
P.S.Canton.de.Brétigny
Blogorama blog
Parti Socialiste Nîmes – section Marianne
l’Echo du Village
Françoise Blanche
Ghislaine Salmat
Ordre divers

Maurice Lévy, verre à moitié vide ou à moitié plein ?

La France a désormais son Warren Buffet ; il préside l’Association française des entreprises privées et le directoire de Publicis. Le ci-devant Maurice Lévy a ainsi proposé, par voie de tribune dans Le Monde, « une contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis » dans le contexte actuel de crise de la dette et de panique financière. La sortie étonne, dérange, éveille le soupçon. Guy Birenbaum acquiesce, Piratage(s) y voit du pragmatisme cynique, le blogueur gauchiste CSP crie à la supercherie. Au fond, toujours la même vieille histoire, celle du verre à moitié vide, à moitié plein.

 

A moitié vide ? Les raison de voir ce qui manque dans le verre pour qu’il nous donne vraiment envie ne manquent pas. Oui, ce texte étale à longueurs de paragraphes toute la doxa libérale-conservatrice, s’épouvante du « déclassement » des pays et de la « descente aux enfers des valeurs boursières », prêche « le nécessaire rappel à l’ordre, brutal et impératif, de remettre de l’ordre dans nos finances publiques », condamne dans une même phrase « Etat-providence » et « assistanat », pleure le refus de la gauche de soutenir la « règle d’or », appelle à une réduction « brutale, immédiate » du déficit public. Oui, encore, on a toutes les raisons du monde de se méfier de la charité de dame-patronnesse qui ne se manifeste qu’en ultime recours, et qui voudrait encore se voir décerner les palmes académiques de la morale quand elle ne fait que reconnaître – enfin – la réalité. Oui, enfin, si un Warren Buffet ou un Pierre Bergé parlent clairement d’augmenter les impôts de façon structurelle pour les riches, Maurice Lévy est bien moins clair : « Une contribution exceptionnelle […] [participer] à l’effort national. […] Tous ceux qui peuvent par leurs moyens participer à ce nécessaire effort national. ». Ne faut-il pas lire, un bémol en dessous de ce que l’enthousiasme général a compris, que Lévy préconise une contribution supplémentaire le temps de réduire les déficits, avant de revenir au statu quo ante ?

Le verre n’est pas plein : personne ne le conteste. Mais tout de même. Il y a des mots, qui dans la France d’aujourd’hui et sous cette plume, font date. « il me paraît indispensable que l’effort de solidarité passe d’abord par ceux que le sort a préservés. […] je considère avec la même force qu’il est normal que nous, qui avons eu la chance de pouvoir réussir, de gagner de l’argent, jouions pleinement notre rôle de citoyens en participant à l’effort national. ». Lier citoyenneté, impôt, progressivité de l’impôt pour les hauts revenus ? N’oublions pas que nous vivons sous la présidence d’un homme qui s’est fait élire, d’une certaine manière, contre l’impôt, en étant capable de déclarer dans un discours de campagne : « si je suis élu président de la République, je proposerai l’inscription dans la Constitution d’un bouclier fiscal à 50% du revenu car il me paraît raisonnable qu’au-delà de 50% de son temps, chacun soit libre de travailler autant qu’il le veut en franchise d’impôts. ». On ne rappellera pas les péripéties de la loi TEPA et du bouclier fiscal. Mais force est de constater que, en partie pour des raisons compréhensibles (de faible « retour sur investissement » du côté des services publics notamment), l’idée même de l’impôt est devenue insupportable en France, jusque dans les newsletters de libraire :

 

Même Piketty, dans son ouvrage sur la révolution fiscale, prend bien soin de préciser que personne n’aime payer des impôts. Comme s’il fallait le rappeler ! Mais il y a un fossé entre ne pas débourser de l’argent de gaité de cœur, et entendre rabâcher dans les médias une idéologie anti-impôts ; or c’est de ce côté du fossé que nous sommes actuellement. De ce point de vue, toute brèche, toute contestation de ce consensus libéral est la bienvenue, d’où qu’elle vienne, et je dirais même plus surtout si elle vient de ceux qui ont le moins à en profiter. Il y a une bataille idéologique à regagner et on ne gagne rien sans alliés.

Verre à moitié vide, à moitié plein ? C’est un peu, ici, la différence entre sociaux-démocrates pragmatiques et gauchistes théoriques. Bien sûr que non, la tribune de Maurice Lévy n’est pas de gauche, mais elle mérite d’être prise au mot, pour la partie qui nous intéresse. Demandons à tous les « riches » et autres « nantis » de se positionner clairement par rapport à elle. Un verre ne se remplit pas en un jour.

