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Primaires, la tentation de la terre brûlée

Depuis La Rochelle, le débat des primaires citoyennes prend un tour rompant assez allégrement avec les belles déclarations unitaires et autres appels à la responsabilité qui fleurissaient avant l’été. Peut-être est-ce Jean-Christophe Cambadélis qui a donné le ton, avec sa subtile interpellation lors de l’ouverture de l’université. Peut-être est-ce l’approche du scrutin fatidique, qui pèse sur les nerfs de celles et ceux qui ont du mal à garder les leurs. Quoi qu’il en soit, les derniers jours ont vu le climat se tendre et l’attaque sous la ceinture sortir des déclarations des lieutenants et autres porte-flingue, pour atterrir dans la bouche des candidats eux-mêmes. Au point de déclencher des réactions de la très discrète Haute Autorité des primaires, sorte de SDN de ce scrutin ouvert à tous les Français. PS-bashing (« le parti qui fait pitié ») et insinuations judiciaires chez Martine Aubry, à l’encontre de François Hollande ; attaques ad personam de la part de Ségolène Royal contre les deux précédents, accusés en vrac de ne pas savoir faire campagne et de n’avoir rien fait de leur vie politique. Et j’en passe, et des meilleures.

 

Ce n’est pas faute pourtant – et notamment pour Ségolène Royal – de savoir ce qu’il en coûte de donner par avance des arguments à la droite pour cogner durement le candidat au bout du compte désigné. Une petite précision à ce sujet, en passant. J’entends souvent dire : « de toute façon, la droite aurait tôt ou tard employé les mêmes arguments contre le candidat investi » . Peut-être – même si c’est un peu étrange de chercher à porter les mêmes coups que ceux donnés par l’UMP. Mais là n’est pas le problème. Le vrai problème, c’est que ces attaques porteront d’autant plus que la droite pourra souligner, qui plus est en s’appuyant sur des traces écrites et vidéos, qu’elles sont ou ont été partagées par les propres camarades du candidat. Une attaque de l’UMP contre le candidat du PS est forcément relativisée car entachée de soupçon de polémique politicienne. Une attaque de l’UMP reprenant celle d’un socialiste contre un candidat PS jette forcément beaucoup plus le trouble. Pourquoi malgré cela, malgré tout, certains des candidats en lice dans cette primaire persistent-ils dans cette voie funeste ?

Première raison, qui serait positive dans un autre contexte : chaque candidat croit en lui-même et en sa victoire finale. Ce n’est peut-être plus vrai pour longtemps, mais dans le contexte actuel, et avec l’incertitude qui pèse sur le corps électoral effectif des primaires, chacun peut encore nourrir quelques espoirs sur son score final. Celles ou ceux qui, un cran au-dessus, pensent réellement pouvoir l’emporter sont probablement dans le calcul suivant : quelle importance si j’abîme mes adversaire, si cela me permet, au bout du compte, de gagner ? Ils ne seront plus au premier plan et les coups que je leur aurai portés disparaitront avec eux. On remarquera d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, que les attaques les plus virulentes viennent justement des candidates les plus susceptibles de l’emporter contre l’actuel favori des sondages. Comme si la perspective d’une victoire encore possible désinhibait celles ou ceux qui peuvent, encore, y croire.

Deuxième raison, complémentaire de la première : « après moi le déluge ». Les candidats en lice se connaissent bien, ont des histoires communes tortueuses et sont sans doute pris dans de très fortes concurrences générationnelles. Probablement – et cela vaut surtout pour celles et ceux dont c’est la dernière tentative présidentielle – sont-ils quelque fois visités par l’idée que s’ils ne peuvent pas y arriver, alors aucun de leurs concurrents directs ne le mérite non plus. Stratégie du sabordage à pile ou face ; pile, je gagne, face, tu perds. Peut-être sortiras-tu vainqueur des primaires, mais à un tel prix que tu seras essoré pour la suite, et incapable de gagner. Et donc mon honneur sera sauf. Les primaires à la Pyrrhus.

Troisième raison, le temps passe, presse, et les regards se font plus inquiets sur les sondages et les écarts de voix qui se creusent. On a beau dire que les sondages sont faux ou manipulés, on n’est pas totalement insensible à eux quand ils se répètent et se répondent pour vous donner une bonne dizaine de points à rattraper sur celui qui fait la course en tête. Si par ailleurs on a tout tenté sur le plan du projet et des propositions sans succès jusque là, alors on se dit qu’il reste une façon simple de faire du bruit, d’attirer l’attention des journalistes et « d’engager », au sens militaire du terme, son adversaire direct : créer les conditions d’un clash. Les sarcasmes et les agressions contre un autre candidat attireront toujours plus les caméras qu’une conférence sur la fraternité. Au surplus elles peuvent permettent de prouver, bravache, qu’on « en a » plus que son adversaire.

Au bout du compte, toutes ces motivations se conjuguent pour générer les dérapages auxquels nous assistons depuis quelques jours. Et ces dérapages sont d’autant plus graves qu’ils viennent des candidats eux-mêmes. Leur provenance « décomplexe » les militants et soutiens de chaque concurrent, qui se sentent alors libres, à leur tour, de dépasser toutes les bornes de la raison et de la bienséance. Puisque l’exemple vient du sommet.

Chacun, du plus anonyme soutien aux état-majors des candidats, doit faire un effort sur lui-même et résister à cette tentation de la terre brûlée, pour les quelques semaines de campagne ”interne” qui restent. Ce qui n’exclut nullement le débat, vif et mordant. J’ai souvent employé, sur Variae, l’ironie, la dérision et un ton dur sur les sorties, propos et agissements des candidats en lice. Je continuerai à le faire, ni plus, ni moins. Mais il y a des bornes dont je m’interdis de sortir : celles du débat strictement politique sur les projets présentés, et sur la façon de les présenter. A chaque citoyen engagé dans ces primaires de se demander où se situent, ultimement, ses priorités, et s’il veut mettre toutes les chances du côté de la gauche pour mai prochain.