Romain Pigenel

Grosse fatigue 2.0

Voit-on poindre une certaine lassitude à l’égard des médias sociaux ? C’est ce que suggère avec prudence une étude de l’institut Gartner, relayée par Ecrans.fr. Si la tendance générale reste à l’enthousiasme, avec de fortes zones de progression (comme chez les jeunes), 24% des sondés, généralement moins geek, disent utiliser moins les réseaux que lors de leur inscription sur ceux-ci. On se reportera au détail de l’étude pour une analyse plus fine de ses résultats. Mais l’apparition d’une « social media fatigue » dans les segments les moins technophiles de la population me semble aller dans le sens de la logique.

On tend facilement à oublier que les réseaux sociaux sont avant tout ce que leur nom indique : des réseaux sociaux. A la différence de jeux vidéos, par exemple, et même de jeux vidéos sociaux tels que les MMORPG, ils n’offrent pas d’autres contenus (informationnels, relationnels) que ceux que les participants y mettent et ceux auxquels ils peuvent accéder. Un réseau comme Facebook est potentiellement riche d’interactions, mais encore faut-il parvenir à y avoir des amis ; sur des réseaux asymétriques où l’on s’abonne à des comptes sans que ceux-ci s’abonnent forcément au sien (Twitter, Google Plus, voire les blogs), on peut très bien rester spectateur inaudible (ou inécouté), même si on souhaite le contraire.

 

Sur Facebook, la tendance au renforcement de la confidentialité des comptes par leurs propriétaires ne facilite pas le « moissonnage » d’amis. Il faut donc faire, surtout si on vient d’arriver sur le réseau, avec ses connaissances réelles de la vie réelle. Et là, on n’est plus dans les grands discours sur l’Internet social, mais simplement ramené à la réalité de son « réseau social » IRL : a-t-on beaucoup d’amis ? Sont-ils inscrits sur Facebook ? A supposer qu’ils le soient, quelles sortes de contenus diffusent-ils, à quelles sortes d’interactions donnent-ils lieu ? Je repère généralement trois types de comptes dans mon propre réseau : des comptes qui utilisent le réseau pour diffuser de l’information, en recevoir et échanger à son sujet ; des comptes qui sont principalement destinés à l’interaction amicale ou familiale (statuts sur la vie quotidienne, photos de vacances …) ; des comptes enfin sans activité ou presque, avec leur mur spammé par les messages de divers jeux et applications. Selon la répartition (à mon avis fortement corrélée au niveau socio-professionnel) de ce type de comptes dans son propre réseau, on aura une expérience de Facebook évidemment bien différente, et des opportunités radicalement différentes. Même l’usage amical ou familial a ses limites : même si on adore ses amis ou sa famille, a-t-on vraiment envie – quand on n’a plus 15 ans – de partager avec eux leur moindre photo de soirée ou le commentaire de leur agenda ? Facebook ne met pas forcément en avant la facette la plus intéressante des gens.

 

Les réseaux asymétriques type Twitter présentent un autre problème : être exposé aux messages d’autrui ne garantit pas, loin de là, la réciprocité. Là encore je constate une tripartition des comptes : des comptes (très nombreux) sans mises à jour et sans abonnés ; des comptes prolixes, très suivis et activement suivis (c’est-à-dire avec des interactions soutenues avec d’autres comptes) ; entre les deux, la masse des comptes qui fonctionnent, mais dans le vide, c’est-à-dire avec peu d’abonnés et encore moins d’interactions, quel que soit le nombre de messages qu’ils émettent. Twitter reproduit et exaspère en fait le darwinisme social du monde « réel » : d’un côté des stars, des (micro)célébrités, des influents ; de l’autre le commun des mortels, qui peut bien avoir les choses les plus intéressantes du monde à dire mais qui reste dans l’ombre. Bien sûr, on peut assumer (certains comptes le font clairement) le fait de rester muet et de simplement venir recueillir de l’information, mais cela ne justifie pas vraiment, à la longue, une présence soutenue sur le réseau.

 

Il ne me semble donc pas illogique, passé l’effet de nouveauté et la curiosité, qu’une partie de leurs utilisateurs se lassent des réseaux sociaux. Non par fatigue de la suractivité en ligne, comme pour les utilisateurs les plus experts et impliqués, mais au contraire par ennui et sous-investissement. Les chiffres de la présente étude sont même étonnamment bons, dans cette perspective, et montrent combien ces réseaux, bon gré mal gré, se sont ancrés en profondeur dans le paysage.