Romain Pigenel

Les caractères de la politique (2) : l’effarouché des sondages

Pour ce deuxième volet des « caractères de la politique », je vous demanderai, chers lecteurs, de ne pas vous départir d’une certaine gravité. Car c’est aujourd’hui de rédemption et de rechute que nous allons parler. Une histoire difficile, donc. Celle de l’effarouché des sondages.

Vous en avez sans doute déjà croisé un. Rappelez-vous. Vous discutiez tranquillement de l’actualité, de politique, de l’image de tel ou tel responsable auprès des Français. Tout allait bien. Et puis d’un coup – tout a changé. Vous avez prononcé un mot tabou. IPSOS. SOFRES. IFOP. Peut-être même avez-vous, dans un moment d’inconscience il est vrai, articulé un téméraire Opinion Way. Que n’aviez vous tenu votre langue ! Votre interlocuteur – un spécimen d’homo effarouchus sondagus – s’est alors réveillé. Son débit de parole s’est accéléré, son volume sonore a doublé, ses yeux sont comme sortis de leurs orbites rougeoyantes. « COMMENT ! », a-t-il glapi. Comment vous, qu’il prenait jusqu’alors pour un individu raisonnable et d’honnête compagnie, pour un citoyen averti, comment avez-vous pu croire à cette puissance d’intoxication au service des lobbys, du capital, des patrons de presse, de la franc-maçonnerie ? Comment avez-vous pu prêter attention aux SONDAGES, cet artifice diabolique fomenté dans les rédactions perverses du Figaro ou du Point ? Sur ordre direct d’une cellule occulte de l’Élysée, et avec un financement en provenance du Siècle ?

L’effarouché a alors déployé des talents scientifiques que vous ne lui soupçonniez pas. Il s’est lancé dans d’aussi vibrantes que savantes démonstrations renvoyant la science sondagière à un vague art de rebouteux, à peine plus sûr, et finalement moins honnête, que l’astrologie ; il vous a mitraillé, comme possédé, de considérations sur la méthode des quotas, la marge d’erreur, les sondés rémunérés ; il a disserté devant vous, avec l’assurance d’une médaille Fields, sur les biais sociaux des sondages par téléphone ou sur la taille idéale d’un échantillon. Il vous a détaillé avec un ton de conspirateur la structure actionnariale de tel sondeur, et dévoilé les liens du standardiste de tel autre sondeur avec un journaliste déjà surpris en train de discuter avec un proche supposé d’un dirigeant du MEDEF. Il vous a récité une dizaine d’exemples historiques d’élections au résultat inverse de celui prédit par les sondages. Il vous a enfin sommé de vous rendre à l’évidence : dans le meilleur des cas, les sondages sont toujours faux ; dans le pire des cas, ils sont ouvertement manipulés – d’ailleurs n’est-ce pas étrange qu’ils donnent toujours, depuis des mois, son candidat favori à moins de 10%, alors qu’il voit bien, lui, que tous ses voisins le soutiennent, ce candidat ? Il vous a, pour conclure, enjoint de signer sur le champ la pétition adressée par un député de sa connaissance à la Haute Autorité pour le Respect et la Dignité de la Vie Démocratique et Citoyenne, pour réclamer l’abolition des sondages et la mise sous tutelle populaire des instituts qui les produisent.

Vous êtes sorti de cette conversation passablement ébranlé. Tout d’un coup, tout votre environnement est devenu suspect. Ces couvertures de l’Express ou du NouvelObs qui vous narguaient sur les abribus, avec leurs pourcentages fielleux et leurs favoris fabriqués sur ordre du pouvoir financier ! Ces prétendues études qui voulez vous contraindre à voter pour le candidat de la pensée unique, celui qui ferait que rien ne change !

Quelques jours passent. Et puis, soudain, c’est le drame.

Une étude – une peccadille, une question sur la cote d’avenir des leaders politiques – montre un frémissement en faveur du candidat de l’effarouché. Oubliés d’un coup, les échantillons, sondages par téléphone et biais de réponse ! Mais non, se justifie-t-il tout en copiant-collant pour la 12ème fois sur Facebook l’article du Figaro résumant l’enquête. Justement, là, c’est différent : l’institut est fiable, les sondés suffisamment nombreux, et la cataclysmique progression de 5 points sur la catégorie des femmes seules de plus de 45 ans travaillant dans une exploitation agricole correspond tout-à-fait à la campagne de terrain menée par son candidat auprès d’elles. C’est bien la preuve, continue-t-il tout en votant et revotant fiévreusement sur un sondage-dont-vous-êtes-le-héros, que l’oligarchie ne peut pas imposer sa loi jusqu’au bout au peuple souverain !

Ce que vous ignorez, c’est que l’effarouché des sondages a un triste passif avec eux. Le candidat qu’il soutenait, il y a quelques années en arrière, était la coqueluche des instituts. Pas une semaine sans que les unes de presse ne le donnent caracolant en tête de 10 points devant ses concurrents. Pas un jour sans que l’effarouché martèle, triomphant, un IPSOS à 51% ou un SOFRES un 52. Cela tenait presque de l’obsession. Puis le vent a tourné, la courbe de popularité qu’il suivait de si près a cessé de tutoyer les cimes ramayadiennes pour aller rejoindre les bas-fonds où croupissent celles des anciens secrétaires d’État. L’effarouché a travaillé sur lui-même. Il s’est désintoxiqué. Lentement. Il a même fini par se laisser aller à l’emploi de quelques arguments politiques pour défendre son candidat. Il s’est guéri de son addiction aux sondages – presque.

Car comme le frémissement sur les femmes seules de plus de 45 ans travaillant dans une exploitation agricole vous l’a prouvé, il n’est jamais à l’abri d’une rechute. Jamais.

Alors, si vous tenez à lui, suivez cette simple recommandation : écartez de sa vue les alertes info SFR, les Direct Matin avec pourcentages en pleine une, et autres numéros de Libé en partenariat avec Viavoice. Surtout s’ils sont moins défavorables que de coutume pour son candidat. Ce serait tenir un flacon de whisky sous les narines d’un pensionnaire de la Croix Bleue. Je compte sur vous.

Romain Pigenel

La galerie des caractères de la politique se visite ici.

Martine Aubry, récidive numérique

On peut faire des reproches à Martine Aubry, mais force est de lui reconnaître une certaine ténacité. Bien qu’entretenant des relations que l’on qualifiera de fluctuantes, si ce n’est d’hésitantes, avec le monde numérique et les NTIC (qui ont pour particularité de lui avoir à la fois servi de démarrage de campagne et de première grosse sortie de piste, au sujet des réseaux sociaux), elle a organisé, ce mardi, une rencontre avec des journalistes spécialistes de ces sujets. De cette discussion a émergé une proposition fortement commentée et reprise : celle – je parle avec prudence, tout cela n’étant pas très clair – de dépénaliser le téléchargement « illégal » de musique et d’autres contenus culturels, en échange d’un prélèvement d’un euro supplémentaire sur l’abonnement de tous les internautes (« téléchargeurs » ou non). La dépénalisation ne concerne apparemment que les échanges en peer-to-peer, et ce projet exclut donc de sa générosité les sites de stockage d’œuvres piratées, type Pirate Bay. Que servira à financer cette « contribution individuelle à la création » de un euro ? Là les choses sont floues : rien n’en est vraiment dit sur le site de Martine Aubry ; selon le journaliste du NouvelObs, la contribution sera reversée « aux gestionnaires des droits d’auteur dans le cadre d’une aide à la création » ; sur 20 Minutes, on nous parle de financer les droits d’auteur et l’aide à la création, de façon distincte ; selon OWNI rapportant les propos de Christian Paul, tout cela sera élaboré, dans le détail, « step by step ».

 

Soit. Mais à la lecture de cette ébauche de système, quelques remarques me viennent immédiatement à l’esprit.

La première, c’est que le terme de « dépénalisation », s’il est bien confirmé et assumé par la suite par Martine Aubry, est aussi spectaculaire que peu approprié. Il n’a pas été choisi par hasard : il me semble évident qu’il constitue un clin d’œil vers une autre dépénalisation, celle du cannabis (à quelle question, si ce n’est à celle-là, associe-t-on couramment le concept de dépénalisation?). J’imagine qu’il s’agit ici de ratisser large du côté des djeunes cool, ou fantasmés comme tels, et d’assumer un certain libéralisme de mœurs. Pourquoi pas ? Sauf que le parallèle ainsi induit est inopérant. Dans le cas de la dépénalisation du cannabis – et de sa suite logique, la légalisation – on parle de faire progressivement entrer dans le droit commun une économie parallèle qui produit des richesses (le système producteur-acheteur de cannabis). L’illégalité du marché du cannabis est d’abord liée à l’illégalité du produit, et non à la nature des transactions auxquelles il donne lieu. Le problème du téléchargement illégal est exactement inverse : la musique téléchargée est bien légale (sauf peut-être s’il s’agit de hip hop et que l’UMP est au pouvoir …), mais c’est la « transaction » – la copie illicite et son recel – qui pose problème. On ne peut donc en aucun cas comparer les deux problématiques, et si c’est dans ce but que le terme de « dépénalisation » a été choisi, alors il y a, si l’on peut dire, tromperie sur la marchandise.

Deuxième remarque, quant aux implications philosophiques d’une telle proposition. Elle constitue de facto une énorme brèche dans notre concept de propriété, une brèche dont les conséquences dépassent sans doute de très loin les intentions de la candidate. Si je suis son raisonnement, il ne s’agit pas de faire payer un abonnement à tous les internautes en échange d’un accès illimité et formalisé à des bibliothèques de médias prévues à cet effet, mais bien d’exiger d’eux un dédommagement à l’égard des copies illégales qu’on les soupçonne de faire. Si dans la pratique la différence est tenue, elle est conceptuellement majeure. Nous avons un responsable politique qui nous dit : peu importe que vous copiez sur votre smartphone ou sur votre PC le dernier single de DJ Truc sans rétribuer DJ Truc et contre sa volonté ; mais pour vous punir quand même un peu, je vais vous taxer. Et d’ailleurs, il vaudrait mieux que vous piratiez DJ Truc car dans tous les cas, que vous le fassiez ou non, vous serez taxé ! Soit le gravage dans le marbre d’une sorte de zone grise où l’on considère que du moment que vous créez une œuvre qui peut être dupliquée, alors elle appartient de facto à tout le monde, que vous le vouliez ou non, et sans que cela soit légal puisque l’on parle seulement de dépénalisation.

Troisième remarque, quant aux bénéficiaires de la taxe d’un ou deux euros. C’est finalement le point le plus important et il est dommage que l’on n’ait pas plus de précisions à son sujet. Alors construisons à partir des bribes que j’ai déjà signalées. Commençons par le versant « reversement aux gestionnaires de droits d’auteur ». Cela pose la question du reversement consécutif aux ayant-droits. Avec quel processus de répartition ? Le plus logique serait de le rendre proportionnel au téléchargement effectif de leurs œuvres. Mais comment arriver à déterminer cette proportion, sans se livrer à un flicage des internautes pire qu’HADOPI ?

Le volet « aide à la création » n’est pas plus simple à imaginer. Admettons que l’argent de la taxe serve à financer le Ministère de la Culture et, dans le cadre de la décentralisation, les budgets « culture » des collectivités territoriales. Quel lien y aura-t-il entre les œuvres piratées, et les œuvres subventionnées grâce à la taxe ? Parce qu’on peut subodorer un lourd différentiel entre ce que téléchargent les internautes, et les artistes susceptibles d’être subventionnés par des acteurs publics. On risque fort d’inventer un système où le piratage massif de David Guetta « sert » à financer, en bout de chaîne, de la musique savante conventionnée DRAC (qui, elle, ne sera jamais exposée aux mêmes risques de piratage). Encore une fois, c’est un choix que l’on peut faire (voler aux riches pour donner aux pauvres ?), mais il faut l’expliciter très clairement et appeler les électeurs à se décider sur ses conséquences.