 

Romain Pigenel

Les mots de la politique (10) : Sarkozy, Aubry, « Règle d’or »

Nicolas Sarkozy avait lancé dans le débat public l’expression de « règle d’or » ; Martine Aubry l’a définitivement validée, en la reprenant ce week-end à son compte dans une tribune publiée dans Le Monde. Peu importe que cela soit en fait pour critiquer le fond de la proposition politique du Président de la République. Une fois prononcés, les mots vivent leur vie et structurent les échanges indépendamment de l’intention présidant à leur énonciation. Ils sont riches de connotations qui pèsent infiniment plus, sur le long terme, que la tribune qu’ils étaient censés introduire. Surtout quand ils s’inscrivent dans une offensive de communication massive du camp adverse.

J’ai été frappé, la première fois que j’ai entendu parler de cette « règle d’or », par le caractère profondément non-politique de ce terme. Non pas qu’il ne soit pas politiquement habile, mais il se situe à mille lieues de toute la novlangue de bois politicienne, d’inspiration technocratique, dont je m’amuse régulièrement dans mes « Mots de la politique » sur Variae. Cette « règle d’or » est en fait d’autant plus politique qu’elle ne sonne pas politique, et parle donc potentiellement au plus grand nombre. On parle d’ordinaire de règle d’or dans un registre professoral – on énonce des « règles d’or » (10, 7 …) pour « réussir son couple » ou « son blog » dans la presse spécialisée – ou dans un registre moralo-religieux – l’éthique de la réciprocité ; bref, dans tout ce qui a trait à la prescription. Le « d’or » renvoie en outre à une dimension d’exemplarité et d’harmonie : « l’Âge d’or », bien entendu, mais aussi le fameux « nombre d’or », censé donner la clé de l’équilibre pour une construction. C’est une expression aussi puissamment évocatrice que floue sur son contenu exact – l’inverse, par exemple, du « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ». Elle induit un basculement du registre de la politique gestionnaire quotidienne au registre, presque, du sacré, ce qui est probablement voulu et lié à la tentative de « re-présidentialisation » de Nicolas Sarkozy.

 

Ceci pour l’or. Qui ne doit pas faire oublier la règle. On parle ici d’encadrer, de réguler l’action politique. L’intention n’est pas scandaleuse en soi, mais ne survient pas dans n’importe quel contexte. Nous sommes plongés depuis trois ans dans une crise financière et économique dont on nous explique – Nicolas Sarkozy le premier, dans son mémorable discours de Toulon – qu’elle est la conséquence du laisser-faire, du libéralisme échevelé et de la dérégulation de l’économie financiarisée. On pourrait donc se dire que la priorité politique du moment est bien de poser des « règles », mais à la finance. Le tour de force de la droite est au contraire de focaliser le débat sur la régulation de l’action de … l’Etat, alors même que se déchaînent les spéculateurs en parallèle ! La règle d’or répond à la loi d’airain des marchés. La puissance publique se trouve ainsi confortée dans la place qu’entendent lui donner les agences de notation – sur le banc des accusés. Sans compter qu’on renforce l’idée que l’urgence serait d’entraver la politique, alors qu’elle n’a jamais eu autant besoin d’être inventive et de renverser la table.

 

Cette « règle d’or » pour le budget de l’Etat a tout d’une bombe sémantique à retardement, qui redouble le piège politique tendu par la droite à l’opposition sur la question de la dette. La dernière chose à faire, pour la gauche, est donc de reprendre ce terme, même dans l’espoir illusoire de se l’approprier. Accepter les mots de l’adversaire, comme l’a fait Martine Aubry, c’est leur (et donc lui) donner un peu plus de poids ; c’est, au bout du compte, accepter son cadre pour le débat.

 

Romain Pigenel

 

Les autres mots de la politique ? C’est ici.