Le changement paradigmatique induit par l’avènement d’une culture duplicable sans effort, et à l’infini, est bien entendu tout sauf simple à appréhender pour les responsables politiques, et je n’ai moi-même aucune solution clé-en-main à proposer. Raison de plus pour ne pas se lancer dans une fuite en avant inconsidérée, et quelque peu démagogique. Le système esquissé par Martine Aubry, en dépit de ses bonnes intentions et des points sur lesquels on peut le suivre (comme l’abrogation d’HADOPI), revient au bout du compte à subventionner la création des uns en taxant les téléchargements gratuits que subissent les autres. Les Shadoks n’auraient pas fait mieux.

Romain Pigenel

Agence d’idées (2) : il faut sauver le soldat Marleix

Il devient de plus en plus difficile d’exercer la fonction de responsable politique de premier plan. Sur Internet, des commentateurs lâches et anonymes cherchent la moindre occasion pour lyncher les malheureux élu(e)s qui ont le courage d’un certain franc-parler. Ce week-end, c’est Alain Marleix, spécialiste reconnu de la circonscriptionnologie, qui en a fait les frais, suite à quelques mots peut-être imprudents sur le vert Jean-Vincent Placé, « notre coréen national ». L’indignation surjouée de la gauche n’est pas sans rappeler celle qui s’était déjà déchaînée lors des innocent propos de Brice Hortefeux sur les Auvergnats.

Même si on peut penser les Français (y compris d’origine auvergnate ou coréenne) suffisamment intelligents pour voir à travers les manœuvres politiciennes de l’opposition, la jurisprudence Hortefeux, justement, nous montre combien il est important, dans ce genre d’incident, de trouver rapidement les bons mots pour éteindre l’incendie et rassurer les citoyens. L’agence d’idées Variae a donc mis au travail son groupe thématique « Amitié entre les races » toute la nuit pour produire ces quelques propositions d’éléments de langage, à destination d’Alain Marleix, pour inverser la tendance chez les commentateurs. Elles ne sont pas exclusives les unes des autres et peuvent être tentées à tour de rôle, sans ordre particulier, en respectant simplement un délai de transition de 48H, temps nécessaire pour que l’opinion et les médias aient oublié la tentative précédente.

(1) L’exaltation patriotique

Les commentateurs se sont concentrés sur « coréen », quand il fallait méditer le « national ». Tout ce qui est national est bien, et même mieux. Il n’y a qu’à prendre quelques exemples : l’hymne national ; la fête nationale ; l’Assemblée nationale ; la police nationale. D’ailleurs, les étudiants gauchistes ne se battent-ils pas pour que les diplômes restent nationaux ? Coréen national est donc un compliment. Alain Marleix a voulu signaler qu’il reste de vrais patriotes chez les Verts, et qu’il ne confond pas Vincent Placé avec la chantre de l’anti-France qu’est Eva Joly. Monsieur Placé devrait donc présenter ses remerciements, plutôt que réclamer des excuses.

(2) L’erreur de compréhension

Le journaliste – cela arrive – a mal compris, et/ou mal retranscrit les propos d’Alain Marleix. Ce qui a terminé, dans le papier de Public Sénat, sous la forme de « coréen national », était originalement tout autre. Plusieurs possibilités : « notre Coraya national » (comme la marque de bâtonnets de poisson, pour insister sur la capacité de l’élu vert à se faufiler partout), « notre Corse un rien national » (pour insister sur son caractère impétueux), « notre cher aryen national » (pour montrer que l’on n’accuse pas du tout l’élu d’appartenir à une peuplade inférieure).

(3) La politesse et l’euphémisme

Cruelle incompréhension, ce que la gauche a fait mine de prendre pour un adjectif raciste et insultant était en fait la marque d’un grand effort de courtoisie et de modération langagière. En effet, quelle serait la première impulsion d’un militant UMP lambda pour parler de Monsieur Placé ? Évidemment : niakoué, rastaquouère, chintok, bridé, asiate. Alain Marleix, homme respectable et respectueux des populations non blanches, a voulu montrer le bon exemple, en employant un terme non seulement neutre, mais témoignant en outre d’un impressionnant degré de connaissance de l’Asie : elle n’est pas constituée d’un seul pays (la Chine) et d’un seul peuple (les jaunes), mais bien de plusieurs contrées différentes, dont la Corée. D’ailleurs, Alain Marleix a de très bons amis coréens.

(4) Le private joke entre coréens

Comme pour Brice Hortefeux, les journalistes ont raté la dimension d’auto-dérision des mots d’Alain Marleix. Car il faut désormais le révéler : Alain Marleix est d’origine coréenne. L’allongement horizontal de ses yeux n’est pas dû à une accumulation de tissus adipeux, mais bel et bien à des gènes de coréen qui génèrent, c’est bien connu, des yeux bridés. Il faut donc tout remettre en contexte : on a affaire à des mots affectueux (« notre ») et pleins d’humour d’un coréen à un autre coréen, un peu comme une accolade verbale entre auvergnats. D’ailleurs, Alain Marleix a beaucoup de famille coréenne.

(5) La polysémie sur le mot « coréen »

Dommage que personne ne lise jamais les phrases jusqu’au bout. Qu’a exactement dit Alain Marleix ? « Dans l’Essonne, où notre Coréen national, Jean-Vincent Placé, va avoir chaud aux plumes ! ». Aux plumes. Eh oui : le Coréen est un oiseau très rare, que seuls quelques très fins connaisseurs du terroir français, comme le spécialiste UMP des circonscriptions, connaissent. De même que l’on peut dire d’un individu bougon et taciturne qu’il est un « ours », ou d’une personne peu douée pour faire quelque chose qu’elle est une « chèvre », on peut comparer un homme politique particulièrement habile au coréen, oiseau connu pour dominer les autres espèces à plumes sur un territoire donné. D’ailleurs, Alain Marleix aime beaucoup les oiseaux étrangers.

Romain Pigenel

D’autres préconisations de l’agence d’idées Variae ici.

En avant-première, le classement Wikio “société” de septembre

En exclusivité, voici le classement Wikio des blogs de septembre, catégorie “société”.

 

Merci à Etienne, nouveau community manager chez Wikio, merci aux lecteurs et commentateurs de Variae, merci aux blogs !

 

Et un petit clin d’oeil pour l’ami @custinda, qui réalise me semble-t-il une percée assez spectaculaire.

 

Romain Pigenel

 

1 Variae
2 SexActu
3 A toi l’honneur !, la suite…
4 Olympe et le plafond de verre
5 L’actu en patates
6 Mon avis t’intéresse
7 Ménilmontant, mais oui madame…
8 Les mots ont un sens
9 Al-Kanz
10 Etreintes digitales
11 W.I.P. (Work In Progress)
12 Un raleur de plus
13 Koztoujours
14 La Toile de David Abiker
15 Le Salon Beige
16 Journal d’un avocat
17 Alter Oueb
18 365 mots
19 Les 400 culs
20 Justice au singulier

Classement réalisé par Wikio

Pourquoi @TousHollande ?

Si vous suivez de près les comptes twitter engagés dans les primaires citoyennes, vous avez probablement vu passer, depuis mercredi soir, un ou plusieurs tweets de ce type : « J’ai rejoint la campagne numérique de @fhollande sur @toushollande : http://fh12.fr/l/d #FH2012 ». @toushollande ? Une nouvelle plate-forme lancée dans le cadre de la campagne de François Hollande, en direction des militants numériques que sont les blogueurs et les « twittos ».

 

Nous sommes partis de l’analyse suivante lors de sa conception. Si l’importance du volet Internet des campagnes politiques est désormais bien intégrée par les partis, elle peine à se concrétiser, dans les faits, par des stratégies adaptées et efficaces. La question est encore trop souvent abordée de manière autocentrée, c’est-à-dire sous le seul angle de la présence des partis et des élus sur le web, pour y faire de la communication descendante ou reproduire les organisations fermées du monde réel (comme ce fut le cas avec la vogue des réseaux sociaux de parti). L’internaute, dans cette perspective, est considéré comme une cible anonyme à recruter ou à abreuver d’informations. On se concentre moins sur l’individu autonome qu’il est, sur sa capacité d’initiative et de production que sur sa fonction de courroie de transmission passive, et éventuellement de « riposteur » aux contenus produits par les adversaires.

De notre côté, nous faisons au contraire le pari d’une « révolution copernicienne », qui ne centre plus la campagne web sur le seul candidat et qui mette aussi en avant ses soutiens numériques, pour bénéficier de leur créativité et de leur diversité. C’est précisément le but de toushollande.fr : un site conçu comme le « navire amiral » des blogueurs et twittos, de tous horizons, qui veulent appuyer la démarche de François Hollande.

On intègre la « sphère » TousHollande en se créant un compte sur le site et en y connectant son blog et/ou son compte twitter. A partir de là, la plate-forme assure plusieurs fonctions. Premièrement, rendre visible la communauté – jusque là dispersée et non quantifiable – des (micro)blogueurs qui militent pour François Hollande, et leur permettre de se connaître entre eux. Deuxièmement, mettre en avant (via un agrégateur RSS) leur production écrite, sans interférer avec la communication officielle qui passe, elle, par le site institutionnel de François Hollande. Troisièmement, créer de la motivation et de l’émulation en publiant des classements, régulièrement mis à jour, des twittos et blogueurs les plus efficaces et influents dans cette campagne. Quatrièmement, découvrir et faire monter en puissance, via ces mêmes classements, des blogueurs et twittos extérieurs aux cercles habituels du parti mais de grande valeur – ce qui est plus que jamais utile dans des primaires ouvertes. Enfin, last but not least, mettre à disposition de cette communauté des outils innovants pour faciliter leur action et afficher leur soutien : raccourcisseur d’URL aux « couleurs » de la campagne, générateur de tract automatisé, badges de photo, fonctionnalité de retweet automatique pour les messages les plus importants du candidat … Un parc d’outils qui a vocation a être régulièrement mis à jour, amélioré et complété tout au long de la campagne. TousHollande sert ainsi de « zone de test » pour des innovations techniques applicables ensuite à plus grande échelle … et disponibles, pour certaines d’entre elles, en open source (GPL).

TousHollande, donc ? Un geste de confiance envers la blogosphère et la twittosphère, qui vont jouer, c’est notre conviction, un rôle important pour la gauche dans la bataille électorale qui s’annonce.

Romain Pigenel (et l’équipe des animateurs/concepteurs de TousHollande)

La « présidence normale » – à propos de François Hollande

La présidence normale. C’est sous ce slogan que François Hollande a fait son entrée en campagne et qu’il continue, depuis, à qualifier sa candidature. L’expression détone, étonne, provoque, attire les sarcasmes de la droite. C’est absolument logique : elle met au grand jour le rapport particulier, et à mon sens malsain, que les Français ont progressivement développé à l’égard de la présidence de la République.

 

L’élection du président au suffrage universel est en effet bâtie sur un mensonge. On la présente comme le plus grand moment de démocratie de la vie politique française, le moment où le citoyen peut se prononcer directement sur celui qui va diriger et représenter le pays. Elle est au contraire, dans les faits, un moment d’infantilisation et de réduction du débat public : fondamentalement, parce qu’elle réinstaure le pouvoir et la prééminence d’un individu en tant que tel au-dessus des autres citoyens ; latéralement, parce qu’elle accentue comme jamais le primat des personnes sur les idées, la tentation de la démagogie, et la course aux promesses qu’on ne tient pas.