Gauche : laver son linge sale en famille

« “L’attrape-nigaud” des primaires socialistes ». Ce titre pour le moins violent n’est pas celui d’un billet pioché sur un blog de militant UMP. C’est celui d’une tribune publiée sur le site Atlantico – pas de surprise majeure jusque là – par un cadre … du MRC, le parti (jusqu’à preuve du contraire, de gauche) de Jean-Pierre Chevènement. La suite du chapeau ne fait pas plus dans la dentelle : « Après le fiasco de l’élection du Premier secrétaire en 2008, le Parti socialiste s’apprête à organiser ses primaires. […] beaucoup, y compris à gauche, s’interrogent sur le fonctionnement de l’élection. Décryptage avec Olivier Amiel, délégué national du MRC ». En guise de « décryptage », c’est à un passage à tabac en règle que se livre le « conseiller municipal de Perpignan » :  un PS « sectaire sur son projet », incapable « d’éviter une avalanche de suspicions de fraude », absence « navrante » de « débat de fond », « mascarade », « manœuvre inique », faisant des sympathisants de gauche des « idiots utiles » ou des « nigauds » … Visiblement, une menace pire que celle de Sarkozy pèse sur la France et le « peuple de gauche » : celle de l’infâme Parti socialiste et de ses primaires !

C’est peu dire que ce billet a retenu mon attention. Pas par son contenu, étonnamment faible pour un « décryptage », mais par le rapport entre la violence de sa forme, et le lieu de sa publication. Publier sur Atlantico, ce n’est pas rien. Publier un papier critique sur la gauche sur ce même site, c’est encore moins anecdotique. Lancé avec un certain flou artistique entretenu sur son identité (De droite ? Simplement « libéral » ? Lié ou non à l’UMP ?), le jeune pure player n’a pas mis longtemps à tomber le masque sur son orientation politique effective. Ses rédacteurs pouvaient bien se défendre des attaques – parfois excessives – dirigées contre eux, un simple examen de ses articles sur la gauche et le PS, comme j’en avais fait la démonstration il y a quelques mois, permettait de comprendre qu’Atlantico était bien la réponse de droite aux sites d’information de gauche, rivalisant d’agressivité avec eux pour cogner le camp opposé. Grand bien lui fasse. Mais une fois que cette orientation est établie, la question de la participation d’hommes et de femmes de gauche à cette publication est posée. D’autant plus que – je l’avais là encore relevé – l’utilisation de plumes de gauche, souvent un peu marginales, pour attaquer leur famille, est un procédé régulièrement utilisé par Atlantico, pour se camoufler derrière elles, maintenir l’illusion du pluralisme, et semer la zizanie.

 

Les articles consacrés au PS depuis juillet ? « DSK “très tactile” et Hollande en pleine crise », « Primaires PS : mais à quoi sert Arnaud Montebourg ? », « Primaire PS : les débats, du catch plutôt que de la boxe », « Primaire : le PS abandonne les valeurs de gauche », « Primaire PS : Christian Pierret dénonce une “rupture d’égalité de traitement entre les candidats” », « Primaires socialistes : le piège… », « Parti socialiste : petites primaires entre “amis” », « Quand le PS passera-t-il la 5ème ? », « Le PS ballotté entre secret du vote  et fichage des électeurs », « Le PS fait des propositions de loi très politiques. Sont-elles utiles ? » … Sans commentaire. La gauche en général n’est pas mieux traitée : « Les jeunes à gauche ?  Un cliché qui a vécu », « Oslo ne doit pas faire oublier le terrorisme inspiré par la gauche radicale » [sic], « Le Festival d’Avignon  est-il de gauche ? », « “Gaulliste de gauche est une expression qui n’a plus de sens” », « La gauche a-t-elle un problème avec les riches ? ». Et cetera.

 

Soyons précis. Il ne doit pas y avoir de tabou au sein d’une famille politique, même élargie, et je crois que j’en ai largement fait la preuve sur Variae, blog tout sauf tendre avec le Parti socialiste et ses personnalités, parti dont je suis pourtant adhérent et militant. Il n’y a rien de pire que le refus de toute critique au nom de l’unité ou du risque du déballage en public – dans l’absolu. Mais il y a, ensuite, la façon de le faire. Se concentrer sur les idées, en laissant de côté les attaques ad hominem et le dénigrement à l’emporte-pièce. Comprendre qu’il y a un temps pour tout, et que le tir à vue (ou la technique de la terre brûlée) à quelques mois d’une présidentielle n’est sans doute pas la chose la plus avisée du monde. Enfin, savoir avec qui on lave le linge sale. La tribune d’Olivier Amiel aurait-elle été publiée, par exemple, sur Marianne, qu’elle n’aurait pas eu le même sens. Sur Atlantico – avec un chapeau et un titre riches du savoir-faire local, comme il se doit – elle devient une sorte de caution pour un site qui n’aura jamais de complexes dès lors qu’il s’agira d’attaquer la gauche, sans s’encombrer de critères qualitatifs ni faire de différence entre ses composantes (le MRC serait-il plus puissant dans le pays qu’il en ferait également les frais).