Par cette élection, le peuple qui s’était débarrassé de ses rois et avait élevé l’égalité au rang de devise s’est redonné à la fois un chef, et le mythe fasciné de sa supériorité. Il n’y a qu’à écouter le jargon journalistico-politique concernant le locataire de l’Elysée, qui renvoie systématiquement à une sorte de sacralité. « Présidentialisation », « rareté de la parole présidentielle », « être en situation », « rencontre avec le pays » … Tout ce vocabulaire accrédite insidieusement l’idée d’un statut à part de cet élu de la République, dont la désignation semble plus, au bout du compte, l’accomplissement inexorable d’une destinée ou d’un processus mystique, que le banal produit de l’agrégation de quelques dizaines de millions de bulletins de vote.

Dans ce contexte, défendre, au contraire, la normalité de la charge présidentielle (pas au sens de norme imposée aux autres, mais de sortie du régime d’exception qui prévalait tacitement jusque là) est une provocation frontale – et courageuse. Comme révéler que le roi est nu alors que l’on s’apprête à devenir roi. C’est un des éléments qui m’ont convaincu de voter pour François Hollande lors des prochaines primaires citoyennes. J’y vois à la fois une marque de respect envers les citoyens, et l’ébauche d’un nouveau rapport entre ces derniers et la politique. C’est surtout une rupture avec le mythe fondateur du sarkozysme, celui de l’homme providentiel suractif, seul maître à bord, qui, des ses seuls petits bras musclés, va chercher la croissance ou renverser une conjoncture internationale. Revendiquer une présidence normale, c’est refaire du président un « simple » primus inter pares et ouvrir la voie à une façon de gouverner plus partagée, délibérative, respectueuse des corps intermédiaires. Un président hors-norme n’a que faire des avis de l’opposition, des syndicats, voire de la population : qui pourrait négocier avec un élu par définition au-dessus du lot commun, et investi d’un pouvoir unique ? Un président normal redevient au contraire un rouage, certes essentiel, mais un rouage, dans le jeu des institutions.

Dans cette perspective, l’humour compte. Un ancien premier ministre socialiste avait jadis affublé François Hollande du sobriquet de « Monsieur petite blague », qualificatif visiblement considéré comme le comble de la déconsidération pour un responsable politique aspirant aux plus hautes fonctions. Trait d’esprit  révélateur s’il en est : pour son auteur, le président est celui qui ne rit pas. Il faut à tout prix maintenir le mythe du monarque marmoréen, statue du commandeur impassible au-dessus de la mêlée … et donc des Français. Cette conception du président de la République, que certains essaient de nous vendre contre Sarkozy (rétablir la dignité élyséenne qu’aurait bafoué l’homme du cass’ toi pov’ con), ne vaut pourtant à mes yeux guère mieux. C’est l’envers et l’avers d’une même pièce : d’un côté, la majesté gaullo-mitterrandienne qui toise et surplombe ; de l’autre, l’omniprésident sarkozien qui domine et écrase. Il est grand temps de sortir de cette alternative et de désintoxiquer les Français de cette monarchie light qui a deux siècles de retard.

Un président de gauche, un président normal : humble, humain, avec de l’humour, pour laïciser l’Elysée et traiter les citoyens comme des adultes, des égaux, et non plus comme des sujets ou des gogos. « Ni Dieu, ni maître, ni césar, ni tribun » : chiche ?

Romain Pigenel

Les mots de la politique (11) : les primaires de « chochottes »

Tout fout le camp chez les socialistes. Ah, il est loin le parti de la fierté ouvrière, des métallos avec du poil sous les bras et le fumet de graillon qui le dispute aux remugles de sueur ! A force de rôder dans le 7ème arrondissement et les présidences de collectivités territoriales, ils se sont amollis, dévirilisés, liquéfiés. Marx perdu dans les délices de Capoue. Quelle misère ! Regarde-les : y avait déjà la mère Ségolène qui appelait les militants à « s’aimer les uns les autres ou à disparaître », maintenant des animateurs télé confessent de la « tendresse » pour le père Hollande ! Non mais qu’est-ce que c’est qu’ce boxon ! C’est un parti de gauche ou un camp de hippies ?

Heureusement, ils ne se laissent pas tous aller. V’là-t’y pas que l’adjudant Cambadélis s’est énervé ce matin. C’est un bon gars, ce Camba, le défenseur de la « gauche couscous », pas le genre à manger des graines germées, si tu vois ce que je veux dire. Donc avant de partir pour La Rochelle, il s’est fendu d’un billet bien senti sur son blog : les primaires, c’est « pas pour les chochottes » ! Et v’lan, collez-vous ça dans les gencives, les Hollande, les Mosco, bande de gonzesses !

Ils rigolent pas les anciens de l’OCI en ce moment. Déjà le Méluche il nous avait prévenus : ça sera pas une présidentielle pour fromage pasteurisé, il faut un candidat fromage-qui-pue. « Je suis le bruit et la fureur », qu’il gueule en meeting ! Mais bon, si tu veux mon avis, on n’y croit pas trop, on sent le mec cultivé qui en rajoute façon Actors Studio. Et puis le « fromage qui pue » ça coule, c’est mou, ça bande pas bien dur si tu vois ce que je veux dire. Alors que Cambadélis ! Ca, chapeau ! Ah on sent le gazier qui en a sous le pied ! « Jamais les défis n’ont été aussi intraitables, durs, complexes. Et on voudrait une primaire « pépère » ? ». Il s’en égosille presque, tiens, il écrit même les points d’exclamations deux par deux sur son blog ! Pour lui c’est clair : pour « faire les primaires », comme on faisait l’armée, il faut en avoir, et une bonne paire. « Laissons la place à l’incarnation, à la compétition, ne stérilisons pas les primaires ». Du balai les castrés, ici on fait pas dans la taille fillette ! « Nous voulons un ou une présidente qui tienne la barre. » Et bien raide si possible !  Pas une fiotte qui parle beau et qui se fasse dessus dès qu’elle entend un « chuchotement » ! « La présidence qui vient ne sera pas un dîner de gala. » Z’avez compris les couilles molles ? Ici, c’est pas le Flore, les valets de pied, et la nappe, on s’mouche dedans ! Déjà que il y a la « panne de l’Europe », comme il dit le Camba, on va pas par-dessus le marché se choisir un président qui est en panne de ce que j’pense, hein !

Non mais tu vas voir, c’est sûr qu’il va se faire critiquer pour ce texte, le Cambadélis. J’les vois déjà d’ici les « môssieurs » et les « madames » qui vont faire les offusqués, dire qu’il est vulgaire, limite homophobe et sexiste ! Que c’est pas normal d’insulter ses camarades ! Moi je vais te dire, heureusement qu’il a écrit ça, parce qu’y en a marre des chiffes molles, des délicats. Non mais j’te jure. On n’est pas des pédés, bordel !

Romain Pigenel

Les aut’ mots d’la politique, c’est là.

Les objets de la politique (2) : le slogan recyclé

Il y a les professionnels de la politique, les méchants mercenaires qui s’occupent du bien commun avec détachement, si ce n’est cynisme, et ne prêtent pas une grande attention à la cohérence entre le message qu’ils portent et leurs propres pratiques. Et puis il y a les autres : ceux (souvent celles, d’ailleurs) qui font la politique autrement, et mettent un point d’honneur à construire une parfaite continuité entre leurs dires et leurs faits. On est ce qu’on dit, on est ce qu’on fait. A cet égard, Variae, qui n’a pas souvent été tendre avec Eva Joly, doit aujourd’hui s’incliner et lui reconnaître un effort remarquable pour suivre ses préceptes avec une rigueur jamais observée nulle part ailleurs auparavant.

 

Cela a malheureusement été trop peu remarqué (que voulez-vous, il faut toujours que Cohn Bendit y mette son grain de sel), mais la magistrate venue du froid a en effet mis en œuvre un bouleversement politique majeur lors des universités d’été d’Europe Écologie : le recyclage de slogan. Eva Joly 2012 ? Le changement juste. Ségolène Royal 2007 ? L’ordre juste. Moins qu’un hasard, mieux qu’une copie : une extension du domaine de l’écologie au champ … lexical.

Avouons qu’il fallait y penser. C’est même assez génial. Françaises, Français : je ne mettrai pas seulement en œuvre mon programme, je ne m’y conformerai pas seulement dans ma vie personnelle : je vous en ferai la démonstration à chaque fois que j’ouvrirai la bouche. Assez de croissance, d’inflation (verbale), de gaspillage ! Assez ! Pendant qu’une petite partie de privilégiés se goinfrent de mots inutiles et superflus, participant à l’échauffement de la température intellectuelle et à la dégradation du climat et de l’environnement politiques, des centaines, que dis-je, des milliers de mots gisent ça et là, à peine utilisés, un peu cabossés et éraflés tout au plus, peut-être plus de la toute dernière mode sémantique certes – et alors ? Allons-nous continuer à entasser dans des décharges lexicales ces produits de la société de con-mots-sation, pardon (j’en perds mes mots !) de consommation, ces produits de la société de conversation, de babillage ?

Moi, Efa, en férité je fous le dis : il y a une décroissance verbale heureuse. Passons le langage politique au rabot de Rabhi, la barbe de Platon au rasoir d’Occam. Au diable (vau)vert éléments de langage, communicants et speechwriters ! Fouillons almanachs passés, journaux périmés et discours d’anciens candidats à la recherche des mots perdus. C’est dans les vieux mots que l’on fera les meilleures soupes.

Donc là, on imagine que quelqu’un, dans l’équipe d’Eva, a poussé un grand eurêka. « Eh les coopérateurs [copain en langage EELV], vous vous souvenez du slogan de Ségolène ? » L’ordre juste. Tiens c’est vrai, qu’est-ce qu’il est devenu l’ordre juste ? Ségolène ne l’utilise plus beaucoup, si ? Et pourtant il l’a bien hissée à un deuxième tour de présidentielle ! Bon d’accord, pas jusqu’à la victoire. Mais ce qui est bien avec le recyclage, c’est que vous pouvez réparer, améliorer, ripoliner juste ce qu’il faut pour donner l’air du neuf, voire la patine du vintage. Un peu comme ces vieux meubles de famille cérusés pour bobos montreuillois. Donc l’ordre juste, c’était pas mal, mais ça manquait quand même un peu de mouvement (« l’ordre juste, c’est juste l’ordre », comme disait alors Fabius – ou Cécile Duflot, je ne sais plus). Va pour le changement ! Le changement juste ! Tiens, c’est tellement bien que Ségolène le reprend au passage. Le recyclage, on va vous faire l’aimer.

Reconnaissons-le : Eva Joly a inventé là une nouvelle filière pleine d’avenir, le fondement d’une nouveau modèle de développement du langage. L’homme ou la femme politique nouveau/nouvelle sera économe, parcimonieux, durable dans sa parole. Conscient à chaque instant du formidable gâchis de mots du monde occidental, de tous ces tweets, lol, textos qui pourraient chacun à eux seuls nourrir tant de cerveaux dans le tiers-mot, enfin le tiers-monde, il/elle n’ouvrira plus la bouche que pour des sujets essentiels – comme le honteux défilé du 14 juillet.

Une dernière question reste posée : Eva Joly poussera-t-elle la cohérence jusqu’à la décroissance électorale ? On ne peut en tout cas que saluer ses efforts en ce sens.