 

N’est-il pas éminemment paradoxal de critiquer le PS pour son supposé manque d’idées, tout en ne cherchant à exister que par le dénigrement de ce dernier ? A chacun de répondre à cette question en son âme et conscience. Pour le reste, l’attitude d’un militant de gauche conséquent et cohérent devrait être simple : refuser de participer à Atlantico (ou à d’autres médias comparables), tant que sa ligne éditoriale n’aura pas été infléchie dans le sens d’une plus grande honnêteté intellectuelle, et se limitera au dézinguage méthodique de l’opposition.

 

Romain Pigenel

 

Les rites de la politique (7) : le sondage dont vous êtes le héros

La scène se déroule au siège d’un journal français. Un journaliste fait le point avec un jeune stagiaire sur le départ, et récapitule avec lui les différents aspects du journalisme web.


- Il me reste une dernière ficelle du métier à t’apprendre : le sondage dont vous êtes le héros.

- De quoi s’agit-il ?

- Oh, c’est très simple. Tu poses une question aux lecteurs de ton site, sur une proposition de loi, sur une élection, sur les primaires socialistes … Tu laisses la question ouverte quelques heures, ou même plus, tu attends qu’un nombre un peu important d’internautes aient répondu, et tu publies le résultat !

- Mais … ce n’est absolument pas scientifique ! Pourquoi ne pas commander un vrai sondage ? Avec cette méthode l’échantillon n’est pas représentatif, ni …

- [Il le coupe] Oh ! Épargne-nous ce baratin appris à l’école. D’abord, tu as les crédits pour payer un vrai institut de sondage ? Non ? Bon. Ensuite, les gens s’en foutent. Ils veulent du participatif, de l’interactif. Ils adorent qu’on leur demande leur avis, et ils adorent encore plus regarder la course de chevaux, Hollande qui repasse en tête, Aubry derrière, Royal qui reprend l’avantage sur Montebourg … Crois-moi, le résultat et le titre effacent, au bout du compte, la manière d’y arriver !

- Mais comment faire pour être sûr d’avoir assez de votants ?

- Ce n’est pas bien compliqué. Il y a quelques trucs qui fonctionnent toujours, comme impliquer Ségolène Royal dedans. Évidemment, c’est plus facile pour une question sur le candidat de la gauche en 2012 que sur le vainqueur du mondial de foot … Quoi qu’il en soit, si on peut voter pour elle dans ton sondage, tu peux être certain que ses soutiens, les adhérents Désirs d’Avenir, vont rappliquer dans le quart d’heure pour voter en masse pour elle. Et ils feront circuler le lien vers ton sondage sur leurs listes de diffusion, leurs comptes Facebook, encore et encore et encore …A leur tour, les équipes Internet de ses concurrents socialistes seront alertées et iront faire de même pour contrer les premiers votes. Les uns et les autres vont utiliser des techniques pour revoter plusieurs fois. Et ton sondage va tourner, et le nombre de votants va augmenter, et il va sembler de plus en plus indispensable à tout les militants d’y participer ! Imagine l’effet en termes de fréquentation pour ton site. Un vrai cercle vertueux.

- Un vrai cercle absurde oui … Mais ce que tu dis là, tout le monde sait, alors pourquoi les militants et les candidats continuent de tomber dans le panneau ?

- Parce qu’ils sont attentifs à tous les signaux envoyés à l’égard de leur candidature, et qu’ils ne veulent à aucun prix perdre du terrain sur leurs concurrents, même pour un classement avec aussi peu de valeur.

- Mais les militants ne se disent jamais qu’ils pourraient utiliser leur temps de façon plus constructive ?

- Bof, cliquer et obtenir une victoire par 800 voix contre 600 voix, ça donne toujours le sentiment d’être actif et efficace. Tant que tu as la médaille au bout de l’effort … Et puis il faut dire la vérité, malgré tous les grands discours sur Internet et Obama, les campagnes politiques en ligne en restent encore à la préhistoire de ce que l’on pourrait faire. Et comme il faut bien occuper les militants, ça ou autre chose …

- C’est quand même étrange que des militants politiques aguerris, toujours prompts à critiquer les « vrais » sondages comme peu scientifiques voire truqués, accordent tant d’importance à des enquêtes aussi vaines !

- C’est même pire que ça : ceux qui passent leur temps à expliquer que les sondages mentent seront les premiers à colporter partout le résultat de ton sondage dont vous êtes le héros, s’il leur est favorable, alors même qu’il ne sera bien entendu représentatif que de leur seul activisme un brin obsessionnel ! De ton côté, ne fais pas non plus dans la dentelle : regarde par exemple ce sondage-dont-vous-êtes-le-héros proposé par Slate, qui se prétend même en filigrane plus scientifique qu’un sondage « normal » sur les candidats, en s’appuyant sur des bêtises de Terra Nova !

- Alors il ne faut pas prévenir clairement le lecteur que le sondage qu’on lui propose n’est qu’une sorte de jeu et n’a pas de valeur informative ?

- Est-ce que sur les machines à sous de fête foraine, il est écrit la chance exacte de gagner le gros lot ?

-Hum.

-Tiens, si tu passes nous revoir à l’occasion, fais-moi penser à ce que je t’explique un autre truc du même genre, l‘article sur les commentaires des internautes

 

Romain Pigenel

 

Les autres rites de la politique, c’est ici.

Ouverture et débauchage

Après avoir durement critiqué la politique « d’ouverture » menée par Nicolas Sarkozy au début de son mandat, la gauche (ou du moins certaines de ses personnalités) ne fait-elle pas preuve d’inconséquence et de mauvaise foi en appelant à son tour, sous une forme ou sous une autre, à un large rassemblement pour gouverner le pays en 2012 ? C’est la question posée par un blogueur de droite à la blogosphère de gauche suite à certaines déclarations des dernières semaines. Plus fondamentalement, on peut poser la question du bien-fondé de l’ouverture en elle-même, puisque le sujet sera sans doute tôt ou tard à nouveau sur la table.

Curieux concept que l’ouverture en politique. Elle suppose explicitement que si on ne passe pas par elle, si on se contente, donc, de gouverner avec des hommes et des femmes de son propre camp, on est du côté de la fermeture, du sectarisme, de l’idéologie bornée, et au bout du compte que l’on n’est pas capable de diriger convenablement le pays. De ce point de vue, l’ouverture est un concept anti-politique, en cela qu’il tend à minimiser voire critiquer les divergences de vision et de projet entre formations politiques. Il conduit vite à postuler l’existence d’une force au-dessus des partis, devant laquelle ceux-ci devraient courber l’échine : que ce soit le « bon gouvernement du pays », au sens technocratique du terme (il y aurait des « bonnes réformes » à mener, par-delà le clivage droite/gauche), ou un homme fort rassemblant les Français (Sarkozy en 2007). Dans la pratique, les deux convergent, mais je vais y revenir. Autre caractéristique de l’ouverture dans son acception actuelle, elle sous-entend que l’écoute de (et le respect envers) la partie de la France qui n’a pas voté pour son camp passe nécessairement par le fait de confier des porte-feuilles ministériels à des représentants de partis politiques adverses. C’est une vision bien extrême des choses : le simple fait de commencer par respecter les partis vaincus, de jouer réellement le jeu parlementaire – bref, l’inverse de ce qui a été fait depuis 2007 – me semble constituer une façon certes moins spectaculaire, mais potentiellement tout aussi efficace, de rassembler le pays après la période toujours tendue des élections. Pour le coup, Nicolas Sarkozy a ouvert une piste intéressante en confiant la présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale à l’opposition, tout comme l’a fait Jean-Paul Huchon au niveau de la région Ile-de-France.

 

Si la volonté d’ouverture répond à un désir sincère de décrisper la politique hexagonale, je pense donc qu’il y a des voies médianes à explorer avant d’en venir au recrutement de figures de l’opposition dans un gouvernement. Mais admettons que l’on tienne absolument à pratiquer cette forme d’ouverture. Elle ne peut alors être acceptable, à mes yeux, que si elle se fonde sur une démarche respectueuse, d’une part, et d’autre part de négociation programmatique. Respect : ne pas tenter d’attraper telle ou telle prise de guerre dans le dos de son parti d’origine, et sans son accord. Négociation : c’est la suite logique du point précédent ; pour qu’un rassemblement de ce genre ait du sens et ne vienne pas seulement ajouter à la la confusion ambiante, il faut qu’il se construise sur un accord politique clair, marquant les points de convergence (et éventuellement de divergence) entre (ex)opposition et majorité. Dès lors, le gouvernement d’ouverture est adossé à un contrat politique et, on peut l’imaginer, à une majorité parlementaire ; et d’une certaine manière, le terme même d’ouverture devient impropre, si on a affaire à un tout cohérent et politiquement fondé. On voit très bien, a contrario, en quoi l’ouverture façon Sarkozy était aux antipodes de cette conception : elle cherchait d’abord à voler des personnalités au camp adverse, pour donner un sentiment et un affichage d’ouverture, sans en tirer de conséquences politiques. Les transfuges venaient simplement appliquer la politique de Nicolas Sarkozy, se soumettre ou se démettre, comme ils l’ont amèrement constaté. Le terme qui convient dans ce cas est celui de débauchage.