Romain Pigenel

Inutile d’aller chiner les autres objets de la politique sur eBay ou dans une brocante soutenable, vous les trouverez ici.

Agence d’idées (1) : une mascotte pour les primaires citoyennes

Aujourd’hui, la rénovation de la société passe incontestablement par les think tanks, clubs de réflexion ayant leur siège social sur les Champs Elysées ou dans le 7ème arrondissement de Paris. Soucieux de contribuer à ce puissant mouvement de modernisation, Variae vient de créer son propre think tank – L’Agence d’idées Variae – qui proposera régulièrement des solutions au nouveau désordre mondial. Nous vous présentons ici notre première Idée, relative aux primaires socialistes.

 

L’attaque odieuse contre les ambassadeurs du projet socialiste, ce lundi, met en lumière une donnée jusque là sous-estimée : la subversion représentée par le PS, ses primaires et par la caravane aux vives couleurs qui en fait la promotion dans toute la France. L’arrivée des socialistes en ville n’est pas un fait anodin et déclenche de vives tensions et inquiétudes du côté de la droite, des aéroportophobes et peut-être aussi – regardons les choses en face – au sein du peuple, plus habitué aux boniments télévisuels de TF1 qu’à l’émancipation représentée par la Génération changement. Les concepteurs des primaires ont pensé à tout, sauf à l’essentiel : créer un tampon, un sas de décompression, entre les citoyens et les primaires.

L’Agence Variae a analysé ce manque criant et en est arrivée à cette conclusion irréfutable : les primaires citoyennes ont besoin d’une mascotte.

 

Une mascotte, pour quoi faire ?

Force est de constater qu’aujourd’hui, tous les grands événements, tous les grands clubs sportifs, disposent de leur mascotte. Or rien ne ressemble plus à un grand événement que les primaires, et rien ne ressemble plus à une équipe que les candidats socialistes, sorte de « all stars » du progressisme. Partant de là, une mascotte présente plusieurs avantages significatifs :

-         Elle place l’événement qu’elle parraine sous le signe de la fête. Elle balaie d’un gentil signe de main les craintes sur le fichage, le social-libéralisme façon PASOK, le socialisme à la marseillaise. Elle éloigne la perspective d’un retour de Lionel Jospin.

-         Elle ravit les enfants et, par voie de conséquence, attendrit les parents. Les petits sont heureux de pouvoir tenir la main de la mascotte, de lui faire la bise, de se faire prendre en photo avec elle. Les parents ne savent rien refuser à leurs enfants. Il est facile d’envoyer bouler un militant socialiste qui débarque chez soi dans une opération de porte-à-porte. Mais qui saura résister à son fils ou à sa fille demandant, avec de grands yeux : « Dis papa, dis maman, pourquoi tu votes pas aux primaires citoyennes ? »

-         Elle peut faire campagne dans des endroits inatteignables par les militants. La mascotte des primaires sera envoyée à la sortie des écoles, dans les crèches et les Disney Stores, dans des boîtes de nuit pour des soirées kitsch d’adulescents (dans ce dernier cas on pourra la faire accompagner par des danseuses, les primairettes). Elle pourra prendre part à des opérations d’information sur la diététique en compagnie de Ronald McDonald.

-         Elle peut jouer un rôle de médiation dans des zones difficiles. Qui oserait frapper une peluche géante ? On l’enverra donc accompagner la caravane des primaires quand cette dernière se rendra dans des cités-ghettos, à Neuilly, ou à proximité d’aéroports en construction. La mascotte pourra également intervenir, le soir du premier tour des primaires, pour prévenir tout incident entre partisans de différents candidats : nous préconisons en particulier qu’elle procède au dépouillement des bulletins, pour dédramatiser l’enjeu.

-         Elle peut se décliner sur une multitude de supports qui feront la joie de petits et grands, et contribueront au financement de la campagne du PS : mug, boule de neige, figurine, peluche, préservatifs, sac à main.

Surnom et identité visuelle

Le bien-fondé de la mascotte étant établi, reste à mieux définir son identité. L’Agence Variae a d’abord pensé à l’appeler Primix, mais la trop grande proximité avec Footix pourrait dérouter les citoyens et provoquer des apparitions intempestives de Francis Lalanne lors des escales de la caravane des primaires.

Nous penchons désormais plutôt pour Primy, qui sonne américain, comme les primaires. Et quelle identité visuelle ?

Un éléphant aurait été idéal, mais notre ami à trompe a déjà été préempté par la droite américaine et risquerait d’accréditer les attaques sur un PS pas assez à gauche. Nous avons également pensé au lion, pour faire référence à la fameuse phrase de Montebourg sur les « jeunes lions », mais le mondial sud-africain est malheureusement déjà passé par là.

Après réflexion l’agence Variae propose donc plusieurs possibilités : un chat mignon (les LOLcats sont les mèmes préférés des internautes), un grand métis avec une raquette dans une main et une rose dans l’autre (Yannick Noah est la personnalité préférée des Français), un Justin Bieber (chanteur préféré des petits Français) ou encore l’ex-marionnette de Jacques Chirac aux Guignols (Jacques Chirac est l’ex-président en vie préféré des Français). L’hypothèse un temps considérée d’un « doudou DSK » (un temps politicien préféré des Français) n’est plus conseillée par l’agence Variae.

Primy, le LOLcat citoyen

Tempo de mise en œuvre

La séquence idéale pour un lancement de Primy est incontestablement l’université d’été de La Rochelle. Une photo de famille sera réalisée avec les candidats, qui pourront esquisser quelques pas de danse avec lui sur l’air de Il est temPS, l’hymne du parti. Le premier secrétaire intérimaire pourra également remettre à chaque secrétaire de section présent un costume de Primy (ou à défaut une peluche) pour mener vraiment la campagne des primaires une fois de retour chez lui.

Romain Pigenel

Pour le groupe de travail « primaires » de l’Agence d’idées Variae

Retrouvez les prochaines préconisations de l’Agence ici.