 

J’imagine que ceux qui à gauche, aujourd’hui comme en 2007, pensent à un rassemblement large après les élections, le conçoivent comme un contrat politique et donc comme une ouverture au sens « noble » du terme. Mais force est de constater que jusqu’à présent, ceux qui ont promu (comme un élément central de leur projet) ou mis en œuvre l’ouverture l’ont fait dans une logique d’intérêt personnel et partisan, tout en se réclamant paradoxalement de l’intérêt supérieur du pays. Je n’insisterai par sur la pratique sarkozyenne de l’ouverture, visant, par-delà l’affichage, à désorganiser le camp adverse et à y semer la confusion. Quelques mots en revanche sur l’autre configuration de l’ouverture que je mentionnais précédemment, celle du « gouvernement des meilleurs » ou de « l’union sacrée », promue notamment par Jean-Pierre Chevènement en 2002 et François Bayrou en 2007. Que ces démarches aient été portées par un rassemblement central dans un cas, par une formation centriste dans l’autre, ne doit pas faire oublier qu’elles visaient à chaque fois à reconfigurer l’espace politique national … autour de la formation en question ! Bayrou avait une formule très marquante : il fallait, selon lui, « forcer » droite et gauche à travailler ensemble – tout est dit. Main tendue peut-être, mais pour tirer à soi.

 

Mon sentiment est que l’ouverture est toujours une façon, plus ou moins subtile, d’assurer l’hégémonie d’une force politique, soit en déstabilisant la concurrence, soit en la contraignant à se réorganiser autour de soi. Cela serait sans doute moins vrai dans l’hypothèse d’un accord transparent entre partis, par exemple dans le cas d’une crise économique grave. Vérification dans les prochains mois ?

 

Romain Pigenel

 

Pour ou contre l’ouverture en 2012 ? Question posée à La Rénovitude, Gabale, Bah! by CC, Gauche de Combat, Le Pudding à l’arsenic, Laurent Pinsolle, Antennerelais, Marc Vasseur, David Burlot, Le Grumeau, Des Pas Perdus, Polluxe, Chez Louise, Coralie Delaume, Emmanuel Borde, Rimbus Abadinte et Voie Militante !

 

La réponse de La Rénovitude

La réponse de Gabale

La réponse de Emmanuel Borde

La réponse de Des Pas Perdus

La réponse de Marc Vasseur

En avant-première, le classement Wikio “société” du mois d’août

En exclusivité et avant-première (merci à Pierre de Wikio), voici le classement “société” des blogs pour le mois d’août 2011. Merci à tous ceux qui ont lu, partagé, commenté Variae ces dernières semaines. Et comme dirait Nicolas, “vive les blogs” !

 

Romain Pigenel

 

1 Variae
2 L’actu en patates
3 Les mots ont un sens
4 Olympe et le plafond de verre
5 A toi l’honneur !, la suite…
6 Mon avis t’intéresse
7 Ménilmontant, mais oui madame…
8 La Toile de David Abiker
9 SexActu
10 Bug Brother
11 W.I.P. (Work In Progress)
12 Journal d’un avocat
13 Alter Oueb
14 Al-Kanz
15 Un raleur de plus
16 Le Monolecte
17 Le Salon Beige
18 Mode(s) d’emploi
19 Etreintes digitales
20 Koztoujours

Classement réalisé par Wikio

7 raisons de participer aux primaires socialistes

La focalisation autour des différents prétendants à la candidature socialiste a fini par éclipser la grande nouveauté qui leur permettra de se départager : les primaires ouvertes, avec un scrutin en deux tours ouvert à tout le peuple de gauche. Un système inédit en France, et audacieux, mais qui n’est probablement pas – pour le moment – assez connu et apprécié à sa juste valeur. Pourquoi est-il important, que vous soyez socialiste non-encarté, proche d’un autre parti de gauche, ou tout simplement de gauche, de venir prendre part à ce vote et à cette mobilisation ? Sept raisons de s’y impliquer.

 

 

1 / Ne pas s’enfermer dans l’à-quoi-bon

 

Tout prête à la morosité, au pessimisme et au repli sur soi. La crise qui n’en finit plus de durer, les fins de mois difficiles, le chômage, l’avenir incertain, la droite qui persévère dans la même politique … Que faire, où s’engager efficacement et sans perdre son temps ? Avec les primaires ouvertes, le Parti socialiste donne la possibilité de venir choisir puis soutenir le principal candidat de la gauche, à quelques mois de l’élection, et sans adhérer à un parti. L’occasion d’un engagement politique sur une courte durée, efficace et ponctuel ; l’occasion d’agir, sans rien avoir à perdre.

 

 

2 / Traduire le mécontentement contre Nicolas Sarkozy

 

Depuis les fortes manifestations contre les retraites, les Français n’ont pas eu l’occasion de traduire concrètement leur mécontentement, et leur envie de changement. Les résultats des élections régionales et cantonales ont été brouillés par des considérations extérieures (enjeu local ou national, montée du FN). Venir voter aux primaires en nombre, c’est envoyer un signal extrêmement clair et construire un rapport de force avec la droite. Participer aux primaires, c’est déjà voter une première fois contre Nicolas Sarkozy et l’UMP.

 

 

3 / Prouver à l’UMP qu’elle ne peut pas sévir en toute impunité

 

Tout au long des derniers mois, l’UMP a tenté nationalement de faire interdire les primaires socialistes pour des prétextes absurdes, et localement d’empêcher leur bon déroulement en multipliant les obstacles matériels et administratifs. Jamais sans doute on a vu le parti au pouvoir entreprendre à ce point de bloquer la démocratie pour faciliter sa réélection – c’est un scandale qui dépasse de loin le seul parti socialiste. Voter massivement aux primaires, c’est montrer que la France n’appartient pas à un parti.

 

 

4 / Donner le coup d’envoi de la présidentielle

 

Alors que nous ne sommes qu’à quelques mois de l’élection, tout est fait, par la droite et par une certaine presse, pour empêcher ou pourrir le débat : les manipulations interminables autour du procès DSK et de « l’affaire Banon », les rumeurs lancées contre Martine Aubry … Ces informations de caniveau remplissent l’actualité et permettent à Nicolas Sarkozy de retarder au maximum le moment du bilan de son action, et d’entraver l’exposition des projets alternatifs de la gauche. Des primaires réussies feront la une des médias, poseront les questions politiques sur la table et obligeront droite et gauche à se positionner par rapport à celles-ci.

 

 

5 / Montrer que ce sont encore les Français qui ont le pouvoir

 

Chantage à la délocalisation, agences de notations privées et spéculateurs qui mettent à genoux les Etats, Europe lointaine et technocratique … La démocratie s’amenuise et la voix du peuple semble compter de moins en moins. En organisant une consultation géante de la population pour choisir son candidat, le PS redonne sa juste place au suffrage universel. Y participer, c’est remettre la démocratie à l’honneur contre les pouvoirs économiques et financiers.

 

 

6 / Choisir le prochain – probable – président de la République

 

On peut bien avoir la plus grande méfiance envers les sondages, ils n’en montrent pas moins imperturbablement depuis des mois que c’est le candidat socialiste qui sera en tête des candidats de l’opposition en 2012, résultat qui est dans la continuité des dernières élections locales. Quelle que soit son identité au bout du compte, il aura de bonnes chances ensuite de remporter l’élection face à Nicolas Sarkozy. Même si on compte voter pour un  autre candidat que celui du PS au premier tour de l’élection présidentielle, ne vaut-il pas mieux s’assurer de pouvoir voter, au deuxième tour, pour un(e) socialiste le plus proche possible de ses idées, qu’elles soient social-démocrates ou de gauche plus classique ?

 

 

7 / Peser sur le candidat et le programme du parti socialiste

 

Un candidat désigné par les militants socialistes n’est redevable qu’à eux seuls. Un candidat désigné par 200 000 sympathisants socialistes est responsable devant sa famille politique. Un candidat choisi par plus d’un million d’hommes et de femmes de gauche n’est plus seulement le représentant de son parti, et doit tenir compte plus généralement de la diversité des gens de gauche qui sont venus le désigner. Participer en masse aux primaires, c’est s’assurer d’être plus écouté par le candidat choisi.

 

 

Les primaires, c’est les 9 et 16 octobre prochains. Deux dates pour marquer l’histoire institutionnelle de notre pays et ouvrir le chemin d’une alternative.

 

Romain Pigenel